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Douze histoires d’amour a faire soi-meme

Auteur : Lola Gruber

Date de saisie : 18/12/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : les Petits matins, Paris, France

Collection : Nouvelles, n 01

Prix : 15.00 / 98.39 F

ISBN : 2-915879-01-X

GENCOD : 9782915879018

Sorti le : 10/03/2005

  • Le choix des libraires : Choix de Emmanuelle Taillardas de la librairie L’ORANGE BLEUE a ORANGE, France – 08/12/2007

Sur les 12, vous en avez au moins vecu une. Loufoque, glauque ou hilarante, les histoires d’amour de Lola Gruber ont l’air d’avoir ete indiscretement entendues au cafe hier matin ou recueillies de la bouche amere d’une copine en passe de plaquage immediat. Le style est incisif, la psychologie des personnages, bien qu’a peine esquissee – nouvelles obligent – est epoustouflante de realisme et de cruelle lucidite. Un jour j’ai vu une fille hilare dans le TGV. Elle tenait ce recueil de nouvelles rose fluo dans les mains.

  • Les presentations des editeurs : 08/12/2007

Un souper prepare avec trop d’amour, une rupture inextricable dans une chambre d’emprunt, un reveil delicat dans un appartement inconnu, une aventure egaree dans un pays au bord de la crise, une dispute a propos de la chasse aux grouses en milieu urbain…
Douze nouvelles ou l’idylle se delite entre exces de scrupules et strategies velleitaires, ou la mauvaise foi, la lucidite, la maladresse et l’incapacite parasitent le desir, pourrissent l’atmosphere et promettent la felicite pour la saint-glinglin. Douze histoires ou l’on ne dit pas ce qu’on pense, ou l’on ne pense pas ce qu’on dit, que ca fasse plaisir ou que ca fasse mal. Douze histoires sentimentales ou l’on ne fait pas de sentiment.

Lola Gruber est nee en 1972 et vit a Paris. Ce recueil est sa premiere publication.

  • Les courts extraits de livres : 18/12/2007

Ana dit a Archie de rester dans la chambre avec ses dents, pendant ce temps-la elle s’occuperait des trucs mous. Elle lui laissa la telecommande et les journaux.
Du lit, on entendait bien la cuisine ; du remue-menage (casseroles, porte du four, jet de l’evier) emergeait a chaque pause de la voix veloutee du presentateur. Archie augmenta le son du televiseur, tenta vaguement de s’atteler aux journaux, mais sans parvenir a concentrer son attention sur les nouvelles, et pourtant ca n’etait plus a cause de ses dents. Sans elle, la chambre devenait etrangere ; seul, il ne se sentait plus aucune raison d’y etre.
En fait, pensait Archie, l’appartement d’Ana ressemblait a Ana : discretement bancal. Meme si ca avait l’air solide, on ne pouvait jamais etre tout a fait sur que ca allait tenir le coup. La poignee de la porte de la salle de bains, par exemple, lui etait restee dans les mains a deux reprises ; une autre fois, il avait failli etre assomme par le naufrage d’une etagere qui, meme outrageusement de travers, avait pourtant l’air tenace. Ce qu’Archie trouvait contrariant dans cet endroit c’etait la coexistence distincte d’une delicatesse, materialisee dans la decoration sous forme de colifichets de detail et de petites boites (toutes choses qu’il considerait comme eminemment feminines), et d’un bordel opiniatre, qu’on aurait pu qualifier de viril. Et, chez Ana, il voyait le meme contraste : elle avait de la gueule et ainsi de suite, mais ca semblait toujours a deux doigts de se fissurer, elle etait tendre, elle avait une voix douce, et elle parlait bien, avec beaucoup de mots recherches (par exemple, pour lui couper la parole, elle disait : Je fais juste une incise), en depit de quoi elle s’exprimait souvent avec une grossierete affreuse, a chaque fois Archie sursautait, epouvante.
Si bien qu’il avait fini par lui dire de faire un peu attention. Mais la vraie vulgarite, s’etait obstinee Ana, c’etaient des formules comme intelligence du coeur ou supplement d’ame, ou encore l’utilisation abusive des mots passion et poesie. Elle trouvait ca beaucoup plus vulgaire qu’une formule eprouvee, inoffensive, comme, au hasard, Je chie dedans. Qu’est-ce qui etait le plus choquant, une formule orduriere ou une formule pompeuse ? Ouais, peut-etre, il etait pas loin d’etre d’accord, sauf que c’etait quand meme que du baratin d’intellectuelle, et que non, certaines choses passaient pas, dans la bouche d’une fille. Comme, et justement, Je chie dedans.
Pour Ana comme pour l’appartement, il restait perplexe devant le resultat. Il la voyait comme une sorte de souillon de luxe, avec de la terre sous les ongles en train de parler litterature une flute de Champagne a la main, ou alors une fille en robe de soiree qui boirait une grosse chope de biere en levant le coude, mais impossible de dire ce qui n’est pas a sa place, peut-etre ni l’un ni l’autre, peut-etre bien l’ensemble.
Et puis, d’autres choses le laissaient sans voix.
Un matin, devant le peu d’enthousiasme qu’elle manifestait pour les croissants qu’il lui avait rapportes, il avait insiste pour savoir ce qu’elle aimait vraiment manger au petit-dejeuner, elle l’avait stupefie en repondant : Des restes.
– Des quoi ?
– Ben, des restes, des trucs de la veille. Des plats. Mais rechauffes, hein, pas froids.
– Ana, meme rechauffes, comment tu peux me dire une chose pareille ?
– Ben, tu m’as demande. Pourquoi, tu trouves ca degueulasse, de manger des restes le matin ?
– Non, il avait admis. Moi aussi j’aime bien. C’est pas ca le probleme.
– Alors c’est quoi ?
– Rien. C’est pas tres joli, c’est tout. C’est comme de dire Je chie dedans.