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Du Baikal au Gobi

Auteur : Christian Garcin

Date de saisie : 16/01/2008

Genre : Recits de Voyages

Editeur : Escampette, Chauvigny, Vienne

Prix : 13.00 / 85.27 F

ISBN : 978-2-914387-95-8

GENCOD : 9782914387958

Sorti le : 10/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 14/01/2008

Un voyage par le transsiberien sur les traces de Cendrars. La decouverte du lac Baikal en Siberie orientale. La route ensuite jusqu’au desert de Gobi, en Mongolie.
Un voyage mythique avec le passage de frontieres legendaires, les rencontres avec des personnages et des situations tout a fait improbables (un billard en plein desert, un cavalier mongol qui s’enflamme au nom de Zinedine Zidane !)
Mais aussi, pour Christian Garcin, la recherche du lieu unique, de l’habitat originel et le sentiment d’un retour aux sources.
Comme dans Itineraire chinois (paru en 2001), le voyage est autant geographique qu’interieur.

  • Les courts extraits de livres : 14/01/2008

IRKOUTSK LA BELLE

Je sortis, un peu ahuri, de plus de quatre-vingt heures de train au cours desquelles j’avais eu le temps de reflechir vaguement a la notion d’immensite selon qu’elle est percue par les yeux ou par l’esprit, pour parvenir a la conclusion que celle de la Siberie se percoit d’abord par l’esprit : les 5200 kilometres que nous avions parcourus avaient en effet vu defiler peu ou prou les memes paysages, dont le plus souvent l’absence de point de fuite et la regularite sans faille depuis la fenetre du train induisaient, plus qu’elles ne la montraient, la prodigieuse immensite (des bouleaux, des bouleaux, des plaines marecageuses, des bouleaux, des melezes, des bouleaux, des bouleaux – Tout est a ce point long et vaste qu’il n’y a pratiquement rien a ecrire, confiait Tchekhov a Ivan Leontiev, en juin 1890, juste avant d’arriver a Irkoutsk). Je quittai presque a regret ce compartiment dans lequel nous avions peu a peu etabli toute une serie de rites et de rythmes quasi-monacaux, points de reperes temporels et spatiaux a l’interieur desquels nous nous mouvions avec ma foi pas mal d’aisance, sans languir le moins du monde, nous disant que le voyage pourrait tout aussi bien continuer cinquante heures de plus, a peine plus qu’un clin d’oeil, et enfin Vladivostok se serait offerte a nous, mais non, nous etions partis mardi, il etait six heures ce samedi matin, et c’etait deja fini – je sortis donc du wagon en me repetant Irkoutsk Irkoutsk Irkoutsk, car il est entendu qu’on ne voyage pas tant dans les lieux que dans les noms, et qu’a ce jeu-la, Irkoutsk valait bien le deplacement.
Les noms qui font rever sont des diamants qu’on voit a travers une vitrine sans imaginer serieusement les posseder. Lorsque par chance cela arrive, on les saisit au creux de la main, plus ou moins incredule, on prend soin de s’encombrer le moins possible de ce savoir qui viendrait en orienter la decouverte, et on se noie un temps dans leur belle eau, qui peut etre claire ou trouble, c’est selon, mais toujours exaltante. Nulle deception possible en effet dans cette quete des noms, pour peu qu’on desire vraiment decouvrir ce qu’ils cachent, et non verifier s’ils correspondent au reve. Bien entendu de bonnes ames vous previennent toujours : Vladivostok, tu sais, c’est moche ; Ulaan Baatar, c’est franchement laid ; Samarkand, quelle deception, c’est affreux – mais vous vous en foutez, car vous, c’est avant tout dans les noms que vous voyagez. Cela dit, si le nom reve est en plus une ville delicieuse, je suis aussi preneur. C’est le cas pour Irkoutsk.
Ou commence l’Asie ? D’un point de vue strictement geographique, la reponse d’ecole fuse : au niveau des monts Oural. C’est en effet a 1700 kms de Moscou environ, un peu apres Kungur, et non loin de ces delicieux petits lacs bordes de paisibles bicoques, que se dresse un obelisque marquant la frontiere entre Europe et Asie (entre parentheses, cette delimitation presente l’avantage de ne plus se demander si la Turquie fait partie de l’Europe ou pas.) La frontiere geographique de l’Asie n’est donc ni le Pont-Euxin, bien trop a l’ouest, n’en deplaise a certains, ni la Siberie elle-meme, qui commence officiellement a 400 kms a l’est de l’Oural, aux environs de Tioumen, ni a fortiori la Siberie orientale, dont la frontiere se situe aux alentours de Krasnoiarsk, a 3800 kms de Moscou. C’est pourtant cette derniere frontiere qui marquerait, a l’oeil tout au moins, un changement un peu plus net : celui des populations – plus d’Asiatiques ici, plus d’Europeens la-bas. Quelle que soit la delimitation retenue, Irkoutsk est donc sans conteste en Asie. Et pourtant quelque chose ne va pas : ce que le savoir geographique vous livre, vos yeux et tous vos sens le refutent.