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En compagnie des hommes

Auteur : Véronique Tadjo

Surgi au coeur de l’Afrique, Ebola a mis les hommes et le monde face au danger de l’extinction. Dans le silence après la tourmente, trois voix s’élèvent : Baobab, confident et mémoire essentielle des êtres, Ebola, qui n’est pas le mal mais un organisme luttant pour sa survie, et Chauve-souris, porteur sain du virus et initiatrice du dialogue. Témoins ou acteurs de la tragédie, ils devisent sur la place de l’Homme, son rôle et ses responsabilités à l’égard du Monde dont il est le gardien. Sur le prix de sa vie aussi.

Le palabre est ouvert….

Baobab, arbre-premier, arbre éternel, arbre symbole. Ses racines plongent loin au coeur du monde, pour le protéger de la fureur du soleil et des intempéries. Il va chercher la lumière douce, porteuse de vie, afin qu’elle éclaire l’humanité, illumine la pénombre et apaise les coeurs. Par la voix de l’arbre s’expriment tous ceux qui ont lutté contre les ravages d’Ebola. Hommes, femmes, enfants pris dans la tourmente mais combattants farouches pour la survie des autres et pour leur propre survie : le docteur en combinaison d’astronaute qui, jour après jour, soignait les malades sous une tente ; l’infirmière sage-femme dont les gestes et l’attention ramenaient un peu d’humanité, les creuseurs de tombes qui, face à l’hécatombe, enterraient les corps dans le sol rouge ; les villageois renonçant à leurs coutumes ancestrales pour ne pas favoriser la propagation de l’épidémie…

Cependant, la voix d’Ebola claque de dureté dans le matin naissant. Il défend sa cause avec sévérité : il n’est pas une force du Mal, juste un organisme qui ne peut subsister sans un hôte. Il ne cherche que sa survie, et n’est coupable d’aucune mauvaise intention. L’Homme peut-il en dire autant, lui qui massacre et détruit même chez son prochain, qui anéantit parfois massivement les autres occupants de la Terre dont le seul tort est d’exister ?

Entre les deux, la chauve-souris sert de médiateur, elle qui fut le porteur sain du virus avant que les hommes ne viennent déranger le cycle de la forêt. Messagère d’Ebola, elle se veut l’initiatrice d’une réconciliation entre les choses et les êtres.