Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Espace, temps, prepositions

Auteur : Tijana Asic

Date de saisie : 08/04/2008

Genre : Langues

Editeur : Droz, Geneve, Suisse

Collection : Langue et cultures

Prix : 46.44 / 304.63 F

ISBN : 978-2-600-01196-9

GENCOD : 9782600011969

Sorti le : 25/01/2008

  • Les livres d’exception : Max Engammare – 17/09/2008

Telecharger le MP3

Max Engammare – 08/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Espace, temps, prepositions constitue une ontologie spatio-temporelle de base – issue des travaux sur la mereotopologie de Casati et Varzi (1999) et des travaux portant sur les cadres de reference (Levinson 2003) – qui permet de definir de maniere formelle le semantisme de base des prepositions spatiales, temporelles et spatio-temporelles en francais. Dans la partie contrastive, Tijana Asie analyse les usages non-standard des prepositions francaises et les compare avec les usages non-standard des prepositions en anglais, serbe (et parfois les autres langues slaves), swahili, kikuyu, japonais, arabe et louo. Les resultats des analyses effectuees soutiennent l’hypothese du localisme linguistique (Lyons 1977) ainsi que sa contre-partie cognitive, l’hypothese des relations thematiques, d’apres laquelle la cognition de l’espace precede celle du temps (Jackendoff 1985). Ils demontrent par ailleurs que les differences entre les langues dans ce domaine sont superficielles et peuvent s’expliquer avec les mecanismes de la theorie de l’optimalite (Prince et Smolensky 1993). Il en ressort la formulation d’un certain nombre de primitifs conceptuels tels que l’opposition massif-comptable, l’opposition statique-dynamique, contact et contenance.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

LA REPRESENTATION LINGUISTIQUE DE L’ESPACE ET DU TEMPS :
PROBLEMES GENERAUX

1.1. INTRODUCTION

Depuis sa creation l’hypothese du determinisme linguistique a provoque beaucoup de debats et de polemiques dans les milieux linguistiques. Apres l’avoir presentee, nous la contesterons ulterieurement. Nous definirons ensuite des expressions telles que sens, reference, signification et concept qui sont, a tort, tres souvent considerees comme differents termes pour une meme notion. Nous aborderons aussi les hypotheses sur la relation entre le temps et l’espace et notamment celle de Jackendoff d’apres laquelle la cognition de l’espace precede celle du temps (Jackendoff, 1985). Puis, nous essaierons d’expliquer et d’illustrer dans quelle mesure la representation du temps peut etre consideree comme une simplification de la representation de l’espace. Les etudes sur la physique naive chez les nourrissons, que nous allons presenter et commenter constituent un des arguments a l’appui de cette hypothese. A la fin de ce chapitre, nous parlerons de notre perspective comparative : nous justifierons le choix des langues etudiees et ferons une description succincte de chacune des langues choisies.

1.2. L’HYPOTHESE SAPIR-WHORF ET SES CONSEQUENCES

1.2.1. Sur la diversite linguistique

Avant d’entamer la discussion sur l’hypothese Sapir-Whorf, nous voudrions souligner qu’elle n’est qu’une des hypotheses liees au phenomene de la diversite linguistique, qui nous parait manifeste et incontestable. En voici la liste :

L’hypothese de la diversite linguistique : les langues ne sont pas identiques.
L’hypothese des universaux linguistiques : malgre leur diversite, toutes les langues convergent vers un ensemble d’universaux linguistiques.
L’hypothese des universaux conceptuels : quelle que soit la langue parlee, la cognition humaine obeit a des universaux conceptuels.
L’hypothese Sapir-Whorf : la diversite linguistique est accompagnee par une diversite conceptuelle correspondante (la seconde est motivee par la premiere).
Elles seront largement discutees dans la suite de ce travail.

1.2.2. Sur l’hypothese du determinisme linguistique en general
La linguistique du dix-neuvieme siecle se caracterise par un interet accentue pour la decouverte, l’analyse et la classification de langues jusque-la peu connues. Les travaux des linguistes etaient consacres a la recherche des ressemblances entre certaines langues et leur but etait de les grouper par familles (c’est ainsi qu’on a determine les membres de la famille indo-europeenne dont certains paraissaient tres eloignes et que les racines communes des mots qui prouvaient cette parente ont ete reconstituees). Curieusement, les idees de la linguistique diachronique ont meme influence le grand evolutionniste Charles Darwin. En effet, celui-ci a ete inspire par l’oeuvre de Franz Bopp, le philologue allemand, qui, en 1816, a propose que toutes les langues Indo-Europeennes descendent d’une meme langue-racine (Hands, 2001, 35). Parallelement, l’hypothese de Darwin stipulait que toutes les especes se sont developpees a partir d’un ancetre commun a travers la selection naturelle. De plus, Darwin a ete fascine par les especes exotiques qu’il avait observees en Amerique et Australie; de meme, lorsqu’il s’agissait de langues non-indo-europeennes, les philologues etaient attires par leurs differences et particularites (grammaticales et semantiques) qui attestaient de l’exotisme des cultures et des mondes lointains ou elles etaient parlees.
Ainsi, il ne suffisait pas de decrire les differences linguistiques entre les langues indo-europeennes et non-indo-europeennes ; l’intention de certains linguistes etait de demontrer que ces differences decoulaient (ou meme etaient a la base) de differentes facons de penser et d’analyser, voire de percevoir, la realite. Cette hypothese, qui semble aujourd’hui tres audacieuse, a ete acceptee et propagee dans les milieux scientifiques europeens.
Le premier nom associe a ces idees est celui de W. von Humbolt (voir Penn, 1972), un des plus grands esprits allemands de son epoque. Dans ses oeuvres, Humbolt stipulait que l’image que nous avons du monde dans lequel nous vivons (Weltanschauung) nous est donnee par la langue que nous parlons. Pour Humbolt, il n’y a pas de difference entre la pensee et la parole. Nous pensons d’une maniere qui depend de notre langue maternelle. Quant aux langues, le niveau de leur evolution serait inegal : les langues synthetiques (telles que le latin ou le sanskrit) sont superieures par leur structure aux langues analytiques (telle que le chinois).