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Etaix dessine Tati

Auteur : Francis Ramirez | Christian Rolot

Date de saisie : 27/12/2007

Genre : Arts

Editeur : ACR, Courbevoie, France

Prix : 75.00 / 491.97 F

ISBN : 978-2-86770-187-0

GENCOD : 9782867701870

Sorti le : 05/12/2007

  • La voix des auteurs : Christian Rolot – 17/09/2008

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Christian Rolot – 17/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

De 1954 a 1956, Jacques Tati prepare Mon oncle. Pour son troisieme long metrage, il reunit autour de lui quelques fideles des Vacances de Monsieur Hulot ou de Jour de fete. Entre aussi dans l’equipe un inconnu de vingt-sept ans, Pierre Etaix. Sous la houlette de Tati, il cherche tout le jour, ainsi qu’une bonne partie de la nuit, comme ceux dont le travail est la raison d’esperer, des idees comiques. Il est, en fait, ce que la grande tradition du burlesque americain appelait un gagman, c’est-a-dire un prospecteur de gags. Situation de reve pour un jeune homme qui allait consacrer sa vie a l’art comique. Or Etaix, s’il sait ecrire, n’est pas un homme d’ecriture. Il est, en revanche, un dessinateur exceptionnellement doue. Un gag n’est pas une histoire drole. Raconte, explique, il n’est le plus souvent que le derisoire mecanisme d’une scene sans vie. Mais dessine, mais construit en trois croquis, il prend des couleurs, il s’anime. Mieux ; il peut faire rire. Jour apres jour, pendant toute la preparation et le tournage de Mon oncle, Pierre Etaix fera ainsi pour Jacques Tati des milliers de dessins, arrachant de ses calepins des silhouettes drolatiques, des projets de decors, des epures de gags, des mises au point de personnages. Du beau dessin elabore au croqueton, percutant, ces feuilles de route d’un grand film n’ont pas ete perdues. Par miracle, Pierre Etaix les a preservees de la destruction, temoignage de la belle aventure d’un film saisi au plus pres de sa source.
C’est cet arriere-monde du film que le livre presente. Mais il voudrait le faire sans que des idees basses en polluent le projet. Les dessins sont d’Etaix, le film est de Tati, Comment dire ces choses simples et complexes a la fois ? Nous l’avons tente a travers ce titre sobre : Etaix dessine Tati.
Etaix et Tati, Tati et Etaix, il fallait bien qu’un jour les noms des deux cineastes qui perpetuerent en France la plus haute tradition comique fussent reunis dans un meme livre. Avec ce bouquet de dessins et de croquis, avec cette belle moisson de gags en herbe ce sera chose faite.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Extrait de l’avant-propos :

Dans Ceux de chez nous, Sacha Guitry revait d’un cinema qui nous ferait entrer dans la fabrique des oeuvres. Il s’imaginait filmer Moliere ecrivant puis repetant Le Misanthrope, et se voyait cueillir, tout frais sorti du sourire de sa bouche ironique, le mot d’esprit que Voltaire eut consenti pour lui. Et c’est grace a ce desir naif que nous avons aujourd’hui, filmees par Guitry lui-meme, quelques images lumineuses de Renoir, de Monet ou encore de Rodin, becquetant ses marbres a petits coups de burin, la barbe pleine d’eclats, solitaire et royal dans l’hotel de Biron. Collectionneur avise, c’est-a-dire foncierement deraisonnable dans sa quete sans fin de temoignages, de debris, de documents, de fragments descendant des grands hommes, Sacha Guitry possedait aussi un tresor de manuscrits prestigieux : Jules Renard, Flaubert, Musset, Anatole France, et Moliere et Voltaire et tant d’autres etaient recus dans ses vitrines et lui montraient comment, a travers ratures, biffures et repentirs, ils etaient parvenus au mot juste et a l’idee exacte. Cet eclairage des oeuvres par-dessous s’appelle la critique genetique. Il procede d’une idee simple comme la curiosite : on arrache la plante et l’on regarde ses racines.

Assez tardivement, puisqu’il est un art jeune, le cinema a decouvert a son tour les plaisirs de la critique genetique. Depuis deja deux siecles la litterature se regalait des corbeilles d’ecrivains et broutait, avec delices, la moindre feuille de brouillon retrouvee. La peinture, en haussant l’esquisse au rang de l’oeuvre, avait fait mieux encore : le croquis preparatoire, l’ebauche pleine de feu, le trait fremissant ou balbutie la promesse d’un style sont depuis longtemps des valeurs sures. Une simple signature, un texte autographe, une dedicace, un bout de nappe griffonne pendant l’ennui d’une conversation professionnelle ont leur cote. A la criee des reputations, ils trouveront toujours un amateur. Picasso le savait bien, qui, apres chaque journee de tournage avec Clouzot, ramassait soigneusement le moindre bout de papier marque par lui. C’etait en 1955 aux studios de La Victorine, a Nice, ou le cineaste, avec son gros bon sens, essayait de percer le mystere du grand peintre.
Or, en ce temps-la, les films abandonnaient encore leurs restes sans que personne ou presque ne s’en souciat. Les bacs a chutes, dont le fumier de pellicule bouclee constituerait aujourd’hui un tresor, allaient a la voirie des le film acheve. Quel collectionneur ne reverait a present de posseder ces rognures d’or a tout jamais perdues : un bout de plan coupe, quelques photogrammes emondes d’une grande oeuvre ? Echappaient parfois a ce destin de fosse commune les scenarii, les notes d’intention, les decoupages techniques et, a cause de leur cousinage avec les arts graphiques, les dessins qui preparaient les images.

En fait, les gens de cinema restaient, dans leur majorite, des hommes prehistoriques : groupes dans la caverne autour du feu, ils mangeaient la viande et jetaient les os par-dessus leur epaule. Bien peu se doutaient qu’un jour le cercle de leurs reliefs serait le plus fidele temoin de leur vie…
De 1954 a 1956, Jacques Tati prepare Mon oncle. Pour son troisieme long metrage, il reunit autour de lui quelques fideles des Vacances de Monsieur Hulot ou de Jour de fete : Henri Marquet, Jacques Lagrange, Suzanne Baron, Jacques Cottin, Fred Orain… Entre aussi dans l’equipe un inconnu de vingt-sept ans, Pierre Etaix. Au generique du film, Etaix est mentionne, en compagnie de Marquet, comme assistant-realisateur. C’etait en verite peu dire, car si les generiques avaient quelque souci d’exactitude, c’est a la rubrique Collaboration artistique qu’avec Jacques Lagrange et Jean Lhote Pierre Etaix eut du figurer. Sous la houlette de Tati, il cherche en effet tout le jour, ainsi qu’une bonne partie de la nuit, comme ceux dont le travail est la raison d’esperer, des idees comiques. Il est, en fait, ce que la grande tradition du burlesque americain appelait un gagman, c’est-a-dire un prospecteur de gags. Situation de reve pour un jeune homme qui allait consacrer sa vie a l’art comique.