Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Faut-il abandonner la Corse ?

Auteur : Antoine Albertini

Date de saisie : 04/04/2008

Genre : Politique

Editeur : Larousse, Paris, France

Collection : A dire vrai

Prix : 11.00 / 72.16 F

ISBN : 978-2-03-583977-0

GENCOD : 9782035839770

Sorti le : 26/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 05/04/2008

Si les Corses veulent leur independance, qu’ils la prennent ! Selon plusieurs sondages, un tiers des Francais se disent favorables a l’independance de la Corse. Lassitude ? Agacement face a trente ans de derives ? Difficile de cerner la question corse, entre gabegie financiere, compromissions de l’Etat et plasticages a repetition. Faut-il pour autant abandonner la Corse ?

Antoine Albertini est journaliste au magazine Corsica, correspondant du Monde en Corse et coauteur avec Frederic Charpier des Dessous de l’affaire Colonna.

  • Les courts extraits de livres : 05/04/2008

S’ils veulent leur independance, qu’ils la prennent !

Le 24 janvier 2007, a quelques semaines du coup d’envoi de la course a l’election presidentielle, la candidate du Parti socialiste Segolene Royal recoit un etrange appel telephonique. A l’autre bout du fil, Jean Charest, le Premier ministre du Quebec l’interroge sur l’independance de la Corse. Du tac au tac, la candidate PS retorque : Les Francais ne seraient pas contre ! Mais ne le repetez pas, ca va encore faire un incident ! A defaut d’incident, la gaffe de Segolene Royal fera l’objet d’une belle polemique : son veritable interlocuteur n’est pas le Premier ministre quebecois mais l’humoriste Gerald Dahan, qui vient de signer une nouvelle imposture telephonique. Abandonner la Corse ? Aucun politique francais n’y songerait serieusement…
Encore que…

Quand le serpent de mer se mord la queue…

Le 14 avril 2007, interviewe sur le plateau televise de France 3 Corse en pleine campagne presidentielle, Olivier Besancenot, candidat de la LCR a la fonction supreme, se declare au contraire favorable a une vraie reforme institutionnelle qui permettrait finalement d’obtenir le droit a l’autodetermination du peuple corse. Voila qui a le merite d’etre clair mais ne rend pas compte du sentiment dominant dans la classe politique. Abandonner la Corse, rompre l’unite et l’indivisibilite de la Republique : la plupart du temps, la question n’est evoquee qu’a travers le prisme de l’ultimatum ou de l’exasperation, rarement comme une hypothese envisageable. Simple fanfaronnade. Mouvement d’humeur. Et pourtant…
En 1996, deja, Raymond Barre, s’emportant sur les ondes d’une grande radio, avait lance d’un ton de defi : Si les Corses veulent leur independance, qu’ils la prennent ! En jetant ce lourd pave dans la mare, l’un des anciens hauts responsables politiques du pays, ex-Premier ministre et meilleur economiste de France, abonne aux coups de gueule pas toujours heureux, ne laissait pas seulement libre cours a son franc-parler. Son propos, abrupt, donnait corps a un sentiment d’agacement de plus en plus repandu dans la population, excedee par trente annees de derives a la Corse, de plasticages a repetition, de conferences de presse cagoulees dans le maquis insulaire, de gabegie financiere et de compromissions coupables entre l’Etat, les independantistes locaux et les affairistes du cru. Bien entendu, la question n’occupe au fond, et fort heureusement, qu’une place marginale dans le debat politique francais. Mais il suffit d’un coup de chaleur de l’actualite locale – attentat, meurtre, enieme affaire politico-financiere – pour que cette interrogation aux accents passionnels attise des esprits chauffes a blanc. Aux plasticages, a la derive mafieuse, aux fraudes electorales, aux primes a la vache fictive, un seul remede… L’independance, donc.
Apres tout, croit-on savoir, cette pretendue ile de Beaute, n’offre-t-elle pas le visage defigure, insupportable, d’une terre definitivement retive a l’ordre republicain ? D’un territoire faconne par mille traditions muettes, vendetta et omerta melees, incomprehensibles vestiges d’un ordre que l’on voudrait revolu ? Ne dessine-t-elle pas la cartographie d’un exotique fragment d’Empire, ancre a quelques encablures des cotes francaises mais si lointain, deja, d’esprit et de moeurs ? Au fil des ans et des rebondissements offerts par une histoire contemporaine tumultueuse, voici donc le panorama corse : un endroit hermetique au sens commun, inaccessible et pour tout dire, infrequentable en dehors de la saison touristique.
A chaque acces de fievre insulaire, cent mille bouches d’un choeur anonyme y vont donc de leur scie sur l’air des lampions : les Corses peuvent bien se debrouiller eux-memes, ces ingrats ! L’air est connu, il encombre les discussions aux comptoirs des cafes du commerce.