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Femmes et rebelles : du XVe au XXIe siecle en Savoie

Auteur : Jean-Marie Jeudy

Preface : Abdelkader Zibouche

Date de saisie : 18/12/2007

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : En train de lire

Prix : 25.90 / 169.89 F

ISBN : 978-2-9528349-1-9

GENCOD : 9782952834919

Sorti le : 26/11/2007

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Quelle que soit leur condition sociale d’origine, toutes les figures evoquees dans cet essai partagent les qualites intrinseques du temperament rebelle.
J’entends le desir farouche d’exister pour soi, le refus visceral de la fatalite, la resistance dans le denuement, la capacite d’adaptation poussee a l’extreme limite, la tenacite elevee au rang des vertus cardinales, la volonte de triomphe. Issues des terres savoyardes ou ayant seulement des attaches particulieres avec le pays, ces pionnieres font partie de notre memoire. Souvent au prix de l’exil, toujours a celui mortifiant de la lutte contre les prejuges, elles ont disputees aux hommes le privilege de s’accomplir en tant qu’individualites, de se batir un destin, un royaume, une legende, voire de tracer des voies nouvelles.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Elle vecut au cours du quinzieme siecle.
Ce ne fut pas la moindre des rebelles. Elle fut rebelle a son milieu. En meme temps qu’elle en faisait pleinement partie. Nombre d’historiens l’egratignerent. Les bonnes raisons ne leur manquerent pas…

Rebelle ou empecheuse de tourner en rond ? C’est ce qu’aurait pu lui reprocher son epoux. Mais il l’aimait… Lui dont le parcours ne tourna pas a l’avantage de son duche. La dame n’y fut pas etrangere.
Anne etait venue de son ile lointaine de la Mediterranee. Elle arrivait de Chypre. Le mari qu’on lui destinait etait appele a regner sur la Savoie. Un pays si different du sien. On l’avait promise a Louis. Elle n’avait pas eu d’autre choix que de s’engager sur la voie qu’on lui avait tracee d’office. Une femme, fut-elle de la noblesse, ne pouvait pretendre a aucune decision en matiere d’epousailles. Celles-ci etaient des affaires d’Etat. Non pas des affaires de coeur. Anne fut mariee a l’age de quatorze ans. N’y voyez rien d’exceptionnel, les demoiselles devenaient des epouses a peine sorties de l’enfance.
Si la Chypriote n’eut pas a decider du chemin, elle sut rapidement le suivre selon sa convenance…
La Maison de Savoie a toujours su jouer des unions et des alliances. Amedee VIII avait entrepris de marier son fils aine. Il souhaitait en tirer profit, souvent but initial des mariages dans la haute noblesse. Petit-fils d’Amedee VI surnomme le comte Vert, fils d’Amedee VII dit le comte Rouge, Amedee le huitieme du nom etait dote d’une personnalite alliant rigueur morale et ferveur religieuse. Son epouse, Marie de Bourgogne, lui donna sept enfants. Elle mourut assez jeune en couches. Il ne s’en consola jamais. S’il se suffisait d’une vie simple, il avait su s’entourer d’une cour brillante et entretenir le prestige de son Etat, l’un des mieux administres d’Europe. Il avait agrandi ses territoires. C’est lui qui incorpora definitivement le Piemont a la Maison de Savoie. Ne cessant de proner les vertus de la paix, il elabora les Statuts de Savoie, sorte de constitution en avance sur son temps et qui assurait une justice plus equitable. Les autres souverains avaient compris ses qualites et voyaient en lui un nouveau Salomon. Ils ne negligeaient jamais ses interventions dans le jeu de la diplomatie. En 1416, l’empereur germanique Sigismond fit une escale a Chambery et erigea le comte au rang de duche. L’historien Raymond Oursel ecrira que d’un pays constitue de “terroirs crottes et montueux”, le duc avait fait un veritable “Etat dans l’Europe moderne”.
Un reve habitait Amedee, il voulait occuper une position avantageuse en Mediterranee. Ses esperances pour y parvenir s’orientaient vers une ile. Voila pourquoi son projet etait d’unir son fils a la fille du roi de Chypre. Il voyait dans cette alliance un atout majeur pour sa maison. Outre les aspects strategiques et commerciaux, l’ile representait la defense la plus orientale de la chretiente contre l’islam.
Du Xle au XIIIe siecle, les croisades avaient envoye princes et chevaliers vers les terres d’Orient, pour guerroyer contre les infideles et delivrer les lieux saints occupes par les Musulmans. Il y eut des seigneurs pour conquerir des territoires. C’est ainsi qu’une famille allait bouleverser le destin de Chypre. L’ile etait convoitee depuis les temps les plus anciens. En 1196, elle fut acquise par les Lusignan, une dynastie originaire du Poitou. Selon la tradition, cette famille descendait de la mythique Melusine, mi-femme et mi-serpent, que rapportent de fabuleux recits. D’une grande beaute, la fee avait epouse le comte de Forez, noble personnage repondant au nom de Raimondin. Ce fut la plus agreable des epouses, mais elle avait scelle un pacte qui ne cessait d’intriguer son mari. Chaque samedi, elle se retirait dans une piece mysterieuse de leur somptueuse demeure. Le comte avait promis de ne jamais percer son secret. Sa curiosite et sa jalousie eurent raison de sa patience. Que faisait son epouse durant ses absences ? Avait-elle un amant ? Un jour, il ouvrit la porte. Par ce geste, il brisait le pacte. Melusine etait nue dans sa baignoire. Au-dessus du nombril, elle avait son corps de femme, avec ses epaules rondes et ses seins haut plantes. Sous le nombril, ce n’etait plus une femme. Elle avait une queue de serpent. Dans un bruit effroyable, elle s’echappa par la fenetre et disparut a jamais…