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Feuilles d’herbe ; leaves of grass

Auteur : Walt Whitman

En 1855 se publie – dans un pays, qui ne sait pas tout à fait encore lequel il veut devenir – un volume sans origine : dépourvu de nom d’auteur (sans être pour autant anonyme) ; dépourvu de programme de lecture (pamphlet, épopée, programme, essai, fabrique d’un ” pré ” ?) ; dépourvu même d’une langue et d’une rhétorique stables tant il en fauche et en fane et en vanne, il déroule un texte hybride, balancé en deux parties : l’une, évidemment composée en prose, halète en massifs de paragraphes serrés : l’autre, qui n’est pas en prose, bourgeonne par touffes incalculables,.
Tantôt s’érigeant sur deux lignes grêles, tantôt ondulant au fil d’une succession de pages selon une forme ni vers ni versets, mais participant presque moqueusement des deux, jusqu’à se déployer parfois, au gré de la tentation foisonnante de l’herbier halluciné, en catalogue moins exhaustif que suggestif de l’ampleur de sa tâche : le tout frappé au coin d’une extraordinaire capacité à instituer précisément son insouci d’une origine autre que celle qu’il sème de soi, et étalé en outre, avec une luxuriante insistance, sous le titre incompréhensible et néanmoins délicieux (ainsi en va t’il souvent de la précipitation du poème) de ” Feuilles d’Herbe “.
C’est la seconde partie de cet ouvrage fou, affolé, buissonnier, qui est ici traduite pour l’éventuel plaisir et l’adhésion éventuelle de son lecteur – auquel il est demandé d’en devenir, autant que le moissonneur d’un temps comme il sied, plus encore l’indéfinie fenaison : dans son pays seul entend en effet, de toujours et à jamais, croître en brassées sans cesse renouvelées le champ de ces feuilles d’herbe.