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Forets et societe au Canada : ressources durables ou horreur boreale ?

Auteur : Eric Glon

Date de saisie : 13/04/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d’Ascq, France

Collection : Environnement et societe

Prix : 21.00 / 137.75 F

ISBN : 978-2-7574-0036-4

GENCOD : 9782757400364

Sorti le : 10/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 09/04/2008

Forets et societe au Canada
Ressources durables ou horreur boreale ?

Apres avoir considere les forets comme une source de matiere premiere quasi inepuisable pendant des decennies, le Canada s’est lance dans une approche durable au debut des annees 1990. Ce changement de cap a de quoi surprendre. Voila que soudainement un des pays phares d’une vision tres industrielle des forets, s’erige en bon eleve voire en pionnier d’une politique forestiere qui s’inscrit en total contrepoint de ce qui s’y est fait jusqu’alors. Une optique durable qui supplanterait l’horreur boreale en quelque sorte. Rallions-nous a l’evidence. Une telle reorientation ne va pas sans mal tant les interets economiques en jeu sont presents.
En depit de cette realite tres pregnante, les autorites federales se sont engagees dans toute une serie de mesures pour promouvoir le developpement durable. En cherchant a comprendre comment cela est possible, nous en arrivons a mettre en evidence le role d’un socio systeme tres dense et complexe qui s’est profondement renouvele depuis plus d’une trentaine d’annees. Se deployant du local au global, ces groupes d’acteurs forgent un veritable construit social autour des forets sans lequel le developpement durable serait vraisemblablement impossible. Autrement dit cette nouvelle politique forestiere telle qu’elle existe au Canada est d’abord et avant tout reflet de ce que le socio systeme en fait.

Eric Glon est agrege et Professeur de geographie a l’Universite des Sciences et Technologies de Lille. Il travaille sur le theme des ressources marchandes et non marchandes dans le developpement des territoires, avec une attention particuliere pour les forets. Une partie des ses recherches porte egalement sur les relations entre la nature et les societes.

  • Les courts extraits de livres : 09/04/2008

Extrait de l’introduction generale :

La disparition des forets est souvent presentee comme un des changements environnementaux les plus evidents et les plus rapides au niveau mondial de ces dernieres decennies. De 1950 a 2000, cette perte a atteint plus de 15 millions de kilometres carres (E.O. Wilson, 2003). 15 a 20 millions d’hectares, soit l’equivalent des forets francaises, sont rayes de la carte du monde chaque annee (P. Arnould, 1999). Soumis a de multiples interventions humaines, les ecosystemes forestiers connaissent une reduction de la biodiversite (S. Bahuchet, D. Mackey, 2005). Ce recul des forets et leur appauvrissement biologique sont suffisamment importants pour susciter une mobilisation croissante au niveau international. Prolongeant le rapport Brundtland de 1987, les sommets de la terre a Rio en 1992 puis celui de Johannesburg en 2002 ont reuni des delegations de plus de 170 pays. Ils constituent des jalons importants dans une prise de conscience multiforme et deja ancienne de la necessite de mieux prendre en compte l’environnement dans le developpement. Ces reunions traduisent d’une part une mondialisation des questions forestieres et d’autre part la volonte de promouvoir le developpement durable en l’appliquant notamment aux forets. C’est par rapport a cette problematique d’une approche forestiere trop predatrice et aux reactions pour tenter d’y remedier que le Canada s’avere interessant.
A l’echelle d’un continent (9,9 millions de km2), ce pays, ce n’est pas seulement l’hiver comme le dit le chanteur quebecois Gilles Vigneault, c’est aussi les forets. Elles sont tres etendues et le Canada est actuellement le premier exportateur de bois et de produits du bois au monde en valeur. De telles performances reposent sur une vision industrielle des forets. Un veritable systeme productiviste s’est mis en place dans la seconde moitie du XIXe siecle avec pour objectif de fournir toujours plus de matiere premiere a la filiere bois. Ce n’est pas tant de savoir si ces convoitises suscitent une deforestation qui nous retient ici. Encore que ce sujet soit interessant. Disons qu’il n’est pas au coeur de cet ouvrage. Ce qui nous interpelle reside dans le changement de cap que les autorites federales ont amorce dans les annees 1990. Pretendant rompre avec des decennies de productivisme, elles lancent une autre politique forestiere impregnee de developpement durable. Un tel changement de cap a de quoi surprendre. Comment un pays ou les forets et activites forestieres sont un veritable phenomene de societe peut-il rompre avec cette approche resolument marchande ? Est-il vraiment possible de substituer une optique durable a ce que nous appelons de maniere schematique une horreur boreale ? Beaucoup de pays, de regions, de localites dans le monde entendent aujourd’hui faire du developpement durable. Cette expression est sur toutes les levres. De maniere rapide, nous pourrions dire qu’il y a autant de versions de ce nouveau paradigme qu’il y a de groupes d’acteurs et d’individus qui s’y interessent. Voila qu’un des pays assimilant les forets a une source de matiere premiere inepuisable fait cet autre choix, aux antipodes de ce qui existait jusqu’alors. Loin de se cantonner aux effets d’annonce, les autorites federales lancent des reflexions, s’impliquent au niveau international, negocient avec les provinces une nouvelle strategie forestiere. Au debut des annees 1990, tout est a faire ou presque : definir des criteres, des mesures pour donner un sens aux forets durables. Le pouvoir central canadien s’attelle a la tache. Il y a incontestablement un engagement de ce pays pour promouvoir une autre vision des forets a la fois au niveau national mais aussi a l’echelon international. Emergeant progressivement de multiples debats, etudes, travaux scientifiques et initiatives, est-elle envisageable meme face a d’aussi puissants interets economiques ? Autrement dit, peut-on leur resister et mettre en avant d’autres parametres ? La est l’interet offert par l’experience canadienne. Ces deux questions ne font qu’affiner celles que nous avons mentionnees precedemment. Mettre en avant des forets apprehendees comme des ecosystemes, des usages non exclusivement industriels des forets dans un contexte faconne par le productivisme n’est pas chose aisee. Ces quelques idees amenent quatre questions qui structurent l’ouvrage en autant de parties. Qu’entend t-on par forets durables au Canada et ne correspondent-elles pas a un changement de cap impossible ? Le productivisme longtemps hegemonique n’a t-il pas forge une societe contre la nature et les forets au point d’expliquer en partie les resistances a cette nouvelle politique forestiere ? Comment se construit cette strategie des forets durables et n’est-elle pas indefectiblement liee a un systeme d’acteurs particulier qui s’est profondement renouvele ? Enfin et c’est la la derniere question importante, intimement liee a la precedente : quelles sont les transcriptions spatiales des initiatives envisagees par ce socio-systeme et comment se manifestent-elles a differentes echelles, du niveau national au local ?