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France, recit d’une enfance

Auteur : Zahia Rahmani

Date de saisie : 02/11/2006

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : S. Wespieser editeur, Paris, France

Prix : 16.00 / 104.95 F

ISBN : 978-2-84805-045-4

GENCOD : 9782848050454

  • Les presentations des editeurs : 16/09/2008

Ce livre trouve son origine dans l’ardente necessite qu’eprouve la narratrice de dire a sa mere, gravement malade, tout ce qu’elle lui doit. Rien d’evident dans cette enfance francaise, malgre l’ecole, les fetes villageoises, la joie de decouvrir – a l’insu de tous – la litterature et l’art. Les cinq premieres annees en Algerie, les conflits avec un pere harki, le racisme ordinaire, le rejet, ont douloureusement marque la petite fille puis l’adolescente rebelle. Quand les souvenirs affluent, ils disent la peur, la solitude, la violence qui lui a ete faite et son desir de fuir. Mais ils disent aussi l’appetit, la curiosite, et l’envie de vivre en societe : si la jeune fille a donne des gages, si elle est devenue excellente eleve, si elle s’est fait accepter par ses voisins, cultivant avec eux leur jardin et partageant leur histoire, c’est bien grace a sa mere. Cette femme qui, elle, a refuse l’assimilation, qui ne parle que le berbere et libere les animaux en cage, n’a eu de cesse de transmettre a sa fille la fierte de ses origines : elle n’est pas l’enfant sans passe et sans gloire dont la societe francaise lui renvoie l’image. Elle est riche d’une genealogie et de la possibilite de s’en inventer d’autres : car elle appartient aussi bien a sa famille reelle qu’a celle des heros de la litterature americaine qui l’ont tant marquee et au milieu rural dans lequel elle a grandi. Si Zahia Rahmani se penche aujourd’hui sur son enfance, si elle rend a sa mere un hommage bouleversant de tendresse, son livre est aussi un appel vibrant contre la violence insidieuse, celle que perpetue toute une societe a l’egard de ses propres enfants.

Zahia Ramani vit a Paris et dans l’Oise. Elle intervient et publie regulierement sur la litterature et l’art contemporains. Ses livres paraissent chez Sabine Wespieser editeur: Moze (2003) a ete finaliste du prix Femina, et “Musulman” roman (2005), a obtenu la mention speciale du prix Wepler.

  • La revue de presse Alexandre Fillon – Lire, novembre 2006

Pas de rature, pas de gras. Zahia Rahmani raconte avec la plus grande des justesses comment elle en vint a reprendre le chemin des origines…
Avec une prose sobre et tenue, Zahia Rahmani fait revivre la gamine qu’elle fut, celle qui se demandait ce qu’elle faisait la, dans cette campagne francaise qui decouvrait pour la premiere fois des etrangers. J’appartiens a une generation adulte et instruite, souligne-t-elle, qui a tres tot compris qu’elle devait s’emanciper de toute revendication communautaire ou religieuse. Nous sommes ce que nous sommes aux yeux des autres seulement.

  • La revue de presse Eric Loret – Liberation du 31 aout 2006

Zahia Rahmani use avec tranquillite, sans demonstration de force, d’une palette d’ecritures qui evoluent a mesure de son personnage. La petite enfance ressemble a un decoupage cisele par un cerveau pas fini : Le fils de monsieur Tanguy ne peut plus parler. Il nous regarde de la fenetre. Son cou est aussi gros que celui de son bouledogue. Il a avale une guepe. Puis les phrases se lient, martelent l’adolescence, haletent l’angoisse de la mort de la mere, font rire dans les recoins. Huit pages d’un article commande puis refuse par El Watan en 2004 decrochent de l’autofiction et creusent une mise au point dans le dernier tiers du recit : J’ai trop vu de jeunes gens fuir l’Algerie pour ne pas avoir envie de dire que c’est avec la disparition radicale de “l’autre” que ce pays a presque parfait le creusement de son tombeau. Cet autre, c’est moi. C’est-a-dire l’enfant de harki, a la croisee des exclusions, expert en guerres de l’homme a l’homme, passees, presentes et proches de nous : La question du choix et de la faute, de la trahison avec les freres, nous l’avons eprouvee des notre plus jeune age.

  • Les courts extraits de livres : 16/09/2008

Une grosse boite rentre dans la maison. Ma mere hurle, elle hurle en s’accrochant aux portes. Je me mets sur la pointe des pieds pour regarder dedans. Il y a mon frere aine avec des bandelettes autour de la tete. Des gens arrivent dans la maison. Il en arrive de plus en plus. Moi, je m’accroche au bois, je m’y colle et regarde mon frere mort.
Je suis debout dans un car, il fait nuit, mon frere mort me donne la main. Il m’emmene voir mon autre grand frere a l’entrainement. Je l’aime, je l’aime depuis toujours. C’est lui mon pere, le seul. Il me serre la main.
Mon pere crie apres ma mere. Il lui interdit de parler a madame Larbi qui est venue la voir. C’est une immigree. Une femme arabe, maigre et noire, tres douce.
Ma mere est malade. Tout le monde dit qu’elle va mourir. Il y a plein de gens autour de son lit et moi, je lui demande, Ou est ma carte de patronage, ou est ma carte de patronage ? Je monte sur le lit et je lui crie en francais, Ou est ma carte de patronage, ou est ma carte… On me fait sortir de la piece.
Mon frere a casse le grand carreau de verre de la porte de l’immeuble. Mon pere le frappe et l’enferme dans le cagibi. Il dit que c’est un delinquant et que par sa faute nous allons partir. Derriere la porte, mon frere pleure, ma mere lui parle.