Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Fraternite

Auteur : Marc Weitzmann

Date de saisie : 18/01/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine francais, n 4096

Prix : 7.30 / 47.88 F

ISBN : 978-2-264-04570-6

GENCOD : 9782264045706

Sorti le : 17/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 19/01/2008

Comment supporter le retour lorsqu’on hait ses propres origines ? Comment accepter la desolation du lieu ou l’on a grandi ? Telles sont les questions qui brulent de l’interieur Francis, mure dans son silence, pendant un bref sejour dans la banlieue de son enfance maintenant en pleine explosion. Ce scientifique specialise dans les biotechnologies vit a New York ou il a tout sacrifie a sa carriere. En pleine crise psychologique et financiere, Francis n’a que quarante-huit heures pour regler a Paris quelques affaires dont dependent sa survie. Quarante-huit heures ou il decide de renouer avec son frere qu’il a toujours meprise. A peine debarque, la colere le submerge, l’insomnie le gagne, les fantomes surgissent. Avec une rage lucide, Fraternite dresse un tableau sans concession de la France d’aujourd’hui.

Ne en 1959 a Paris, Marc Weitzmann est ecrivain et journaliste. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Mariage mixte (Stock, 2000), Une place dans le monde (Stock, 2004) et Fraternite.

Marc Weitzmann est un mauvais esprit qui pense juste. Il dit des horreurs lucides et on adore. Son art est celui de l’exces, sa noirceur provoque un rire salvateur.

Patrick Grainville, Le Figaro litteraire

  • Les courts extraits de livres : 19/01/2008

Tout de suite deteste, pense Francis dans le taxi qui obliquait a droite et s’appretait a quitter le peripherique, une de ces sensations brutes dont on ne revient pas pense-t-il, alors que precisement, sur la gauche les baches brunatres d’un camion, devant lui la file de voitures noyee par le battement des essuie-glaces, precisement il revenait – sitot que mes parents, ces deplaces chroniques, y ont pose le pied, j’ai hai cet endroit et ceux qui s’y trouvent.
La main de Fatma tanguait au rythme de la voiture depuis le chapelet enroule au retroviseur, un musulman pense-t-il assis sur la banquette arriere ou le chauffeur l’oubliait, un Arabe, le buste penche vers le pare-brise, tendu, joues en broussaille, un profil qui se noyait dans le plomb sale et froid du matin.
Les couches superposees des nuages contre les tours battues par la pluie, l’enseigne vert acide de l’hotel Campanile sur le beton, tandis que le taxi d’un coup de volant virait sur l’embranchement, abordait la bretelle de sortie. L’oncle Shura, qui etait le cousin germain de mon pere, et moi-meme avons hai cet endroit de facon radicale pense Francis dans le taxi, moi sur le mode de la haine et lui sur celui du mepris, et ca des le jour de l’emmenagement en septembre soixante-quatorze. La plupart en septembre soixante-quatorze pressentaient ce qui allait suivre et ventre a terre commencaient deja de s’enfuir, mais nous non, nous toujours a contre-courant c’est l’epoque ou nous sommes arrives. D’ou ce credit si facile a trouver bien que papa fut soudain au chomage, car meme paye par l’Etat le salaire de maman ca n’aurait pu suffire, il a fallu en plus et lent goutte-a-goutte d’une hemorragie urbaine qui faisait chuter les prix. Atmosphere, discrete encore mais deja perceptible, de desertion generale, impossible de ne pas s’en rendre compte meme a seize ans et l’oncle Shura egalement, haissant d’emblee, lui comme moi – moi dans une bonne mesure parce que lui -, ces rues mediocres aux noms mediocrement totalitaires. Rue Leningrad boulevard Aragon carrefour de l’Humanite et ce peripherique sous ma fenetre qui pretendait au boulevard Lenine. Toute cette fraternite mensongere qui rappelait la terreur, la stase et l’ennui. Ces noms heroiques ecrasants des dictateurs qui nous faisaient mieux sentir la petitesse, par contraste, de l’autre cote du boulevard, de ces mediocres petites maisons humbles et laides avec leurs mediocres petits toits rouges humbles et laids – et leurs 10 m2 de jardin qui donnaient envie de se pendre. Et ne disons rien des tours – ces ailes de corbeaux morts dressees contre le ciel. Car a cinquante ans et derriere eux six demenagements, papa sans perspective et le salaire de maman a douze mille francs actuels, quelles chances avaient-ils de repondre aux criteres pour l’obtention d’un pret immobilier, pense-t-il dans le taxi. Sauf s’il s’agissait non d’acheter mais de s’ancrer dans le desastre et ca ils ont du le voir tout de suite a la banque. D’ou malgre le chomage cette absurde accession a la propriete -eux qui jusqu’alors s’etaient refuse le titre de proprietaire, ils s’y mettaient, maintenant qu’ils ne le pouvaient plus. Dans un lieu, de surcroit, qui se muait en non-lieu, ou nous sommes arrives en septembre soixante-quatorze, pense Francis dans le taxi. Car jamais nous n’aurions pu trouver ailleurs et nul autre que nous n’aurait eu cette idee – tous ceux qui en avaient les moyens foutaient le camp, a ce moment-la. Ils foutaient le camp.
Et moi, vingt-huit ans plus tard, me voila de retour, pense Francis.
Le taxi ralentissait, cherchait sa voie sous la pluie parmi les sens interdits, les travaux, les fleches jaunes de deviation qui font toujours barrage a ce rond-point ou le peripherique se change en boulevard – paysage dechiquete de tours noires sous ciel noir, catastrophe des parkings, tristes taches colorees des voitures immobiles devant le beton des maisons individuelles.