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Genealogie des barbares

Auteur : Roger-Pol Droit

Date de saisie : 17/11/2007

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : O. Jacob, Paris, France

Prix : 27.50 / 180.39 F

ISBN : 978-2-7381-1908-7

GENCOD : 9782738119087

Sorti le : 18/10/2007

  • Les presentations des editeurs : 27/11/2007

ROGER-POL DROIT

Roger-Pol Droit est chercheur au CNRS, directeur de seminaire a Sciences-Po et membre du Comite national consultatif d’ethique. Chroniqueur au Monde et au Point, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont L’Oubli de l’Inde, La Compagnie des philosophes ou encore 101 Experiences de philosophie quotidienne.
GENEALOGIE DES BARBARES

De tous cotes, aujourd’hui, resurgit le mot barbare. Pour parler du terrorisme ou pour critiquer l’Occident. Pour designer les massacres du XXe siecle ou pour annoncer l’avenir qui menace. Pour dire la violence extreme ou le vandalisme ordinaire.

Que signifie donc ce terme ? A quoi sert-il ? Pour le comprendre vraiment, il faut remonter le temps, reconstituer les aventures d’un vocable aux mille sens. Il faut revenir a sa naissance chez les Grecs, retracer ses mutations romaines, chretiennes, medievales, suivre ses eclipses, ses renaissances, ses contradictions jusqu’a nos jours.

D’Homere a Freud, de Platon a Nietzsche, de saint Paul a Michelet, cette grande enquete historique, philosophique et litteraire dessine les lignes de force de la representation des barbares et de la barbarie dans la pensee occidentale.

Avec ce livre, on n’emploie plus barbare de la meme maniere et on dispose de cles essentielles pour envisager autrement la barbarie contemporaine.

  • Les courts extraits de livres : 27/11/2007

Extrait de l’introduction :

TEMPS ANCIENS, TEMPS FUTURS

Quand donc avons-nous entrevu que plus rien, desormais, ne nous protegerait de la barbarie ?
Est-ce quand l’Europe, a partir d’aout 1914, se transforma en un immense champ de massacre ? Quand on vit, par millions, de jeunes hommes vaillants croupir sans comprendre, dans la boue, des mois et des mois, avant de mourir eventres dans des plaines lunaires sous un deluge de bombes ?
Est-ce quand des Allemands eduques, modernes, parfois pieux, toujours de bonne compagnie, deciderent de mettre a mort, jusqu’au dernier, tout un peuple qui avait pour principal inconvenient d’avoir invente Dieu, la loi et l’histoire ? Quand on vit, par millions, des femmes et des enfants juifs arretes, parques, frappes, humilies, deportes, marques, depouilles, gazes, brules, effaces ?
Est-ce quand la patrie du socialisme construisit d’immenses camps pour accueillir, par millions, les ennemis du proletariat, et les faire mourir de faim, de fatigue et de froid dans des solitudes glacees et lointaines ? Quand on vit les lendemains qui chantent se construire sur des charniers, de faux proces, des denonciations arbitraires, des consignes absurdes ?
Le XXe siecle fut bien ce que Nietzsche avait annonce : le siecle des guerres. Aux deux tueries mondiales, il faut ajouter et le Goulag et la Shoah pour avoir un apercu de ce siecle sans pareil, qui s’ouvre sur le genocide des Armeniens et se clot sur celui des Tutsis et des Tchetchenes, apres les charniers amonceles par les Khmers rouges. Jamais, dans toute l’histoire de l’humanite, il n’y eut tant de meurtres en si peu de generations. Au point que parler de progres est devenu complique.
Sans doute la barbarie n’a-t-elle pas d’age. Ses exploits sont attestes, de longue date, sous toutes les latitudes, de la Chine a l’Inde et de l’Occident a l’Orient. Les tortures et les buchers de l’Inquisition, la destruction massive des Indiens d’Amerique du Sud et de ceux du Nord, les crimes innombrables de la traite des esclaves noirs, les massacres perpetres tout au long des guerres de colonisation en sont des signes parmi d’autres.
Toutefois, la conjugaison des discours humanistes, des sciences triomphantes, des espoirs de revolution liberatrice avec l’entassement de monceaux de cadavres, voila la marque unique de notre temps. Et, si barbarie n’a pas d’age, si elle est coextensive a l’humanite, cela n’empeche nullement qu’existe une dimension historique de la conscience qu’on prend de son existence, et des formes de representations ou elle se manifeste. Discerner les lignes de force de cette histoire des representations, tel est l’objet de cette genealogie des barbares. Scrutant le passe, elle a quelque souci de l’avenir.