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Hollywood : cinema et ideologie

Auteur : Regis Dubois

Date de saisie : 08/04/2008

Genre : Cinema, Television

Editeur : Sulliver, Cabris, Alpes-Maritimes

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-35122-038-2

GENCOD : 9782351220382

Sorti le : 14/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 09/04/2008

REGIS DUBOIS

Hollywood, cinema et ideologie

De Tarzan a Hollywood aux Peaux-Rouges, Noirs, Viets, Arabes, aliens et autres mutants, en passant par Le D-Day mis en scene par Hollywood, ou les incontournables Rocky et Rambo, une realite se dessine : En plus de promouvoir un certain mode de vie, les films made in Hollywood imposent aussi et surtout une maniere de penser. Car l’ideologie americaine est definitivement inscrite dans les formes et dans les structures memes du cinema hollywoodien. A travers des exemples concrets, dans un style qui allie efficacite et humour, ce livre decline les complicites du vieux couple cinema-ideologie, auquel Hollywood s’applique regulierement a donner une nouvelle jeunesse.

Age de 34 ans, Regis Dubois vit a Marseille, ou il enseigne le cinema. Il a publie de nombreux ouvrages, notamment : Dictionnaire du cinema afro-americain (Seguier, 2001), Le Cinema des Noirs americains (Le Cerf, 2005) et Une histoire politique du cinema, paru en 2007 aux editions Sulliver, et particulierement bien accueilli par la critique.

  • Les courts extraits de livres : 09/04/2008

Cinema et ideologie
Pour une critique marxiste des films

Au tournant des annees 1970, dans le sillage de Mai 68, des Etats generaux du cinema francais et du succes public de Z (C. Costa-Gavras, 1969), toute une partie de la critique de gauche francaise, s’inspirant des ecrits de Karl Marx, de Dziga Vertov et de Bertolt Brecht notamment, va pour la premiere fois s’interesser de pres aux liens qui unissent cinema et ideologie. Les articles fondateurs de Marcelin Pleynet et Jean-Louis Baudry dans Cinethique, ceux de Jean-Louis Comolli et Jean Narboni dans les Cahiers du Cinema et, entre autres, ceux de Jean-Patrick Lebel dans La Nouvelle Critique, sans oublier les essais cinematographiques d’auteurs tels Jean-Luc Godard, vont poser les bases d’une approche inedite du cinema. Dans les annees qui suivront, nombre d’ouvrages s’en feront l’echo et developperont tout un courant de pensee coherent autour de cette question des relations entre cinema, ideologie et politique. Par la suite, ce courant de pensee matine de freudisme traversera definitivement la Manche et l’Atlantique pour inspirer les cultural et gender studies.

Theories de la critique marxiste francaise des annees 1970

Le principe a l’origine de toutes ces etudes releve d’un meme postulat : tout film est vecteur d’ideologie. De facon implicite ou explicite, inconsciente ou deliberee de la part des cineastes, chaque film induit une vision subjective et particuliere du monde et demeure de ce fait en toute circonstance porteur d’un message ideologique : selon Christian Metz, le film, du seul fait qu’il doit toujours choisir ce qu’il doit montrer et ce qu’il ne montre pas, transforme le monde en discours, ou selon l’heureuse expression de Michel Mardore, par essence l’image cinematographique, representation de la vie, est aussi engagee que la vie elle-meme, c’est-a-dire totalement.
Partant, nous disent ces critiques, du fait de sa dependance envers les puissances d’argent (faire un film coute cher), le cinema serait pour ainsi dire toujours au service des classes dominantes (comprenons la bourgeoisie). Ce qui fait dire a certains qu’il est irremediablement entache ideologiquement. Cette dependance, nous enseigne Alain Malassinet, peut s’exercer de facon indirecte : un producteur choisit de produire tel film au detriment de tel autre. Ou de facon directe : le producteur fait modifier le scenario d’un film, sous pretexte d’imperatifs commerciaux, impose des coupes ou intervient sur le lieu de tournage. Autre facteur et non des moindres de cette dependance a l’egard du pouvoir : la censure pure et simple (la precedente est plus sournoise) : un film derange le pouvoir politique en place, il est interdit ou ampute des passages incrimines. Les exemples sont legion dans l’histoire du cinema, aussi bien a l’Ouest qu’a l’Est. Mentionnons chez nous les cas de La Vie est a nous (J. Renoir, 1936), du Petit Soldat (J.-L. Godard, 1960) ou de Baise-moi (V. Despentes, 2000), tous trois censures a des degres divers et a des epoques tres differentes. Il existe enfin un troisieme niveau de censure, nous dit Christian Metz : outre les censures economiques et politiques (institutionnelles celles-la), une censure de type ideologique et morale – de l’ordre de l’autocensure – est aussi a l’oeuvre dans les films : Elle ne procede plus des institutions, mais de l’interiorisation abusive des institutions chez certains cineastes qui, une fois pour toutes, n’essaient plus (ou n’ont jamais essaye) d’echapper au cercle etroit du dicible recommande a l’ecran. Par le niveau exact ou elles interviennent le long du processus qui mene de l’idee au film, ces trois censures s’ordonnent en un etagement naturel et fort efficacement restrictif : la censure proprement dite [politique] mutile la diffusion, la censure economique mutile la production, la censure ideologique mutile l’invention.
Hormis la question de la censure, l’autre grande contribution de ce courant critique aura ete de mettre en lumiere une certaine finalite du spectacle cinematographique. Le cineaste sovietique Dziga Vertov disait deja en 1920 : La camera n’a pas eu de chance. Elle est nee alors qu’il n’existait nul pays ou ne regnat le Capital. La bourgeoisie a eu l’idee diabolique d’utiliser ce nouveau jouet pour amuser les masses populaires ou, plus exactement, pour detourner l’attention des masses populaires de leur objectif fondamental : la lutte contre leurs maitres. De la meme facon, pour ces theoriciens marxistes, le cinema – dont la fonction communement admise est de distraire – cacherait surtout la realite aux masses. Le spectacle cinematographique apporterait avant tout de l’illusion et serait en quelque sorte le nouvel opium du peuple plongeant le spectateur dans une attitude de torpeur beate qui le rendrait par la meme docile et inoffensif.