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Hôtels psys ; du temps que t’étais belle

Auteur : Colette Enard

« Les sorciers méconnaissent parfois la portée de leur sortilège. » « Persuadée, lorsque j’ai quitté sa boutique [l’hôpital psychiatrique] en 1951 ou 52 qu’il [le docteur Nocher] ne croyait plus aux affabulations de ma mère et qu’il n’y avait sans doute jamais cru mais s’était trop compromis pour reculer, j’espérais que par un miracle plus que miraculeux, ce grand Monsieur bien, pas très intelligent et pas très scrupuleux, accepterait finalement d’admettre avoir commis une erreur funeste. Ce courrier gratuit le priait en somme, par je ne sais quelle plaidoirie, de me témoigner dans sa réponse que je n’avais jamais été folle.
C’est ce mot que je voulais voir effacer par la main qui me l’avait tatoué dans la peau. Ce mot qui avait servi à m’annihiler et que je ne voulais pas emporter avec moi dans l’éternité. Une réponse plus ou moins compréhensive aurait-elle changé mes plans ? Non, trop tard… j’étais finie. Alors ? Elle m’aurait lavée, peut-être vengée. Permis d’entrer fièrement dans le no man’s land.” Colette Énard, originaire de Charente, est artiste peintre, portraitiste à Bordeaux puis à Paris. Elle sera internée à plusieurs reprises dans un hôpital psychiatrique de la région bordelaise, une première fois sur la décision de sa mère qui veut l’empêcher de partir vivre en Australie puis une deuxième fois dans un navire-hôpital par son supérieur, le médecin-chef colonel et amant de son régiment en Indochine. Elle se retirera dans la région de Royan, d’où elle est originaire, avec ses chats. Elle peindra mais consacrera le reste de sa vie à des tapisseries monumentales qu’elle réalisera avec sa mère.
L’« aveu de cette chronique autobiographique » est saisissant tant sur l’aspect médical vécu par cette jeune femme que sur les impulsions et conséquences que cela a pu avoir sur sa création, dépourvue ensuite de couleurs et de visages humains, scènes d’un univers surréaliste. Ses oeuvres, les gouaches nucléaires et peintures surréalistes, ont fait l’objet d’une exposition rétrospective au musée de Royan, regroupant les oeuvres de collectionneurs privés dont celle acquise par André Breton.
Un texte bouleversant… On pense forcément en lisant ces pages à ces femmes effacées de la scène comme Camille Claudel, Dora Maar ou la surréaliste Unica Zürn.