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Impostures : recits

Auteur : Marie-Claire Bancquart

Date de saisie : 18/01/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Amourier, Coaraze, France

Collection : Thoth

Prix : 12.00 / 78.71 F

ISBN : 978-2-915120-41-7

GENCOD : 9782915120417

Sorti le : 01/10/2007

  • Les presentations des editeurs : 19/01/2008

L’imposture, tantot assassine, tantot fascinante, hante les trois recits de ce livre.
Tromperies de l’histoire : la presque oubliee Sempronia fut l’amie de Catilina; belle et poete son veritable role a ete occulte par ses ennemis. Aujourd’hui, elle n’est plus connue que par leurs breves calomnies…
Dissimulations forcees : l’heretique Aldo fut contraint toute sa vie de masquer ses convictions, mais il en a exprime la force dans son oeuvre de sculpteur, qui exerce sur les devots fideles une trouble attirance. Illusions fertiles de la vie : Perpetua, d’une beaute onirique, est nee des imaginations merveilleuses et decues de son pere…
Marie-Claire Bancquart, dont on sait l’approche a la fois erudite et sensible de l’histoire, nous propose de decouvrir ici trois destins exceptionnels.

Marie-Claire Bancquart est nee dans l’Aveyron en 1932 et vit a Paris. Ecrivain et professeur emerite a la Sorbonne, elle est l’auteur d’essais, de romans et de poemes, trois genres dans lesquels elle propose diversement sa vision d’un monde ou les hommes, les choses de la vie et les objets apparaissent comme enigmatiques, a la fois difficiles a vivre et pleins de seduction.

  • Les courts extraits de livres : 19/01/2008

Catilina etait bien l’un des plus beaux hommes d’Italie. Il etait grand, bati en force, les traits energiques, le regard direct. Il souriait volontiers. Outre cela, de naissance noble. Il excellait dans tous les sports, avec une preference pour les courses de chars. Il avait etudie l’art oratoire en Asie Mineure ; il y avait charme ses maitres eux-memes par l’abondance de ses discours et la richesse de ses images.
Les femmes, elles, etaient folles de lui. Il en avait profite durant sa premiere jeunesse, qui fut tres agitee, sans qu’on s’en offusque beaucoup. Rome avait alors perdu ses anciennes valeurs morales. Elle etait devenue une metropole a la fois riche et miserable, qui n’arretait pas de devorer les produits du monde entier – epices, vins, statues, betes exotiques – et de se devorer elle-meme a force d’inquietude. Les pretres des sectes orientales avaient la cote dans tous les milieux. Des sorcieres operaient, elles, dans les quartiers exterieurs de la ville, ou les paysans, quittant leurs terres, s’etaient entasses dans des taudis. Les chomeurs etaient nombreux. L’Etat les assistait. Beaucoup, las tout de meme d’etre inactifs, s’engageaient dans les armees de mercenaires qui avaient a reprimer des revoltes.
Du coup, Lucius Sergius Catilina ne se privait pas de courir les rues de la ville, la nuit, a la tete d’une bande dont il etait le chef. Il entretenait une courtisane comme tous les jeunes nobles, mais il frequentait davantage les prostituees de la peripherie de la ville. Il s’enivrait, brisait les plantes rares dans les jardins des grandes familles, blessait les fauves qu’elles y tenaient en cage, ou quelquefois les liberait : vous imaginez la panique ! Il barbouillait les statues, criait des obscenites. Il connaissait des reveils difficiles, mais il ne se laissait pas abattre : il allait exercer son corps a la palestre ou au cirque. L’apres-midi, il avait rendez-vous avec une femme ou l’autre de la bonne societe. Elles ne s’en vantaient pas ouvertement. Mais elles le laissaient deviner par allusions et chuchotements.

On ne disait rien pourtant sur Catilina et l’une de ses amies, Sempronia, femme du noble Decius Junius Brutus. Elle etait celebre des sa premiere jeunesse pour sa beaute et pour ses dons. Ayant recu des lecons des meilleurs maitres, elle ecrivait, en latin comme en grec, des poemes et des discours. Mieux encore que les courtisanes, elle jouait de la cithare, et mieux qu’elles, elle dansait, sans decouvrir ses bras ni se livrer a des gestes lascifs. En l’epousant, son mari n’avait pas juge qu’il lui fallut cesser de cultiver ces arts. Mere de deux petits garcons, elle ressemblait toujours a la jeune fille qui l’avait seduit. Quant a elle, elle etait toujours amoureuse de son mari. On les citait en exemple.
Sempronia etait du meme age que Catilina et elle le connaissait depuis l’enfance. Leurs familles etaient alliees. Elle admirait sa force et son intelligence, mais elle le blamait pour ses excentricites. Elle deplorait surtout son indifference envers les affaires publiques, qui offraient la seule carriere possible pour un jeune noble. Elle repetait qu’un homme comme lui, une fois assagi, sauverait la situation de Rome qui allait en se degradant : toujours plus de chomeurs, toujours plus de fortunes aux origines troubles, et l’immobilisme de tous les partis, dont la seule ambition etait de se hisser au pouvoir.