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Indian tango

Auteur : Ananda Devi Nirsimloo

Date de saisie : 30/08/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 15.90 / 104.30 F

ISBN : 978-2-07-078525-4

GENCOD : 9782070785254

Sorti le : 30/08/2007

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  • Les presentations des editeurs : 31/08/2007

” Elle s’est tournee pour partir sans meme me voir, rentree en elle-meme, inatteignable.
Elle a resserre le pan de son sari sur ses epaules. Sous la finesse du tissu, l’echancrure de la blouse laisse entrevoir une poitrine abondante. Peut-etre n’est-elle meme pas consciente de son attrait ? Peut-etre n’y a-t-il eu personne pour le lui apprendre et reveiller en elle quelque orgueil endormi, quelque secrete vanite ? J’ai percu en elle la promesse d’une musique qui n’avait pas encore ete jouee et qui, meme desaccordee, contiendrait sa secrete harmonie.
Suffirait-il de jouer en virtuose de l’instrument pour l’allumer de lumieres et de couleurs nouvelles et franchir ses tenebres ? ” Avril 2004. New Delhi. L’Inde est en pleine campagne electorale. Sonia Gandhi – l’Italienne, l’etrangere – deviendra-t-elle le prochain Premier ministre ?… Mais pour Suhhadra, cinquante-deux ans, grande, plutot ronde, une femme ordinaire, la preoccupation est autre : ira-t-elle a ce pelerinage de renoncement des femmes menopausees que lui propose sa belle-mere pour marquer la fin de sa feminite ? Ou cedera-t-elle au contraire a la mysterieuse seduction de l’autre qui la suit depuis un mois dans les rues de Delhi ? Un etrange pas de deux, chasse-croise amoureux qui lui offre une chose que personne ne lui a jamais offerte : son propre corps…

Nee a l’ile Maurice, Ananda Devi est l’auteur de nombreux romans publies aux Editions Gallimard. Eve de ses decombres a obtenu plusieurs prix litteraires en 2006, dont celui des Cinq Continents.

  • La revue de presse Jean-Marie Gustave Le Clezio – Le Nouvel Observateur du 23 aout 2007

Oui, lisant le roman d’Ananda Devi, il faut se poser la question : qu’est-ce qu’un ecrivain ? Qu’est-ce qui differencie l’ecriture de toute forme d’art et de vie sociale ? Est-ce cette musique qui parcourt son livre, tel un frisson, l’Indian Tango qui reveille le desir d’etre deux dans l’appartement suffocant ou Subhadra est enfermee, avec pour seule interlocutrice cette vieille femme jaunie, sa belle-mere, dont elle devine qu’elle sera sa semblance prochaine…
Ananda Devi invente un temps, des lieux, des rencontres. Elle se substitue a Subhadra, nous entraine dans une metamorphose lente, dans une epaisseur, ou seuls les sensations et les mots permettent de se rattraper. N’elude pas, au profit d’une illusoire eternelle jeunesse, la rupture que seules les femmes peuvent comprendre, puisque dans le jeu du sexe les hommes et les femmes sont a jamais mutuellement inintelligibles. Oui, en cela Ananda Devi est un vrai, un grand ecrivain, car a l’issue de son roman, nous n’en saurons sans doute pas davantage sur ce qui la pousse a ecrire un tel livre, un tel cri. Mais sa musique, la puissance de son etreinte – semblable a celle des grands fleuves de l’Inde, a la Riviere de feu de la romanciere Hyder Qurratulain, elle aussi voisine de la citadelle de Delhi, nous permet d’entrevoir l’interieur de la grotte ou le moine amoureux avait jadis, sous la poussee de l’ange noir de l’imaginaire, realise le miracle dont revent tous les artistes, recomposant la realite selon ses desirs.

  • Les courts extraits de livres : 07/01/2008

Avril 2004

L’agenouillement a lieu des leurs premiers pas dans la maison.
Aucun preambule. A peine un instant d’hesitation, de flottement, avant le geste et la deroute qui s’ensuit ; le raz de maree de soie effondree.
Un agenouillement n’est pas un acte anodin. Adoration ou humiliation ? De quelle maniere l’a-t-elle compris ?
Elle cligne des yeux pour les degager de toute pensee. Elle tente de se defaire des images qui s’obstinent a se poser, telles des mouches hatives, sur sa retine. Elle se heurte a la memoire. Ce qui est arrive. Comment cela est arrive. La suite : couleur ; sensation ; gout.
Elle est calme. Elle glisse, immobile, a cote d’elle-meme. Mais elle ne peut plus se defaire de cette impression de danger ordinaire.
Des leurs premiers pas, agenouillee.
Pas anodin.
Qu’a-t-elle fait d’autre ? Elle ne s’en souvient plus.
Aucune importance. Ces mots rythment le reste de sa journee. Elle continuera de marcher sur la pointe des pieds en une danse inquiete, sorte d’esquive d’un soi lucide qui ne lachera pas prise.

Or donc, apres l’agenouillement, elle se retrouve, marchant sans s’etouffer dans le nuage qui baigne la ville et qui donne, en se repandant, une fausse douceur et une apparence d’ambre tiede aux choses. Cette brume quasi crepusculaire, marque d’une pollution qui, malgre tous les decrets gouvernementaux, continue d’empoisonner l’air de Delhi et ses habitants, elle la remarque a peine. Une part d’elle s’est detachee et refuse de renouer avec la realite, meme si ses yeux notent avec distance l’etat de dereliction avancee des choses. Les autobus et les camions eructent une fumee qui s’arrime a tout ce qu’elle touche avec une moiteur animale. Les mobylettes et les motocyclettes encombrent la rue et le trottoir et s’engouffrent, suicidaires, dans le moindre espace libre. Elles zebrent l’espace de leur mort sans cesse annoncee et qui ne vient jamais, car il y a un dieu pour les motocyclistes, les camions et les taxis. Elle evite de justesse une famille entiere sur un scooter, le pere conduisant, un petit garcon d’une dizaine d’annees tenant un sac a provisions devant lui, et la mere derriere, se retenant a lui d’un bras et portant un bebe dans l’autre. Le garcon lui fait un clin d’oeil qui lui semble vicieux. Le bebe la regarde de ses grands yeux cernes de khol. D refuse de la liberer jusqu’a ce qu’il ait disparu. Elle est interloquee par son air de sagesse usee, mais aussi par son oeil peremptoire.
Dans l’oeil du bebe, quelqu’un d’autre l’enveloppe. Elle se detourne de sa menace, de sa tentation.
Prise d’une envie d’etre longee, immergee, erodee par les fumees, elle decide de heler un rickshaw plutot qu’un taxi. Desirant la muette et abondante compagnie des anonymes, elle y rencontrera la sueur du conducteur, la moiteur des sieges impregnes de milliers d’odeurs, toute l’epaisseur des dejections humaines. Peut-etre voudrait-elle s’assurer qu’elle est encore en vie et qu’elle n’a pas disparu, comme elle le croit, de sa propre vision ? Des statuettes de saints se balancent aux quatre coins du rickshaw. Ils captent les lumieres et distribuent des sourires en guise de benediction. Elle n’ose les regarder. Son doigt trouve une entaille dans le siege en plastique et l’elargit machinalement. Elle sent a l’interieur une matiere spongieuse et friable qui cede sous l’ongle et puis, encore plus profond, une intime pourriture : etrange exploration – le doigt s’enfonce.