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Ingrid Betancourt, par-dela les apparences

Auteur : Jean-Jacques Kourliandsky

Preface : Rafael Jorba

Date de saisie : 12/05/2008

Genre : Documents Essais d’actualite

Editeur : Toute latitude, Paris, France

Collection : Regard latino

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-35282-018-5

GENCOD : 9782352820185

Sorti le : 21/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 12/05/2008

Ni biographie, ni simple denonciation du sort d’Ingrid Betancourt, cet ouvrage analyse les enjeux politiques et geopolitiques de cette emprisonnement, la facon dont les puissants (Uribe, Chavez, Bush, les FARC et… N. Sarkozy) instrumentalisent sa situation a des fins interieures ou internationales

A qui profite le crime ?
Certainement pas a la victime, Ingrid Betancourt.
Mais alors a qui ?

Le drame individuel vecu par une personne, une famille, un entourage, et l’emotion qui l’entoure suscitent une compassion legitime. Ils ne permettent pas de decrypter la mecanique froide qui les a, les uns et les autres, broyes au mepris des droits humains universels. L’auteur ne pretend pas apporter de revelations : il entend mettre les elements du drame en perspective et en coherence, leur donner une lisibilite. C’est la son ambition fondamentale.

Cette froideur distante a ecarte volontairement les sentiments pour privilegier l’interrogation des faits, la reflexion, et les hypotheses explicatives.

Jean-Jacques Kourliandsky a choisi la raison pour tenter de demeler les fils d’un drame trop souvent traite de facon compassionnelle. Il n’est pas pour autant indifferent et espere comme nous tous la liberation d’Ingrid Betancourt avec qui, en 1999, il a partage un moment politique inedit et fort en Colombie.
Specialiste de geopolitique et historien, Jean-Jacques Kourliandsky est charge de recherche a l’IRIS sur l’Amerique latine et l’Espagne. Consultant, editorialiste (Espaces Latinos) et auteur (L’Annee strategique, etc.), il publie dans differentes revues specialisees et intervient regulierement aupres des Fondations Friedrich Ebert et Jean Jaures en Amerique latine.

  • La revue de presse Paulo A. Paranagua – Le Monde du 2 mai 2008

Jean-Jacques Kourliandsky, charge de l’Amerique latine au Parti socialiste, fin connaisseur de la region, privilegie le decryptage dans Ingrid Betancourt, par-dela les apparences. Pour mieux apprecier les rebondissements successifs et l’echec des efforts mis en oeuvre depuis six ans pour obtenir la liberation d’Ingrid Betancourt, il explique le contexte, la Colombie et l’industrie des enlevements, donne le profil des ravisseurs, eclaire les motivations des divers acteurs en jeu…
Jean-Jacques Kourliandsky critique l'”instrumentalisation mediatique” des affaires d’otages en France. En Allemagne, celles-ci sont traitees d’une maniere discrete, avec des resultats plutot positifs, y compris dans le cas de ressortissants allemands sequestres en Colombie.

  • Les courts extraits de livres : 12/05/2008

Vue de France, la Colombie ubuesque

Ingrid Betancourt a ete enlevee en Colombie. Candidate a l’election presidentielle d’avril 2002, elle etait alors en pleine campagne electorale. La Colombie est le lieu du drame. C’est la qu’Ingrid Betancourt est nee en 1961, et a tente de faire carriere politique. Le rideau s’ouvre sur un paysage qui s’impose a tous ceux qui veulent essayer de comprendre. Ce paysage, qu’il soit celui de la nature ou celui des hommes, n’a rien a voir avec celui de nos plaines a cereales ou de nos banlieues pavillonnaires. L’enlevement s’est inscrit dans un feuillete d’images qui tord les faits et les oriente. Qu’avaient a l’esprit beaucoup de Francais au moment du drame, de l’enlevement du 23 fevrier 2002, quand on leur parlait de Colombie ?
Les Francais ont une image de la Colombie construite ces dernieres annees par la sedimentation d’un certain nombre d’evenements extraordinaires et de leurs acteurs principaux, guerillas, cartels de la drogue, tremblements de terre, chanteuses comme Shakira et coureurs cyclistes. En bref, de l’henaurme ubuesque matine de saveurs tropicales, periodiquement reactive par un evenement, un ou des personnages, extraordinaires et spectaculaires.
La Colombie, curieusement plus souvent que d’autres ces dernieres annees, a ete l’un des lieux de fascination morbide et caricaturale ayant accompagne la montee en puissance d’une television d’assouvissement et d’emotions. Les formes d’expression de cet exotisme souvent mortifere ont ete variees, mais toutes avec leur cote spectaculaire et picaresque entrent chez Monsieur et Madame tout le monde par petits ecrans et presse gratuite interposes. Le plus souvent, cette ingerence domestique se fait au travers de destins individuels hors du commun. Ils apportent la part de reve ou de cauchemar distrayant de la grisaille quotidienne a la francaise. Les grands acteurs de cette mise en scene de la Colombie se suivent et confortent une image magique, tragique et fascinante. En 1985, le martyre de la petite Omaira, victime du tremblement de terre d’Armero, a cloue sur le fauteuil de leurs salons des millions de Francais. Quelques annees plus tard, l’emergence d’un ponte de la drogue, Pablo Escobar, abattu au terme d’une chasse a l’homme digne des meilleurs feuilletons americains, a pris le relais. Entre-temps, les actions certes collectives, mais theatrales de la guerilla du M19, (Mouvement du 19 avril), avaient eu droit a un temps d’antenne. En 1980, ce groupe avait en effet enleve une partie du corps diplomatique etranger a Bogota. Et la prise tragique du tribunal supreme colombien par ce meme groupe en 1985, achevee par la mort des membres du commando, des juges, et la destruction du batiment par l’armee, avait seduit les redactions des JT et les amateurs d’emotions fortes au-dela de toute esperance. La Colombie decidement se revelait comme l’un des meilleurs pourvoyeurs mondiaux d’information spectacle.
Ces images chocs, reactualisees, renouvelees et repetees, ont ete entretenues et gerees par un apres-vente de l’audiovisuel comme tout autre segment des industries culturelles. Une litterature d’assouvissement, pour reprendre la formule d’Andre Malraux, a fait son beurre sur le grand spectacle colombien offert aux telespectateurs a intervalles reguliers. Livres policiers, bandes dessinees, recits d’aventures, feuilletons, ont elargi le recit mythique et exotique d’une Thanatocratie porteuse de frissons d’autant plus apprecies qu’ils restent lointains. Les titres des ouvrages publies sont d’un noir encre de Chine, entretenant et consolidant le filon de la Colombie, pays de magie mortelle sur fond de foret vierge. Papillon, bandit au grand coeur a la francaise, avait le premier dans son livre souvenir pose le decor. D’apres l’apercu que j’ai de la Colombie, ecrit-il, les dangers de la mer, c’etait de la rigolade.