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J’etais une petite fille de sept ans

Auteur : Cesar Aira

Traducteur : Michel Lafon

Date de saisie : 07/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 15.00 €

ISBN : 978-2-267-01963-6

GENCOD : 9782267019636

Sorti le : 07/02/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Andre Zaradzki de la librairie LE CHANT DE LA TERRE a PONT-SAINT-ESPRIT, France (visiter son site) – 07/03/2008

Pour echapper a la tyrannie de son epouse, un homme (ordinaire) vend son ame au diable et choisit de devenir roi ; la narratrice est la “petite fille de sept ans”, sa fille, qui lui voue une admiration sans egal et qui va entreprendre avec lui un voyage a travers son royaume magique, a la recherche… de son ame de petite fille, subtilisee lors d’un rapt. Dans ce pays de contes de fees, l’art poetique de Cesar Aira se deploie comme un ciel aux millions de lunes.

  • Les presentations des editeurs : 25/01/2008

Un homme ordinaire, malmene par son epouse, fait un pacte avec le diable et fonde le royaume turc de Biscaye. Ses pouvoirs surnaturels ne suffisent pas a apaiser l’impatience de sa petite fille, ni a la preserver des dangers qui la menacent : roi et princesse devront entreprendre un voyage a travers la vieille Biscaye magique, jusqu’aux confins de leur pays de conte de fees, en quete d’une ame volee.
La source des histoires, qui alimentait ma curiosite insatiable, ne cessait jamais de jaillir.
Ce roman recent est un des sommets de l’art poetique de Cesar Aira, de son inimitable fantaisie : personnages et paysages en fusion defilent comme dans un reve enfantin, ou sur l’ecran encore phosphorescent d’un cinema abandonne.

Cesar Aira est ne a Coronel Pringles, dans la Province de Buenos Aires, le 23 Fevrier 1949. Il reside a Buenos Aires depuis 1967, dans la quartier de Flores, cher a Roberto Arlt. Romancier, nouvelliste, essayiste, dramaturge, traducteur, il a publie a ce jour une quarantaine de livres. Comme beaucoup d’intellectuels argentins, il est polyglotte et a lu en profondeur les romans d’aventure et les grands auteurs francais, langue qu’il parle couramment. A 14 ans, il decouvre Proust et venere Rimbaud. Apres la disparition de Roberto Bolano, il est considere comme l’un des ecrivains sud-americains les plus importants. L’absurde, voire le fantastique que l’on retrouve dans l’oeuvre d’Aira ne sont pas sans rappeler l’univers de Copi.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Michel Lafon

  • Les courts extraits de livres : 25/01/2008

J’etais une petite fille de sept ans, princesse d’un pays de conte de fees. Un jour, alors que je me promenais seule dans les bois, je decouvris une petite pierre jaunatre, parfaitement circulaire, d’un centimetre de diametre, aplatie. Sa couleur etait belle, etrange, elle ne paraissait pas naturelle; mais plus belle encore etait sa surface extraordinairement douce, comme une perle en un peu plus brillant. Je l’aurais crue en plastique si, a cette epoque, le plastique avait existe ; puisque tel n’etait pas le cas, sa beaute n’avait aucune explication. Je m’agenouillai a cote d’elle, sans craindre que la terre et l’herbe salissent aux genoux mon pyjama chinois en soie, et je restai un moment a la contempler, en extase. Comment etait-elle arrivee jusque-la ? Comme elle etait belle, douce, luxueuse. Serait-ce un bouton tombe du costume d’un haut dignitaire etranger ? Ou peut-etre une espece rarissime de champignon, un champignon en cristal de rosee ? Quoi qu’il en soit, j’allais l’emporter pour l’examiner a mon aise, je la caresserais pour me detendre quand je serais enervee, elle me tiendrait compagnie en permanence, comme une amulette.

Mais quand je la pris, delicatement, entre le pouce et l’index, quelle ne fut pas ma surprise de sentir que mes doigts passaient au travers et que la petite pierre merveilleuse se desagregeait. Ce n’etait ni une pierre, ni un bouton, ni rien de semblable ! Ce n’etait pas solide. C’etait une creme… Je passai de la surprise a la deception et, je l’avoue, je ressentis meme un peu de degout. La chose conservait une surface perlee et une jolie couleur, mais elle n’avait plus sa circonference reguliere ; c’etait maintenant une grosse goutte de pluie irreguliere et degoulinante, a laquelle ma tentative avait donne la forme d’un huit tordu, et qui en plus m’avait sali les doigts. Qui sait de quelle sorte de matiere repugnante il pouvait s’agir ? C’etait bien fait pour moi, avec ma manie de vouloir toucher a tout.

Je frottai doucement mes deux doigts l’un contre l’autre. La creme etait onctueuse et fluide, pas grasse du tout. Je portai les doigts a mes narines et respirai : c’etait un parfum suave, organique, avec une note de muguet.

Ma curiosite avait quelque chose de pueril. Pueril depuis le debut, depuis la promenade dans les bois sans autorisation, la quete de fleurs, de petites pierres, de nids, d’insectes rares, jusqu’au geste de trouver, de m’agenouiller, de saisir… Vu le peu d’annees que j’avais alors, qu’esperer d’autre que des attitudes et des experiences pueriles ?

Plus tard, un vent violent vida le ciel de ses nuages et, apres le diner, nous sortimes sur les terrasses du palais, pour contempler le prodigieux spectacle que nous offrait le firmament. Des millions et des millions de lunes brillaient et clignotaient dans le noir de l’univers sans fond. Elles formaient des figures, des constellations, des voies et des trainees, vers lesquelles s’elevaient nos clameurs emerveillees. Lunes pleines, croissantes, decroissantes, dans toutes leurs phases, groupees en faisceaux serres ou solitaires, certaines si lointaines qu’elles n’etaient qu’un point de paleur tremulante, d’autres plus proches palpitant avec agressivite au zenith.