Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Journal, 1942-1944

Auteur : Helene Berr

Preface : Patrick Modiano

Date de saisie : 03/01/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Tallandier, Paris, France

Collection : Archives contemporaines

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-84734-500-1

GENCOD : 9782847345001

Sorti le : 03/01/2008

Acheter Journal, 1942-1944 chez ces libraires independants en ligne :
L’Alinea (Martigues)Dialogues (Brest)Durance (Nantes)Maison du livre (Rodez)Mollat (Bordeaux)Ombres Blanches (Toulouse)Sauramps (Montpellier)Thuard (Le Mans)

  • Les presentations des editeurs : 03/01/2008

J’ai porte la tete haute, et j’ai si bien regarde les gens en face qu’ils detournaient les yeux. Mais c’est dur. D’ailleurs, la majorite des gens ne regardent pas. Deux gosses dans la rue nous ont montrees du doigt en disant : Hein ? T’as vu ? Juif. Mais le reste s’est passe normalement. Je suis repartie pour la Sorbonne ; dans le metro, encore une femme du peuple m’a souri. Cela a fait jaillir les larmes a mes yeux, je ne sais pourquoi.
Pourquoi suis-je si inquiete ? Objectivement, il y a de quoi, parce que j’ai l’impression que nous sommes la derniere fournee, et que nous ne passerons pas entre les mailles du filet. Il ne reste plus beaucoup de juifs a Paris ; et comme ce sont les Allemands qui font les arrestations maintenant, il y a peu de chances d’y echapper, parce que nous ne serons pas prevenus.
D’avril 1942 a fevrier 1944, cette jeune fille francaise a tenu son journal au jour le jour. Un texte d’une qualite litteraire exceptionnelle, ou se melent l’experience quotidienne de l’insoutenable et le monde reve des lettres, ou alternent a chaque instant l’espoir et le desespoir.
Ses derniers mots, le 15 fevrier 1944, Horror ! Horror ! Horror !, sont un pressentiment de l’ineluctable. Arretee le 8 mars 1944, elle est deportee a Auschwitz avec son pere et sa mere. Elle survit presque jusqu’au bout a l’epreuve, succombant a l’epuisement a Bergen-Belsen en avril 1945, quelques semaines avant la liberation du camp.

  • La revue de presse Thomas Wieder – Le Monde du 18 janvier 2008

Le texte que publient les editions Tallandier fait partie de ces temoignages qui survecurent miraculeusement a leur auteur. Helene Berr est morte du typhus a Bergen-Belsen en avril 1945, a la veille de la liberation du camp par les Anglais. Elle venait d’avoir 24 ans. Un an plus tot, quelques jours avant son arrestation, elle avait confie son journal intime a la cuisiniere de ses parents. Dedie a son fiance, aujourd’hui conserve au Memorial de la Shoah, il s’agit la d’un document exceptionnel sur la vie au jour le jour d’une etudiante juive dans le Paris de l’Occupation…
“Beaucoup de gens se rendront-ils compte de ce que cela aura ete que d’avoir 20 ans dans cette effroyable tourmente, l’age ou l’on est pret a accueillir la beaute de la vie, ou l’on est tout pret a donner sa confiance aux hommes ?”, se demandait un jour Helene Berr. On l’aura compris : son journal, comparable, par sa profondeur d’analyse, sa qualite litteraire et sa sombre lucidite, a celui de la Hollandaise Etty Hillesum, sa presque contemporaine, qui mourut comme elle en deportation, apporte a cette question l’une des reponses les plus poignantes qui nous aient ete donnees a lire.

  • La revue de presse Simone Veil – L’Express du 10 janvier 2008

Je suis tres heureuse que le journal d’Helene Berr paraisse enfin. Mariette Job, sa niece, me l’avait prete il y a quelques annees. Ce livre m’a tellement emue, touchee, que sa publication me semblait indispensable…
Le Journal d’Helene Berr est a la fois le journal d’une jeune juive sous l’Occupation, d’une sensibilite et d’une qualite litteraires exceptionnelles, et une reference historique.

  • La revue de presse Nathalie Crom – Telerama du 9 janvier 2008

Parvenant jusqu’a nous soixante ans plus tard, ce texte sauve de la destruction par des mains attentives fait entendre une voix exceptionnelle de dignite et de lucidite, bouleversante d’intelligence et de fierte : celle d’une jeune fille tiraillee entre un irresistible desir de bonheur et la conscience de la tragedie en cours d’accomplissement. Dans la belle preface qu’il donne au livre, Patrick Modiano evoque, a propos d’Helene Berr, les noms de Simone Weil et d’Etty Hillesum – on ne saurait mieux dire le souci ethique et la grace qui impregnent ce texte, l’urgence absolue qu’il y a a le lire.

  • La revue de presse Antoine Perraud – La Croix du 9 janvier 2008

Voici l’un de ces livres qui poursuivent chaque lecteur jusqu’a son dernier souffle…
Elle s’avere digne d’une Simone Weil dans son empathie ardente ; elle devance les travaux d’une Hannah Arendt quand elle analyse l’engrenage de l’extermination, les responsabilites collectives et individuelles…
La jeune fille gorgee de litterature et de musique sera deportee le jour de ses 23 ans, en mars 1944. Elle tiendra jusqu’en avril 1945 (a deux semaines pres, elle etait sauvee). Son Journal oppose a la purete scelerate des nazis la limpidite d’une ame aneantie, helas !, mais desormais imperissable.

  • La revue de presse Mohammed Aissaoui – Le Figaro du 3 janvier 2008

Helene Berr, cette jeune Parisienne juive a tenu son journal, entre avril 1942 et fevrier 1944. Elle est amoureuse, elle aime la vie, mais rien de l’effroyable tourmente ne lui echappe. Un temoignage d’une force rare. Les textes qui decrivent le quotidien pendant les heures noires sont rares. C’est pour cela que le document qu’a laisse Helene Berr (1921-1945) devrait etre porte a la connaissance de tous…
Il y a des pages terribles dans ce livre, la tension y est permanente sous une plume legere.

  • La revue de presse Natalie Levisalles – Liberation du 20 decembre 2007

Ce sera l’evenement editorial du debut de l’annee 2008. Une evidence depuis la foire du livre de Francfort en octobre…
Ce journal intime tenu entre 1942 et 1944 par une jeune fille de la bourgeoisie juive dans Paris occupe par les Allemands est d’abord un document exceptionnel. L’historien Michel Laffitte, qui en cite de longs passages dans son livre Juif dans la France allemande, raconte comment, en le decouvrant, il a ete saisi par la richesse du temoignage alors qu’on pensait que tout avait ete dit sur les Juifs pendant l’Occupation. Il est aussi exceptionnel par sa qualite litteraire. Helene a 21 ans quand elle en ecrit…
Elle raconte a la fois ce qu’elle voit de la persecution des Juifs et ce qu’elle entend dire, elle rassemble des informations eparses, comprend la realite de la menace…
On a le sentiment que cette ouverture, cette porosite a la souffrance des autres, est aussi liee a l’etat d’hypersensibilite que contient l’amour naissant. Et c’est sans doute ce qui passe de cet etat dans son ecriture qui nous la rend si proche, si vibrante, qui touche au plus profond de nous. La derniere entree du journal est datee du 15 fevrier 1944. Alors que des nouvelles atroces lui parviennent de partout, les derniers mots qu’elle ecrit sont une citation d’Au coeur des tenebres de Conrad : Horror ! Horror ! Horror !

  • Les courts extraits de livres : 15/01/2008

1942

Mardi 7 avril
4 heures

Je reviens… de chez la concierge de Paul Valery. Je me suis enfin decidee a aller chercher mon livre. Apres le dejeuner, le soleil brillait ; il n’y avait pas de menace de giboulee. J’ai pris le 92 jusqu’a l’Etoile. En descendant l’avenue Victor-Hugo, mes apprehensions ont commence. Au coin de la rue de Villejust, j’ai eu un moment de panique. Et tout de suite, la reaction : Il faut que je prenne les responsabilites de mes actes. There’s no one to blame but you [Tu ne peux t’en prendre qu’a toi-meme]. Et toute ma confiance est revenue. Je me suis demande comment j’avais pu avoir peur. La semaine derniere, meme jusqu’a ce moment, je trouvais cela tout naturel. C’est Maman qui m’a rendue intimidee en me montrant qu’elle etait tres etonnee de mon audace. Autrement je trouvais cela tout simple. Toujours mon etat de demi-reve. J’ai sonne au 40. Un fox-terrier s’est precipite sur moi en aboyant, la concierge l’a appele. Elle m’a demande d’un air mefiant : Qu’est-ce que c’est ? J’ai repondu de mon ton le plus naturel : Est-ce que M. Valery n’a pas laisse un petit paquet pour moi ? (Tout de meme, de loin, je m’etonnais de mon aplomb, mais de tres loin.) La concierge est rentree dans sa loge : A quel nom ? – Mademoiselle Berr. Elle s’est dirigee vers la table. Je savais d’avance qu’il etait la. Elle a fouille, et m’a tendu mon paquet, dans le meme papier blanc. J’ai dit : Merci beaucoup ! Tres aimablement, elle a repondu : A votre service. Et je suis repartie, ayant juste eu le temps de voir que mon nom etait inscrit d’une ecriture tres nette, a l’encre noire, sur le paquet. Une fois de l’autre cote de la porte, je l’ai defait. Sur la page de garde, il y avait ecrit de la meme ecriture : Exemplaire de mademoiselle Helene Berr, et au-dessous : Au reveil, si douce la lumiere, et si beau ce bleu vivant, Paul Valery.
Et la joie m’a inondee, une joie qui venait confirmer ma confiance, qui s’harmonisait avec le joyeux soleil et le ciel bleu tout lave au-dessus des nuages ouates. Je suis rentree a pied, avec un petit sentiment de triomphe a la pensee de ce que les parents diraient, et l’impression qu’au fond l’extraordinaire etait le reel.

Maintenant, j’attends Miss Day qui doit venir gouter. Le ciel s’est subitement obscurci, la pluie fouette les carreaux ; on dirait que c’est grave, tout a l’heure il y a eu un eclair et du tonnerre. Demain, nous devons aller faire un pique-nique a Aubergenville avec Francois et Nicole Job, Francoise et Jean Pineau, Jacques Clere. En descendant les marches du Trocadero, je pensais a demain avec joie ; apres tout, il y aurait bien des eclaircies. Maintenant, ma joie est assombrie. Mais le soleil va ressortir, c’est presque fini. Pourquoi ce temps est-il si instable ? C’est comme un enfant qui rit et pleure a la fois.

Hier soir, je me suis endormie apres avoir lu la deuxieme partie de La Mousson. C’est magnifique. Plus je vais, plus je decouvre de beaute dans ce livre. Avant-hier, c’etait la scene entre Fern et sa mere, les deux vieilles filles. Hier soir, cela a ete l’inondation, la maison des Bannerjee, et les Smiley. J’ai l’impression de vivre parmi ces personnages. Ransome maintenant est une vieille connaissance, il est tres attachant.

La soiree a ete remplie de l’excitation de demain. Ce n’etait pas un debordement, mais une espece de joie sous-jacente que parfois l’on oubliait et qui revenait doucement par moments. Il y avait des preparatifs comme pour un depart en voyage. Le train est a huit heures trente-trois. Il faut se lever a six heures quarante-cinq.