Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Juste etre un homme

Auteur : Craig Davidson

Traducteur : Anne Wicke

Date de saisie : 17/05/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d’Amerique

Prix : 19.90 / 130.54 F

ISBN : 978-2-226-18388-0

GENCOD : 9782226183880

Sorti le : 02/04/2008

Acheter Juste etre un homme chez ces libraires independants en ligne :
L’Alinea (Martigues)Dialogues (Brest)Durance (Nantes)Maison du livre (Rodez)Mollat (Bordeaux)Ombres Blanches (Toulouse)Sauramps (Montpellier)Thuard (Le Mans)

  • Le choix des libraires : Choix de Mathieu Bleuzet de la librairie FURET DU NORD a LILLE, France (visiter son site) – 17/09/2008

Juste etre un homme : la cloche sonne et la lecture commence. Craig Davidson nous livre une galerie d’anonymes qui se posent une question fondamentale : qu’est ce qui fait de moi un vrai homme ? Est-ce la force, la volonte, la capacite de pardonner ? De combats clandestins en rings de boxe, on suit l’errance de ces personnages qui, faute de reponses, se reposent sur leurs facultes physiques et leur instinct de guerriers. Ce livre pourrait faire penser a Fight Club, mais il est douloureusement credible et humain, on saigne et on encaisse les coups de la meme facon que les protagonistes. Il y a de la violence mais aussi beaucoup d’emotion ici, et l’auteur est assurement a surveiller de pres !

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Apres le succes d’Un gout de rouille et d’os, le jeune ecrivain canadien Craig Davidson ne dement pas sa reputation avec ce roman qui explore l’identite masculine contemporaine a travers le portrait sombre et melancolique d’une certaine Amerique. Paul Harris mene une existence privilegiee jusqu’au jour ou une agression sauvage le pousse a apprendre a se defendre. Rob Tully est un jeune boxeur tres doue, sur lequel son pere et son oncle ont place tous leurs espoirs. Trop, sans doute. Tandis que Paul devient obsede par le culte de son corps et la violence qu’il decouvre en lui, Rob tente d’etre a la hauteur des attentes qui pesent sur ses epaules. Aussi differents soient-ils, leurs chemins vont les mener en un lieu clandestin, sans regles ni limites, ou des hommes sont prets a tout donner d’eux-memes. Au risque de tout perdre.

Craig Davidson (31 ans) a fait sensation avec son premier livre, Un gout de rouille et d’os, qui lui a valu l’admiration et le soutien d’ecrivains tels que Bret Easton Ellis, Chuck Palahniuk ou Thom Jones. Ce recueil de nouvelles, traduit en plusieurs langues, suscite beaucoup d’interet dans le milieu du cinema. Craig Davidson vit a Calgary (Canada) ou il termine un nouveau roman.

Davidson brouille les frontieres entre le drame et la comedie, la cruaute et la misericorde.
Chuck Palahniuk

L’ecriture de Craig Davidson, aussi impitoyable qu’un uppercut, aussi cruelle et violente que peut l’etre la vie, est rythmee comme un match.

Le Monde

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Extrait du prologue :

On dit qu’un homme peut changer sa personnalite – l’essence fondamentale de ce qu’il est et de ce qui le constitue – dans la proportion d’environ cinq pour cent. Cinq pour cent : voila tout le changement dont nous sommes capables, tous autant que nous sommes.
Dans un premier temps, cela parait derisoire. Cinq pour cent, c’est quoi ? Une rognure d’ongle. Mais pensez donc un peu a l’immensite de la psyche humaine et ce chiffre acquiert alors un poids reel. Pensez a cinq pour cent de la masse continentale totale de la Terre, a cinq pour cent de l’univers connu. Des millions de kilometres carres, des milliards d’annees-lumiere. Pensez a l’effet qu’un changement de l’ordre de cinq pour cent pourrait avoir sur tout un chacun. Imaginez des dominos alignes en rangees bien droites et bien nettes, tout cet univers de possibilites mis en mouvement d’une simple pichenette.
Cinq pour cent : et tout change. Cinq pour cent : une personne entierement nouvelle.
Vu sous cet angle, cinq pour cent, ca veut vraiment dire quelque chose.
Vu sous cet angle, cinq pour cent, c’est colossal.

Je me reveille dans un endroit sombre. Je cligne des yeux, desoriente, une image venue d’un reve s’attarde : un visage sans nom eclate en deux, et les circonvolutions du cerveau que l’on apercoit a travers un brillant halo de sang.
Une salle de bains exigue. Le papier peint qui se decolle, des carreaux couverts de moisi. Une fois nu, je me lave a un lavabo en pierre. Mon corps n’est qu’utilitaire : des os, des muscles et de la peau. Un corps affute, a mon avis, meme si, de temps en temps, la prestesse d’antan me manque. A me regarder, vous pourriez tout a fait croire que je suis venu au monde comme ca.
Mes jambes : zebrees de cicatrices laissees par des blessures a la machette recues dans les plantations du Nord, lorsque je recoltais la canne a sucre, avant mon depart vers les villes du Sud. Un creux en forme de fleche se decoupe dans ma jambe droite : les nuits d’insomnie, je passe un doigt dessus et sens alors la durete du tibia sous le demi-centimetre de tissu cicatriciel.
Ma poitrine : striee de coups de rasoir, marbree de cicatrices laissees par des brulures chimiques. Les combats a la soude caustique – avec nos poings enveloppes de grosse ficelle sur laquelle on a etale un melange de miel et de soude en poudre. Une bouteille de biere Mekong remplie de sable est posee a cote de la paillasse ; je me tape sur le ventre pendant des heures avec cette bouteille, pour m’endurcir la chair avant les combats.
Mes mains : massacrees. Les articulations sont eclatees en petits X irreguliers bosselant ma peau, que fait briller l’eclairage de la salle de bains. Elles ont ete cassees – combien de fois ? Je ne sais meme plus. Elles sont si fragiles que je me suis un jour fele le pouce simplement en ouvrant une bouteille de soda.
Un oeil aveugle : toujours ces putains de combats a la soude caustique. Mes incisives superieures ont ete enfoncees dans mes gencives au point de s’encastrer a moitie dans le palais mou. Des oreilles en chou fleur – du pop-corn, aurait dit mon vieil entraineur – et mon ouie qui va et vient comme une vieille radio cassee ; quand je n’entends plus rien, je me tape sur la tempe, comme on taperait sur une tele capricieuse pour recuperer l’image. Une ligne en relief court de ma nuque jusqu’a un point situe entre mes sourcils : je me suis ouvert le crane contre le beton d’une raffinerie de petrole abandonnee. Un toubib non conventionne – on n’en trouve pas d’autre par ici -m’avait entoure la tete d’un ceinturon en cuir pour que les deux moities tiennent collees l’une a l’autre. La blessure s’etait cicatrisee en une couture pas tres lisse, comme lorsque l’on presse doucement l’un contre l’autre deux morceaux de cire dont on aurait fait chauffer les cotes pour qu’ils collent.
On dit que le corps d’un homme, c’est comme la carte de son existence.
Je me tortille pour enfiler un short a fleurs lorsque le telephone sonne. C’est une chaude soiree ; l’air est lourd de l’odeur de quelque chose, mais je ne saurais pas dire de quoi.
Le telephone redevient silencieux. Je sais ce que veut la personne qui appelle. Je sais ce qu’il y a ce soir.