Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

La batarde d’Istanbul

Couverture du livre La batarde d'Istanbul

Auteur : Elif Shafak

Preface : Amin Maalouf

Traducteur : Aline Azoulay

Date de saisie : 04/09/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine etranger, n 4154

Prix : 7.90 €

ISBN : 978-2-264-04740-3

GENCOD : 9782264047403

Sorti le : 04/09/2008

  • Les presentations des editeurs : 27/07/2008

Chez les Kazanci, Turcs d’Istanbul, les femmes sont pimentees, hypocondriaques, aiment l’amour et parlent avec les djinns, tandis que les hommes s’envolent trop tot pour l’au-dela ou pour l’Amerique. Chez les Tchakhmakhchian, Armeniens emigres aux Etats-Unis dans les annees 1920, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est tres attache a son identite et a ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nomme Mustafa suscitent l’indignation generale. Quand, a l’age de vingt et un ans, la fille de Rose et de Barsam, desireuse de comprendre d’ou vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hebergee par la chaleureuse famille de son beau-pere. L’amitie naissante d’Armanoush Tchakhmakhchian et de la jeune Asya Kazanci, la batarde, va faire voler en eclats les secrets les mieux gardes…

La plus grande romanciere turque de ces dix dernieres annees.
Orhan Pamuk

Fille de diplomate, Elif Shafak est nee a Strasbourg en 1971. Elle a passe son adolescence en Espagne avant de revenir en Turquie. Elle est titulaire d’un Master of Gender and Women’s Studies et d’un Phd en Sciences Politiques. Elle a enseigne aux Etats-Unis (Arizona) la politique du Proche-Orient. Internationalement reconnue, Elif Shafak est l’auteur de neuf livres, dont Bonbon Palace (Phebus, 2008). Elle vit aujourd’hui a Istanbul.
Traduit de l’anglais par Aline Azoulay

“Domaine etranger” dirige par Jean-Claude Zylberstein

  • Les courts extraits de livres : 27/07/2008

CANNELLE

Qu’importe ce qui tombe du ciel, jamais nous ne devons le maudire. Pas meme la pluie.
Qu’importe la violence de l’averse, la froideur de la neige fondue, jamais nous ne devons blasphemer contre ce que le ciel nous reserve. Personne n’ignorait cela. Pas meme Zeliha.
Pourtant, en ce premier vendredi de juillet, elle filait sur le trottoir s’ecoulant le long de la chaussee embouteillee, en retard a son rendez-vous, jurant comme un charretier et claquant des talons, furieuse contre l’homme qui s’etait mis a la suivre, contre les automobilistes qui appuyaient frenetiquement sur leur klaxon alors que tout citadin savait que le bruit n’avait aucun effet sur le trafic, contre tout l’Empire ottoman, qui avait conquis Constantinople et persiste dans son erreur, et enfin, contre la pluie… cette foutue averse d’ete.
La pluie, veritable torture dans cette partie du monde. Ailleurs, elle etait sans doute consideree comme une aubaine pour les cultures, la faune et la flore, et – si l’on s’autorise une touche de romantisme – pour les amoureux. Mais pas a Istanbul. Pour nous, la pluie ne signifie pas tant finir trempe ou sale, que finir par fulminer de rage. Elle signifie plus de boue, plus de chaos, plus de fureur que d’ordinaire. Resister davantage. Elle est toujours synonyme de lutte. Nous devenons comme des chatons jetes dans un seau d’eau : dix millions d’individus tentant vainement d’esquiver les gouttes. D’ailleurs, nous sommes loin d’etre les seuls a participer a l’empoignade : les rues en sont, elles aussi, avec leurs noms antediluviens inscrits sur des plaques emaillees, leurs tombeaux de saints eparpilles un peu partout, leurs tas d’ordures a chaque intersection ou presque, leurs fondations beantes, hideuses, sur lesquelles se dresseront bientot des immeubles tape-a-l’oeil, et leurs mouettes… Tout Istanbul gronde de colere lorsque le ciel s’ouvre et crache sur nos tetes.