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La belle vie

Auteur : Jay McInerney

Traducteur : Agnes Desarthe

Date de saisie : 15/04/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Points, Paris, France

Collection : Points, n 1902

Prix : 8.00 / 52.48 F

ISBN : 978-2-7578-0810-8

GENCOD : 9782757808108

Sorti le : 03/04/2008

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  • Les presentations des editeurs : 15/04/2008

Deux enfants, des amis celebres, une bonne situation, un Loft a Manhattan : Corrine et Russell ont tout pour etre heureux. Ce parfait exemple du reve americain est soudain brise par l’onde de choc de l’apres 11-Septembre. Les espoirs, les convictions, les sentiments, Le fric, Le toc et le chic, tout est remis en cause – et desormais, tout peut arriver.

J’ai ete a deux doigts d’y rester moi aussi. J’aurais du y rester.

Ne en 1955, Jay McInerney vit a New York. Il est l’un des auteurs incontournables de la nouvelle generation americaine. Sont egalement disponibles en Points : Trente Ans et des poussieres, Le Dernier des Savage, Glamour Attitude, La Fin de tout et Bright Lights, Big City.
McInerney reussit le premier chef-d’oeuvre de l’apres, quand tout ce qui brillait dans Manhattan fut recouvert d’un voile noir.
Le Point

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Agnes Desarthe

  • Les courts extraits de livres : 15/04/2008

L’ete semblait aussi infini que l’ocean quand elle etait petite et que sa famille louait le cottage gris au toit barde de bois sur l’ile de Nantucket. Aujourd’hui elle avait du mal a croire qu’elle etait deja de retour a Manhattan, que les enfants avaient repris l’ecole et qu’elle se depechait de rentrer, en retard comme toujours, se sentant coupable d’avoir traine autour d’un verre avec Casey Reynes. Les enfants etaient a la maison depuis plusieurs heures apres leur premier jour de CP, et il faudrait qu’ils lui racontent tout.
Les femmes s’en veulent; les hommes en veulent.
C’etait ainsi que Corrine interpretait le sentiment de culpabilite qui mordillait ses hauts talons tandis qu’elle galopait le long d’Hudson Street depuis la sortie du metro, lisant au passage la pancarte peinte a la main dans la vitrine de leur traiteur chinois : cafe fraichement moulu. La culpabilite d’avoir laisse les enfants si longtemps, de n’avoir pas aide Russell a preparer le diner, d’avoir tente de relancer sa vie professionnelle jusqu’alors en sommeil. Oh, et puis d’etre moulue elle aussi. Dix-neuf heures quinze a sa montre. Encore au diapason du langoureux rythme estival – ils n’avaient quitte la maison de Sagaponack que quatre jours plus tot – elle avait a peine eu le temps de faire un bisou aux petits ce matin et, a present, les invites allaient arriver d’une minute a l’autre, tandis que Russell serait pris dans la ronde frenetique de la cuisine et des enfants.
Mauvaise mere, mauvaise epouse, mauvaise hotesse. Mauvaise.
A l’epoque ou elle aurait tout donne pour etre mere, s’imaginant ce que cela devait representer de devenir parent, elle n’avait eu aucun mal a se figurer la joie… les scenes de tendresse, les instants de pieta. Ce que l’on ne se represente pas, ce sont ces moments de culpabilite et de peur qui prennent leurs quartiers a l’avant du cerveau, comme deux jumeaux qu’on n’a jamais reclames. La peur parce qu’on s’inquiete toujours de ce qui pourrait mal tourner, surtout quand les enfants sont nes, comme c’etait le cas des siens, avec trois mois d’avance. On ne peut jamais oublier cette vision que l’on a eue d’eux, les premiers jours, intubes et sous verre, leurs cranes semblables a des coquilles d’oeuf parcourues de veinules, et leurs membres roses gigotant en tous sens – cette image reste gravee, meme lorsqu’ils grandissent, vous rappelant sans cesse qu’ils sont des creatures fragiles et que vos propres defenses ne valent pas mieux. Et la culpabilite car, quoi qu’on fasse, ce n’est jamais assez. On n’a jamais assez de temps. Peu importe combien d’amour et d’attention on leur prodigue, on redoute toujours que cela ne soit pas assez.
Corrine etait passee experte en culpabilite ; rien a voir avec la pointe lancinante d’un remords apres une mauvaise action – plutot l’elancement morne et regulier de la culpabilite chronique. Elle avait pourtant fait de son mieux pour reorganiser sa vie en fonction des enfants, abandonnant son travail pour s’occuper d’eux et, durant les deux dernieres annees, se consacrant, selon des horaires eminemment flexibles, a un scenario et a un projet qui etait la contrepartie de sa deformation maternelle – une start-up baptisee Mamantamtam.com, qui avait ete sur le point de connaitre un lancement grandiose au printemps dernier, juste au moment ou la bulle Internet avait commence a se degonfler, assechant irremediablement les capitaux necessaires a l’entreprise. Cet apres-midi meme, pendant quatre heures, elle avait presente son idee a un financier eventuel, pour lui arracher la mise de fonds initiale necessaire au site Web. Tandis que ces perspectives s’assombrissaient, elle avait tente d’organiser des rendez-vous concernant le scenario, une adaptation du roman de Graham Greene Le Fond du probleme. Ainsi se trouvaient concentres l’alpha et l’omega de son existence, la maternite et le sentiment amoureux – ce dernier presque entierement submerge et en voie d’extinction. En realite telle avait ete l’intention secrete qui l’avait poussee a ecrire ce scenario : s’efforcer de ranimer le sentiment amoureux et de souffler sur les braises pour lui redonner vie.