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La campagne des Provinciales de Pascal : etude d’un dialogue polemique

Auteur : Olivier Jouslin

Date de saisie : 29/12/2007

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, France

Collection : Collection CERHAC

Prix : 39.00 / 255.82 F

ISBN : 978-2-84516-360-7

GENCOD : 9782845163607

Sorti le : 11/12/2007

  • Les presentations des editeurs : 30/12/2007

En janvier 1656, Arnauld le docteur est juge en Sorbonne par ses pairs. Le jeune Pascal, aureole par ses experiences montrant le vide, est a nouveau parisien. La puissante abbaye qu’est Port-Royal l’avait attire des son sejour rouennais. Les solitaires, apres quelques essais infructueux – et une certaine reticence – decident de lui donner sa chance et de le laisser defendre leur cause : il vient de leur lire la premiere Provinciale. Elle pourra venir en aide a Arnauld. La Campagne des Petites Lettres va durer un an. Puis plusieurs polemiques et une reponse essentielle – l’Apologie pour les casuistes – l’amenent a se prolonger jusqu’en 1659. On propose au lecteur de suivre ici la campagne au plus pres de son deroulement chronologique et de retablir ainsi dans son integralite le mecanisme de la polarisation polemique.

Agrege de l’Universite, Olivier Jouslin a soutenu sa these sur Pascal polemiste (Paris IV-Sorbonne, 2004). Il enseigne la litterature en classe de premiere superieure au lycee Louis Thuillier d’Amiens.

  • Les courts extraits de livres : 30/12/2007

Extrait de l’avant-propos :

Les enjeux d’une presentation contextualisee de la campagne des Provinciales
Le travail qui va suivre est exclusivement centre sur les Provinciales. Des choix methodologiques ont preside a son elaboration, on voudrait les presenter en preambule. Ils concernent la definition de la polemique et expliquent les raisons d’une presentation strictement chronologique de la querelle des Petites Lettres.
La litterature polemique est une litterature d’idees, et ainsi participe de l’abstraction. Pour autant, il n’est peut-etre pas de litterature plus en prise avec le concret. En ce sens, si on se refere a la fameuse tripartition des ordres elaboree par Pascal, elle prend racine dans l’ordre du corps. Une polemique semble en effet inseparable des contextes historique, social et culturel dans lesquels elle se developpe, dont la comprehension se revele essentielle et doit presider a la tentative d’en preciser et d’en saisir les enjeux.
Cette etude prend pour titre le fameux fragment pascalien qui dit preferer le combat a la victoire parce que la polemique, etymologiquement guerriere, suppose une strategie, comme l’a rappele Jean Mesnard a propos des pamphlets du XVIe siecle. Les armes sont certes abstraites et en un sens le combat est non-violent mais les cibles, elles, sont bien reelles et les coups portes font parfois mouche dans le sens le plus concret du terme. Il faut ajouter que la polemique est inseparable d’une chronologie, qu’elle ne se developpe que dans la succession des lettres et des libelles, des arguments et des echanges. Mais avant de determiner un mode de presentations, il faut tenter de cerner au plus pres ce qu’on entend par polemique a l’epoque de Pascal ainsi que les acquis de la recherche dans ce domaine.

1. Qu’entendre par polemique ?

La question de la polemique appelle une interrogation notionnelle tout d’abord, mais engage aussi un point de vue qui concerne la question de son contenu.

a) Une question de definitions

Les etudes proposent souvent une definition du champ notionnel de la polemique. On le reduira volontairement ici a un seul mot, celui de polemique, choisi de preference a celui de controverse, trop specialise et ne concernant pas exactement les Provinciales. Qu’appelle-t-on polemique au moment ou Pascal prend la plume ? Furetiere en donne cette definition, tardive mais qui est peut-etre la plus etendue de celles que peuvent fournir les dictionnaires du XVIIe siecle :

C’est une epithete qu’on donne aux livres des auteurs qui ecrivent les uns contre les autres, et qui se critiquent quelquefois avec trop d’aigreur. Les Exercitations de Scaliger contre Cardan sont un livre polemique. Les livres polemiques ou les guerres des auteurs sont fort utiles dans la Republique des Lettres.

La conception de Furetiere pose une ambiguite qui semble prendre en compte la tension qui se trouve a la racine meme du polemique. La definition commence de facon assez negative. Les auteurs se font la guerre. Ils ecrivent les uns contre les autres. Il y a quelque chose d’outre dans la polemique. Pour qu’une altercation soit comprise comme polemique, il faut que la critique de l’autre soit trop aigre. Suit un exemple. Il a son poids et prepare une positivation de la notion. Les deux auteurs cites sont donnes comme exemplaires de la polemique. Scaliger ecrit contre Cardan. Entre eux, un livre que Furetiere pose comme un modele d’ouvrage polemique. Il ne s’agit pas ici d’analyser le contenu de ce texte mais de noter que l’activite est indissociable de l’ecrit et que la litterature, meme relativement recente, peut deja fournir des exemples de polemique en dehors des occasionnels non litteraires que furent les mazarinades. L’activite gagne en dignite et en credibilite. La fin de la definition intervient alors. Elle semble contredire presque absolument le debut. Apres avoir remarque son caractere outre et negatif, la polemique est designee comme utile a la Republique des lettres. Furetiere ne perd pourtant pas de vue qu’il s’agit bien d’une guerre. De quelle utilite s’agit-il ? On peut parler d’utilite presque economique, voire sociologique : ces guerres et toutes les productions marginales qu’elles engendrent permettent aux milieux du livre d’exister.