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La culture de la peur. Volume 1, Democratie, identite, securite

Auteur : Marc Crepon

Date de saisie : 20/01/2009

Genre : Politique

Editeur : Galilee, Paris, France

Collection : La philosophie en effet

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-7186-0766-5

GENCOD : 9782718607665

Sorti le : 23/10/2008

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  • Le courrier des auteurs : 20/01/2009

Quiconque a voyage une fois dans sa vie dans l’un de ses pays que l’on dit prives de liberte sait, aussi surement qu’il percoit physiquement l’omnipresence des forces de polices et les rondes de l’armee, que la rarete des librairies ou l’etouffante similitude de leurs rayonnages, d’un bout a l’autre des villes, constituent le symptome le plus probant de cette privation. C’est pourquoi la fermeture de l’une d’entre elles, son remplacement par un autre commerce, une autre activite, ou qu’ils se produisent, m’ont toujours attriste, comme la defaite d’une passion : ma passion pour les livres. Les librairies sont des vecteurs de liberte. D’aussi loin que je reconstitue la geographie evanescente des lieux de mon enfance, de mon adolescence et de mes annees d’etudes, le plaisir des flaneries imprevues, au rythme des saisons et la decouverte de nouveaux espaces, je l’ai toujours su. Elles suffisent, aujourd’hui encore, a transformer en fete une promenade solitaire qui avait mal commence, pourvu que j’en sorte avec un livre que j’avais depuis longtemps le desir d’acheter ou dont l’existence m’a ete revelee en franchissant le seuil et en m’attardant entre les tables. Mes amis le savent et en sourient : meme dans les pays, dont je ne connais pas les langues, mes pas sont guides par mon attirance pour les rayonnages des libraires, tout comme l’est, d’une facon plus complexe, le desir et le plaisir d’ecrire des livres.
La culture de la peur I, democratie, identite, securite s’inquiete de la facon dont les societes democratiques saisies par l’exploitation mediatique et politique de leurs peurs sont conduites a accepter des pratiques et des discours qu’elles n’auraient jamais cru jusqu’alors pouvoir tolerer. Exposees a la sedimentation de l’inacceptable, ces memes societes voient se fragiliser la frontiere incertaine qui les separe de celles dont elles devraient, par definition, rester distinctes. Au nom de l’exigence de securite, les gouvernements y imposent des dispositifs de controle et de surveillance qui se traduisent par un surcroit d’insecurite pour ceux dont ils font leurs cibles – a commencer par les etrangers. C’est en cela que la peur fait l’objet d’une culture : des lors qu’elle uniformise les comportements et les discours, elle porte atteinte a ce qui devrait etre au contraire la finalite de toute democratie – a quoi contribue l’abondance et la variete des livres, la pluralite et la diversite des librairies – l’invention et le partage de la singularite.
Marc Crepon

  • Les presentations des editeurs : 02/01/2009

Les usages politiques de la peur, son invocation et son instrumentalisation qui furent le privilege des regimes de terreur, ne peuvent plus servir aujourd’hui de critere discriminant entre les democraties et les regimes, dont, par principe, elles devraient etre distinctes. Dans tous les domaines de l’existence, les citoyens sont affectes par la culture dont elle fait l’objet – une culture qui les conduit a tolerer des discours et des pratiques qu’ils n’auraient pas cru pouvoir ni devoir accepter auparavant. Ainsi se sedimente dans nos vies l’inacceptable, au nom d’une exigence demultipliee de protection et de securite.
La question alors est de savoir quelle est, dans cette exigence, la part du besoin de securite humaine, dont aucun discours politique ne devrait faire l’economie, et celle de la securite de l’Etat. S’il est vrai que leur frontiere indecise se joue, a chaque fois, dans le choix et le calcul des cibles de l’insecurite, au double sens d’un genitif subjectif et objectif, l’avenir de la democratie appelle une critique ininterrompue de ces choix et de ces calculs – a plus forte raison quand ils se portent sur la figure de l’etranger.

  • La revue de presse Eric Aeschimann – Liberation du 2 janvier 2009

La peur est au fondement de la politique. C’est pour se proteger que les hommes se rassemblent et apprennent a vivre ensemble. A l’Etat, ils deleguent la violence et la responsabilite de l’exercer contre ce qui, sinon, resterait source de peur. C’est le travail de l’armee et de la police – l’Etat, lui, n’a pas peur, puisqu’il n’est pas une personne. Pourtant, la peur agit aussi comme la limite de la politique, le point ou l’Etat s’inverse en son contraire et se met a faire peur…
Plus loin, Crepon montre que le gouvernement par la peur est un detournement de ce qu’Heidegger appelait l’angoisse. L’angoisse est un sentiment ontologique qui a pour objet le monde meme et qui atteste notre existence en tant qu’etres ; la culture de la peur, elle, ratatine l’etre a des interets particuliers, tels l’individu, la communaute, la nation.

  • Les courts extraits de livres : 20/01/2009

Extrait de l’introduction :

Je pense que l’esclavage est le foyer ou se nichent toutes nos peurs, qu’elles naissent dans cet abime gluant et obscur et tissent autour de nous une toile humide et nous enferment comme dans un cocon. Ces petites peurs nous enseignent a ne plus penser, a ne plus nous effrayer devant les veritables et grandes pertes : la privation de liberte, la mort de l’ame, la separation avec l’homme de sa vie. […] Nous avons accepte de jouer le role de gens heureux dans cette representation cauchemardesque. Nous sommes tous prets a supporter les defauts provisoires et les quelques exces exceptionnels, puisque, pour le reste, nous sommes globalement heureux et satisfaits. Personne ne peut nous aider tant que, dans un elan de degout general, nous n’aurons pas arrache, avec un cri strident, la repugnante toile d’araignee de la peur, greffee en nous comme un second systeme de circulation sanguine.