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La Desoeuvre

Auteur : Karine Henry

Date de saisie : 07/04/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 21.80 / 143.00 F

ISBN : 978-2-7427-7168-4

GENCOD : 9782742771684

Sorti le : 04/01/2008

  • L’espace des editeurs : Karine Henry – 17/09/2008

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Karine Henry – 28/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Sa soeur Barbara qu’elle n’a plus revue depuis son internement, lui a legue sa maison d’Artel. Aussitot Marie decide de la mettre en vente apres l’avoir videe de ses meubles. La voici donc de retour dans cet endroit isole et menacant – et peu a peu captive de douloureux souvenirs. Sa jeunesse a ete devastee par un accident mais aussi, de longue date, par la folie de Barbara, personnalite terrifiante et imprevisible.
Dans la maison a l’abandon, la presence de Barbara se manifeste encore. Marie retrouve ses carnets, somptueux sismogramme d’une jeune femme torturee par le mepris des contingences, acharnee a faire rempart, dans le huis clos de l’ecriture, aux lois inexorables du temps et de la mort auxquelles, de toutes ses forces, elle veut opposer l’oeuvre. Lune voulait ecrire, l’autre simplement vivre. Presque malgre elle, Marie recompose l’histoire familiale, fait ressurgir les figures contrastees de leurs parents et tente de dechiffrer, jusque dans les cicatrices de l’enfance, des raisons de comprendre et d’aimer Barbara en depit de tout.
Roman d’une folie devastatrice et pourtant creatrice, La Desoeuvre entremele ces deux voix distinctes et cependant complementaires, pour faire entendre la beaute de la fiction qui les unit.

Karine Henry vit a Paris, elle est libraire. La Desoeuvre est son premier roman.

  • La revue de presse Mohammed Aissaoui – Le Figaro du 21 fevrier 2008

Vivre ou ecrire ? Tel est l’enjeu de la lutte entre deux soeurs…
C’est une impression agreable, rare, qui vous saisit des les premieres lignes : on ouvre le livre, on s’approche des premieres phrases, sans attente particuliere. Puis se produit le miracle. L’emotion des premieres fois : on est litteralement envoute. La Desoeuvre fait son effet…
Karine Henry signe son premier roman, qui etonne par sa maturite. Elle a su creer une maniere particuliere de mettre les mots en musique, de ciseler ses phrases, seches, denses, vives…
La Desoeuvre quel titre est un texte ambitieux, etoffe, porte par une energie folle. Et creatrice.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Un bruit. Un bruit sec d’os qui se brise. Je me redresse. Le feu. C’est le feu qui eclate, claque devant mes jambes rougeoyantes. Ma jupe est brulante, je dois l’ecarter de mes cuisses avant de ramener mes pieds nus sous mon corps abandonne au fauteuil et a la chaleur de la cheminee qui l’enveloppe, alanguit sa chair. La nuque ploie, et de la, de cet angle casse, j’apercois a mes pieds la bouteille de sancerre vide a la moitie… Et plus loin, sur la table, mon verre empli d’un liquide blanc, ou blond, parfois, lorsque les flammes s’avivent, jettent sur lui ces reflets roux qui l’animent, s’agitent, leur danse m’attire, un geste suffit, ma soif s’apaise… Puis a nouveau elle semble sans fin, alors je cede, je bois.
La nuit est tombee maintenant. Je viens d’allumer une cigarette, entre mes doigts je fixe le cercle luminescent et en son centre, l’etrange incendie qu’a lui seul il asservit… Fumees, alcools, brasier, l’ensemble neutralise le chaos dont mon front resonne. Je crois m’apaiser, m’amollir. Je crois ne plus penser aux cahiers quand ils ne cessent d’occuper l’arriere-fond de chaque idee. Ils sont en moi, je ne m’en debarrasserai pas comme cela. Mon verre s’engourdit, ma main peut-etre… Un liquide s’egoutte sur le tapis, du vin… Le verre semble tomber… Infiniment… Eveillee, je somnole. L’esprit errant… Je visite notre histoire. L’oeil affole, voyant fou au coeur de son funeste musee.
C’etait il y a deux semaines. Je me rappelle encore, lorsque le telephone a sonne, la peur, cette peur ancienne qui immediatement m’a rattrapee, entiere, intacte, aussi tenace et assourdissante qu’au temps d’Artel. La sonnerie ne s’arretait pas. Francois a decroche. C’etait pour moi.
Aussitot la force dont j’usai pour fixer cette voix d’homme inconnue m’epuisa, et je ne sais combien d’interminables minutes s’ecoulerent avant qu’un oui etale ne tombe enfin de mes levres, un son noir, racle, arrache a la gorge. Alors je raccrochai, immobile, les yeux rives au vide.
– Marie, c’est qui ce notaire ?
Sans relever la tete, le regard enfonce plus loin encore dans le sol, j’articulai peniblement, comme a rebours, en dehors de moi, comme si les mots provenaient d’ailleurs, d’une autre bouche, un echo brumeux qui n’esquissait que les contours perdus d’une mauvaise scene ou je n’etais pas, qui ne me concernait pas et bientot serait abolie par Francois, ou n’importe quel autre element du reel venant la dementir et m’en extraire, me ramener a l’instant precedent, juste avant que ne me soit annoncee la nouvelle : a nouveau ma soeur ainee prenait place dans ma vie, s’imposait a moi.
– Barbara me legue la maison…
– Quoi ?
-… la maison d’Artel !
Pourquoi soudain cet enervement, cette brusquerie du ton ? A cet instant je n’avais plus envie que de me taire, d’ignorer cet appel, de l’oublier, l’annuler par la simple force du silence. Cela faisait presque trois ans que nous etions partis, Francois et moi, que nous avions quitte Artel, laissant seule Barbara la-bas. Depuis nous n’avions plus eu aucune nouvelle, nous ne savions plus rien d’elle, excepte – nous le devinions seulement -que depuis longtemps deja elle devait etre sortie de la clinique.
– Marie, t’es sure que c’est ce qu’il t’a dit ?
– Mais oui ! Je dois meme aller la-bas pour signer… mais pourquoi elle fait ca, ca lui sert a quoi ?
Lorsque Francois avait decide en urgence de notre depart, c’etait avant tout pour moi, pour me preserver, mais aussi pour elle, pour Barbara, afin qu’une fois soignee, elle puisse retourner habiter la maison, s’y isoler et reprendre, continuer a ecrire.
– Je ne sais pas, elle a certainement de nouveaux projets… elle a peut-etre termine d’ecrire ou arrete, elle veut passer a autre chose…
Non. Francois se trompait. D’apres le notaire, cette decision n’etait pas recente, cela datait de 2004, quelques jours avant mes dix-sept ans, c’est la qu’elle l’avait contacte et mandate pour organiser ce legs en lui imposant de ne pas me prevenir avant aujourd’hui.