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La figuiere en heritage

Auteur : Francoise Bourdon

Date de saisie : 08/04/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Presses de la Cite, Paris, France

Collection : Romans Terres de France

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-258-07400-2

GENCOD : 9782258074002

Sorti le : 03/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 09/04/2008

De 1860 au debut du XXe siecle, dans une Provence en pleine renaissance culturelle, le destin tragique de Melanie, des cartonnages de Valreas a la distillation de l’absinthe.

Abandonnee a la naissance, placee dans une famille d’agriculteurs ardechois, Melanie vit une enfance douloureuse avant de partir pour Valreas. La, elle est recueillie par une cartonniere, Sylvine, qui tente de lui faire oublier son passe et lui apprend son metier.
Mais sa rencontre avec Alexis, le fils d’un garancier du Vaucluse reconverti dans la production d’absinthe, va bouleverser sa vie. La dame verte est a cette epoque la boisson nationale. La jeune femme va des lors consacrer toute son energie a la distillerie, sans jamais oublier son passe d’enfant de l’Assistance.
Entre amours contrariees et drames familiaux, dans une Provence riche de traditions, Melanie cherche sa voie et son independance.

Grande conteuse du Sud, Francoise Bourdon ressuscite l’age d’or des cartonnages et de la celebre fee verte. Une lecon de vie et un immense bonheur de lecture.

Des Ardennes a la Provence, Francoise Bourdon a su puiser le meilleur pour ecrire ses romans marques de sa plume feminine et sensible. La Forge au Loup, Le Bois de lune, Les Tisserands de la Licorne, Le Vent de l’aube et Les Chemins de garance ont passionne des lecteurs fideles et de plus en plus nombreux.

  • Les courts extraits de livres : 09/04/2008

1868

Tous les vents semblaient s’etre donne rendez-vous sur le piton rocheux qui dominait le village de Puyvert. Une barre de nuages surmontait le haut de la crete. Les chenes, les chataigniers, les hetres et les sapins s’etageaient au-dessus de la houle des genets et des fougeres rousses.
Chaque fois qu’elle le pouvait, Melanie partait, loin, avec ses chevres. Levee avant le jour, rentree a la tombee de la nuit, elle n’avait pas peur tant qu’elle se trouvait au-dehors. Des qu’elle apercevait la ferme du Cavalier, son ventre se nouait, elle se mettait a trembler. D’instinct, elle marchait alors plus lentement, comptait ses betes, des Rove robustes et fieres, aux cornes en forme de lyre, et caressait Pataud, le chien au pelage fauve qui lui tenait chaud la nuit.
Dressee au bout du chemin, accrochee a la pente, construite sur trois niveaux, la ferme des Duruy en imposait, avec ses murs en granit et ses toits couverts de tuiles canal.
Elle avait ete apportee en dot par la Grande, la mere du maitre, qui, a quatre-vingts ans bien sonnes, ne quittait plus lou caire, son coffre-banc place a cote de l’atre. Sous son siege, on gardait le sel, denree precieuse, au sec.
Melanie rentrait deja les chevres a l’etable, les trayait avant de penetrer dans la salle. Elle se serait volontiers attardee aupres des betes car elle s’y sentait plus en securite. Joseph, le maitre, dedaignait les chevres. Il etait pourtant satisfait quand sa femme, Augustine, rapportait du marche le produit de la vente de ses fromages. Mais, comme disait la Grande en faisant claquer sa langue : Morceau avale n’a plus de gout !
Joseph Duruy s’empressait de depenser l’argent, a Saint-Pierreville ou au cabaret du village, et revenait, la main levee, l’insulte a la bouche. Il lui suffisait d’elever le ton pour que toute la maisonnee marche sur la pointe des pieds et baisse la tete. Augustine, surtout, craignait son mari depuis le soir de ses noces, ou il lui avait administre une solide correction sous pretexte qu’elle avait lance une oeillade a son cousin. Elle avait eu cinq enfants, dont deux seulement avaient survecu, avant de ne plus avoir ses periodes, ce qui lui avait valu de nouveaux coups. Son mari l’avait accusee d’etre allee voir la mere Boutonne, une guerisseuse qui venait en aide aux femmes. Augustine avait eu beau protester de son innocence, Joseph n’en avait pas demordu. Il lui fallait un garcon, il avait besoin de bras. Les pisseuses ne lui seraient d’aucune utilite pour tirer la charrue.
Mais, bien sur, sa femme ne savait faire que des filles ! Et, comme si cela ne suffisait pas, il avait fallu que la meneuse leur ramene de Lyon cette gamine qui avait hurle sans discontinuer les deux premieres nuits.
Fais-la taire, bon sang, ou je l’assomme ! avait menace Duruy, le troisieme soir.
Augustine s’etait refugiee dans la feniere en serrant la petite dans ses bras. Elle n’aurait pas du s’attendrir sur le sort du nourrisson qui avait survecu au long voyage en compagnie de Philomene, la meneuse. Sa propre existence etait deja assez miserable, elle n’avait plus de pitie ni de compassion en elle. Pourtant, elle n’avait pu s’empecher d’eprouver un elan pour la petite, que les soeurs de la Charite avaient baptisee Melanie. Melanie, comme sa propre mere. Augustine s’etait promis que la gamine vivrait. Malgre sa brute de mari.