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La fille de la Chauve-souris : memoires

Auteur : Nana Mouskouri

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : XO, Paris, France

Prix : 20.90 €

ISBN : 978-2-84563-311-7

GENCOD : 9782845633117

  • Les presentations des editeurs : 05/07/2007

Athenes, 1946.

Dans cette ville qui se remet a peine de ses annees de guerre, une petite fille gauche monte sur la scene du conservatoire., Voila deux ans qu’elle attend ce moment. Elle se lance d’une voix mal assuree, et le miracle se produit : elle oublie sa peur et ses complexes, laisse la musique prendre possession d’elle et l’emotion la guider. A la derniere note, la salle est muette de stupefaction. Puis des tonnerres d’applaudissements eclatent. Nana Mouskouri a subjugue l’auditoire. Cette sensation, Nana ne l’oubliera jamais. Rien ne compte desormais que l’amour que l’on porte a sa voix, que la liberte qu’elle ressent lorsque les notes prennent vie.
Pour la premiere fois, Nana Mouskouri accepte d’ouvrir la porte de ses souvenirs. Son pere qui perd tout au jeu mais sait faire naitre le reve grace aux films qu’il projette. Sa mere qui se bat pour que ses filles mangent tous les jours, quitte a se sacrifier. La Grece des annees sombres de la guerre, ses debuts dans des boites de nuit.
Et sa carriere si magistrale. Ses amities avec les plus grands, ses tournees triomphales dans le monde entier, les 400 millions d’albums qu’elle a vendus – un record que seuls les Beatles ont battu.

A l’heure d’entamer sa tournee d’adieu a travers le monde, elle met de cote sa legendaire timidite pour partager une carriere et une vie exceptionnelles.

  • Les courts extraits de livres : 05/07/2007

C’est quoi la guerre ?

C’est une nuit de printemps. Le cinema est vide, la seance est finie depuis longtemps, et cependant on ne va pas se coucher. Mon pere est descendu en nage de sa cabine de projection et il est venu nous rejoindre sur la petite scene en plein air, au pied de l’ecran. Je ne me souviens plus du film qu’il vient de projeter, mais il devait etre bien, sinon nous n’aurions pas eu la permission de le regarder. Maman semble reveuse et, par moments, elle a ce geste familier pour arranger ses cheveux que le vent decoiffe. Ma grande soeur Eugenie contemple les etoiles, puis subitement elle revient au film pour nous dire combien elle a aime tel ou tel moment. Tiens, est-ce que ca n’etait pas Le Magicien d’Oz, avec Judy Garland ? Je ne sais plus, c’est possible, nous avons tellement vu et aime Le Magicien d’Oz… En tout cas, Eugenie s’enflamme, et maman lui sourit distraitement comme si elle etait ailleurs. A quoi pense-t-elle ? A papa, peut-etre, qui s’est assis un peu a l’ecart et qui fume depuis un instant, tout en considerant les chaises de son cinema, comme s’il devait les compter et les recompter. Combien y en a-t-il, d’ailleurs ? Quarante ? Cinquante ? Les jours de pluie, nous l’aidons a les plier pour les mettre a l’abri.
Nous sommes la, tous les quatre assis sur la petite scene au pied de l’ecran, les jambes ballantes, quand soudain un grondement envahit le ciel. On dirait la venue d’un orage, le roulement lointain du tonnerre, et je me rappelle combien maman semble surprise, au point de s’ecrier :
– Tu entends, Costa ? Qu’est-ce que c’est ?
Eugenie s’est tue, papa a leve les yeux vers les montagnes puisque c’est de la-bas que ca provient. Il a le temps de repeter Je ne sais pas… Je ne sais pas…, et brusquement il sait, nous savons : le ciel se couvre d’ombres noires en forme de croix. Tres vite, il y en a tellement qu’elles nous cachent les etoiles.
– Mon Dieu, dit ma mere, des avions !
Durant tout le temps ou ils survolent Athenes, faisant trembler le sol, nous creusant sourdement le coeur, papa se tait, comme petrifie. C’est un spectacle ahurissant, terrifiant, si je me le rememore aujourd’hui a la lumiere des chagrins qu’il annonce. Mais, sur le moment, je n’ai pas peur. Il nous est arrive de voir un avion, c’etait meme un evenement qui nous faisait courir et sauter de joie, Eugenie et moi, mais autant d’avions, et au milieu de la nuit, jamais nous n’aurions imagine cela possible. D’ou viennent-ils ? Ou vont-ils ? Que font-ils ?
Je me souviens des trois mots inaudibles de mon pere, a la fin, quand le grondement s’estompe :
– C’est la guerre.
La guerre ? Je n’avais jamais entendu ce mot-la.
– C’est quoi, la guerre ?
Mais papa ne m’ecoute pas. Il a deja saute au bas de la petite scene.
– Aliki, dit-il a ma mere, rentrons, ne restons pas dehors.