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La lavandiere de Saint-Leger

Auteur : Sylvie Anne

Date de saisie : 16/01/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Presses de la Cite, Paris, France

Collection : Documents

Prix : 18.50 / 121.35 F

ISBN : 978-2-258-07166-7

GENCOD : 9782258071667

Sorti le : 17/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/01/2008

A l’aube du XXe siecle, le quotidien d’un village du Limousin a travers le destin de Clarisse, une jeune lavandiere decidee a conquerir sa vie.

Au coeur des monts d’Ambazac, dans le village de Saint-Leger, la jeune Clarisse Goussaud est une jolie lavandiere de dix-sept ans, pleine d’energie et de projets. Bridee par un pere violent et alcoolique, sa vie bascule lorsque celui-ci meurt apres lui avoir confie une pepite d’or decouverte sur le terrain familial.
Des lors, malgre les moqueries et les obstacles qui se dressent sur sa route, Clarisse n’a qu’une idee en tete : exploiter le filon d’or pour creer les bijoux qu’elle dessine en cachette…

Sylvie Anne se partage entre sa passion de l’ecriture et son metier dans l’audiovisuel. Dans ses romans -Le Secret des chenes, La Couze, Ciel d’orage sur Donzenac et Un ete a Vignots (parus aux Presses de la Cite) -, elle aime evoquer la Correze, une region qu’elle connait bien de par ses origines maternelles.

  • Les courts extraits de livres : 17/01/2008

Saint-Leger (Haute-Vienne), 1903

La nuit tombait lorsque Jean Goussaud rentra chez lui. Comme a son habitude, il venait de quitter l’auberge de Saint-Leger, le village ou il vivait, situe en plein coeur des monts d’Ambazac. L’humidite encore fraiche de ce debut d’avril lui fit remonter le col de sa grosse veste en toile puis enfoncer son chapeau. L’angelus avait sonne depuis une heure mais des carrioles debouchaient encore des chemins adjacents. Si la plupart d’entre elles signalaient leur arrivee grace a des lanternes accrochees a l’avant, celles qui n’avaient pas de lumiere etaient les plus dangereuses. Goussaud avait beau le savoir, le vin qu’il avait bu diminuait sa vigilance et rendait ses pas laborieux.
L’envie de fumer une cigarette le poussa vers le bas-cote. Il connaissait si bien son trajet qu’il trouva sans peine la vieille souche d’arbre sur laquelle il s’asseyait parfois. Trainer un peu avant de retrouver les siens ne lui deplaisait pas. Sa cigarette allumee, il tourna la tete en plissant les yeux pour essayer de voir quelque chose malgre l’obscurite. En contrebas, il entendait la Couze charrier ses eaux grondeuses en cette saison mais ne distinguait pas le pont qui l’enjambait. Seule une lueur vacillante a la fenetre d’une maison attira son regard. C’etait la qu’habitait Leon Marsac, son beau-frere, le maire du village. Un durcissement soudain crispa ses traits.
– Salete de voleur ! eructa-t-il.
– T’as le vin mauvais, ce soir ! ironisa une voix derriere lui.
Germain Crozant, l’un de ses amis, qui possedait un champ et une ferme non loin de la, le regardait, une lampe-tempete a la main.
Sans se demonter, Goussaud designa la demeure de Marsac d’un coup de menton :
– Ce vaurien me revulse avec sa vie de riche, son fils presque instituteur et sa maison bourgeoise qu’il a eue sans meme lever le petit doigt. Tu trouves ca juste, toi ?
Crozant haussa les epaules. La rancoeur de Goussaud envers Leon etait legendaire dans le pays. Surtout depuis le partage qui avait eu lieu entre les enfants a la mort du vieux Marsac.
– Rose et toi, vous avez eu votre part. Alors, que lui reproches-tu ?
En un quart de seconde, Goussaud fut sur lui pour le saisir par le col de sa chemise :
– Si je te dis qu’on a ete voles, gronda-t-il, c’est que j’ai raison, compris ?
Il avait encore de la force. Sous ses sourcils broussailleux, ses yeux luisaient dans la penombre comme ceux d’un renard. Sa bouche contractee sous sa moustache exhalait une haleine alcoolisee qui ne pouvait tromper. A quarante ans, ses exces de boisson n’avaient pas encore entame ses reserves. Crozant eut peur :
– Calme-toi ! on se connait depuis trop longtemps, tous les deux.
L’argument parut le detendre. Il desserra son etreinte.
– J’aime pas qu’on me contredise, lacha-t-il encore.
Son compagnon n’avait plus envie de s’attarder. Il supportait de moins en moins son humeur capricieuse. Issus du meme village, ils avaient pourtant frequente les bancs de l’ecole ensemble, puis leurs chemins avaient diverge. Jean Goussaud avait epouse Rose Marsac, couturiere, fille de proprietaire, dont il avait bu la dot, racontait-on, depuis la naissance de Clarisse, leur fille unique. Crozant, lui, avait une femme qui l’aidait a entretenir sa terre a ble et sa ferme, a deux ils nourrissaient ainsi leurs deux enfants et mettaient meme un pecule de cote.
– Bon, je te laisse, reprit-il en ramassant la lampe qui lui avait echappe des mains lors de leur courte algarade. Tu souhaiteras le bonsoir, chez toi !
Par crainte d’un autre accrochage, il s’eloigna a grands pas.