Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

La maison de l’ete

Auteur : Patrick Cauvin

Date de saisie : 31/05/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : NIL, Paris, France

Collection : Maisons

Prix : 18.00 / 118.07 F

ISBN : 978-2-84111-378-1

GENCOD : 9782841113781

Sorti le : 14/02/2008

  • La voix des auteurs : Patrick Cauvin – 17/09/2008

Telecharger le MP3

Patrick Cauvin – 31/05/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Ce fut donc un coup de foudre. (…) ]e cedai aux intentions de Pierre-Basse, a la stupefaction de mon agent immobilier qui assura que toute visite etait inutile, que je voulais du petit (c’etait immense), un jardin reduit (c’etait plutot un parc), pas de travaux (il y avait de quoi bricoler jusqu’a la fin des temps), et qu’il suffisait de me regarder pour comprendre que je ne saurais jamais quoi faire de la partie troglodytique du terrain ni des batiments annexes, ce en quoi d’ailleurs il ne se trompait pas.

Comment un manoir du XVIIe siecle peut devenir une boite a souvenirs pour un homme du XXIE siecle ? Depuis vingt-cinq ans, Patrick Cauvin passe tous ses etes dans une batisse de tuffeau et d’ardoise, entre Angers et Saumur. Un parc, des grottes, des fantomes : l’achat de l’immense maison fut d’abord un grand moment de panique. Puis, au fil des etes, le lieu a vecu, les amis s’y sont succede, sont revenus. On y a beaucoup mange, bu, ecoute, chante, discute… Un recit pour transmettre la joie, les rires, l’amitie, les souvenirs de bonheur, impregne de la fameuse douceur angevine. Le livre le plus intime d’une figure attachante du roman francais.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

VINGT-CINQUIEME ETE.
Un bail.
J’ouvre la grille et c’est la meme impression : une retombee generale des tensions due a la fois au silence soudain, a l’odeur d’herbe qui monte et au soulagement imbecile de constater qu’elle est toujours la, au fond du parc, que rien n’a bouge, ni les ardoises, ni les echauguettes, ni les murs… Je dois avoir la crainte idiote du citadin impenitent redoutant les effondrements, comme s’il y avait dans cette maison une fragilite liee au grand age, au choc de l’hiver qui pourtant fut doux, a mille dangers qui, toujours, la menacent et transforment Pierre-Basse en champ de ruines.
Manoir de porcelaine.
C’est vrai que le sous-sol n’est pas rassurant, que c’est un gruyere, que le village est une ecumoire, a moitie troglodytique, et que des souterrains s’y entrecroisent autour d’elle… Mais bon, ce n’est pas encore pour cette fois… Je me sens assez fier d’elle, elle tient le coup, et sacrement bien, malgre les siecles.
J’ai raconte cette sensation a un copain qui m’a fait remarquer qu’etant donne l’epaisseur des murs, il y avait quand meme peu de chances qu’elle s’emiettat. Je ne suis pas completement persuade… Pour me justifier, je me dis que c’est du a l’attachement (on est toujours inquiet pour ce qu’on aime) et qu’un an s’est passe depuis notre dernier rendez-vous, et qu’il s’en passe en un an, surtout pour les proprietes en verre file.
Au fond, je dois a cette maison de superbes trouilles. A se demander si les possesseurs de residence secondaire ne sont pas des masochistes. Je me souviens de deux d’entre elles.
L’une a eu lieu a l’heure du premier petit dejeuner sur place. Je m’en rappellerai toujours. Je suis le premier leve et je m’installe au jardin, sous les arbres. Sur la vieille table de guingois, je depose cafe, biscottes, tasses et tout ce qui va avec. Il y a du soleil, des oiseaux, le ciel est bleu, il fait frais, la vraie pub pour Ricore. Je me pose, les orteils dans l’herbe, je m’apprete a savourer le grand coup d’autosatisfaction qu’est cense eprouver tout nouveau proprietaire. Et brusquement, je ne sais si c’est le nouvel angle sous lequel je decouvre cette foutue baraque, je la trouve ecrasante, demesuree… Je voulais une maison de campagne, on m’a fourgue une forteresse, je voulais une villa, j’ai une citadelle. Ajoutez a cela des arbres dans le parc, des arbres dont j’ignore le nom, une ribambelle, des murs pharaoniques, et tout cela me tombe dessus d’un coup, je gis, enseveli sous le poids des vieilles pierres, de ces branches, de ces troncs moussus. Une question me saute a la gorge et me plonge dans l’angoisse : mais comment suis-je arrive a me fourrer dans ce petrin ?… Qu’est-ce que je vais faire de cette monstrueuse demeure ?… Parce qu’il faut preciser que c’est ma premiere maison, mes premieres herbes, mes premiers tilleuls, marronniers, noyers, cerisiers, et j’en oublie. Je n’ai jamais connu ca. Je n’ai vecu que dans des appartements, et pas des gigantesques… au deuxieme etage porte droite dans la rue Saint-Pierre a Marseille, avec maman, papa et meme dans soixante-dix metres carres. Et apres, Sarcelles, et puis Bezons, ensuite pour changer un peu, et mon temperament d’aventurier aidant, La Garenne-Bezons, Montmartre enfin et quelques autres lieux, mais toujours citadin.