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La peur

Auteur : Gabriel Chevallier

Date de saisie : 22/10/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 22.00 €

ISBN : 978-2-84263-164-2

GENCOD : 9782842631642

Sorti le : 22/10/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Claire Strohm et Robert Roth de la librairie AU MOULIN DES LETTRES a EPINAL, France (visiter son site) – 12/02/2009

Le veritable courage de Gabriel Chevallier n’est peut-etre pas d’avoir combattu en premiere ligne dans les tranchees de 14-18, mais d’avoir publie ce roman acerbe. A travers l’experience d’un soldat de 2eme classe, des feux de l’Artois aux rigueurs glacees des sommets vosgiens, dans un style incisif etonnamment moderne et audacieux, Chevallier decrit la souffrance d’un homme harasse, terrorise et anime d’une profonde colere, qui lutte quotidiennement pour sa survie pres de 5 longues annees durant. Ne manquez pas ce remarquable temoignage, publie pour la premiere fois en 1930, que le Dilettante a eu la justesse de sortir de l’ombre.

  • Le choix des libraires : Choix de Jacques Griffault de la librairie LE SCRIBE a MONTAUBAN, France (visiter son site) – 28/11/2008

C’est un tres grand livre, magnifique, sur la guerre de 14-18, paru pour la premiere fois en 1930, que le dilettante – cet editeur audacieux, decouvreur de talents presents et passes – vient de reediter. Un temoignage peut-etre encore plus terrifiant que Le Feu d’Henri Barbusse et Les Croix de bois de Roland Dorgeles, qui sont depuis 90 ans les references historiques et litteraires du conflit alors que La Peur reste scandaleusement ignore du grand public et meme des specialistes, ecrit Bernard Pivot (J.D.D. 9/11/2008) qui pense que le succes de Clochemerle a donne de Gabriel Chevalier l’image d’un ecrivain leger et rigolo, que l’on ne peut donc pas prendre au serieux.
Au-dela de la description du quotidien de la guerre, des tranchees, d’un realisme absolu, souvent a la limite du soutenable, ce qui donne une dimension particuliere a ce livre c’est que le narrateur nous fait part de ce qu’il fait, voit, ressent, pense. Nous sommes a ses cotes, corps et ame.
S’il a toujours espere echapper au service militaire, le narrateur redoute que la guerre, prevue pour etre de courte duree, se termine sans lui. Il voit dans la guerre ni une carriere, ni un ideal mais un spectacle, le plus extraordinaire de l’epoque, qu’il ne veut pas manquer. En caserne pour l’instruction, il craint d’etre inapte a cette guerre qui ne demande que passivite et endurance (…) J’ai ce malheur de ne pouvoir agir qu’en vertu d’un mobile approuve par ma raison, et ma raison refuse des tutelles qu’on voudrait lui imposer (…) Puis c’est le depart pour le front, dix mois apres ceux de 14. La population, un peu blasee, nous feta encore tres honorablement parce que nous n’avions guere que dix-neuf ans. A son arrivee au front, il creuse des sapes russes en vue de la prochaine offensive desormais imminente, et est decu que sa fonction de combattant se borne a un role de terrassier travaillant sous le feu, expose et passif. Vinrent les premiers obus, les morts, les blesses, les hommes etendus dans leur sang qui avaient, pour appeler, ces visages d’enfants battus et suppliants qu’on voit aux etres que le malheur vient de frapper. La guerre cesse d’etre un jeu. Cependant il reste convaincu que sa destinee ne peut avoir son terme sur un champ de bataille. Je n’avais pas encore pris la guerre (je pensais : leur guerre) au serieux, la jugeant absurde dans ses manifestations, que j’avais prevues tout autres (…) Trouvant cette affaire mal montee, je la boudais. Ma bouderie me rendait fort et me donnait une sorte de courage. Les choses s’aggravent. Les obus s’abattent en pleine nuit. Les soldats se jettent dans la nuit froide. Courir, courir de toutes ses forces, les yeux dilates mais prets a les fermer pour ne pas voir le feu (…) La panique qui botte les fesses (…) Nous franchimes comme des tigres les trous d’obus fumants, nous franchimes les appels de nos freres, ces appels sortis des entrailles et qui touchent aux entrailles, nous franchimes la pitie, l’honneur, la honte, nous rejetames tout ce qui est sentiment, tout ce qui eleve l’homme, pretendent les moralistes – ces imposteurs qui ne sont pas sous les bombardements et exaltent le courage ! Nous fumes laches, le sachant, et ne pouvant etre que cela. Le corps gouvernait, la peur commandait.
Le grand mot est lache : la peur, la peur qui decompose mieux que la mort, qui vous vide, vous berce a la folie.
Vous l’avez compris c’est un livre poignant, d’une force peu commune, essentiel, salutaire, formidablement ecrit, qui ne se raconte pas, qu’il faut lire absolument.

  • Le choix des libraires : Choix de Francois Prevot de la librairie CLIMATS a PARIS, France (visiter son site) – 28/10/2008

Le premier chapitre est eblouissant. Comme d’un long mouvement de camera virtuose, Chevallier raconte la declaration de guerre : tourbillonnant au dessus de l’Europe et de ses peuples en liesse, il penetre ensuite dans les palais presidentiels, s’attarde sur une terrasse de bistro ou se joue une scene de folie patriotique pour terminer sur un defile militaire de province.
Puis se sont les longues annees de guerre, les cadavres, les hommes detruits, blesses, l’incomprehension de l’arriere qui rend la permission insupportable, et surtout, la terreur, presente a chaque page, a chaque pas, dans chaque regard.
Et c’est la grande force de ce roman autobiographique : nous entrainer dans ces quatre longues annees d’horreur par ce qui fut l’affreux quotidien de vingt millions d’hommes : la peur.

  • Les presentations des editeurs : 16/10/2008

Gabriel Chevallier ! J’entends deja les commentaires… Ah ! oui ! Clochemerle, 1934, pimpante caleconnade cantonale a base de cornards joviaux et de crus de pays. Succes mondial, un regal ! Certes, mon bon, mais c’est sauter une etape, moins affriolante : 1930, La Peur. Enrole en 1914, revenu a l’air libre en 1919, seconde classe, Chevallier a lampe la Grande Guerre jusqu’a la derniere goutte de vase sanglante collee au fond du quart. Il en a tout vu, tout connu, tout subi. Au pied de la colonne pertes, il a tire ce trait : La Peur, et donne sa conclusion : la peur decompose mieux que la mort. Pourrir de peur. Et pourtant, le contact des cadavres, Chevallier en a fait son quotidien : en tas, en piles, connus ou inconnus, pourris, en pieces, assis, enterres. Mais ceux qui sont bien morts, les epis murs et les bles moissonnes, vont leur destin : epaissir la glaise, gaver les vers. Ceux qui restent ont affaire a cette grande soeur etouffante : la trouille. Presente a chaque instant, durant la marche, en tranchee, en reve, a la gamelle. La peur vous vide, vous berce a la folie. Tel le fringant medecin Charlet, siphonne par la terreur de monter au front et qui vegete dans un hopital de l’arriere, vide-pot pour mutiles caustiques, rebaptise Caca. Loin du feu, du sang ou de la boue, la guerre a une plus simple expression a laquelle tout se reduit : la peur. La peur, notre mere.

Gabriel Chevallier est ne le 3 mai 1895 a Lyon et decede le 5 avril 1969 a Cannes. Mobilise en 1914 dans l’infanterie, blesse en 1915 en Artois, il termine neanmoins les combats en premiere ligne en 1918. Il fut decore de la croix de guerre. De retour a la vie civile, il exerce de nombreux metiers : journaliste, dessinateur, representant de commerce, petit industriel, etc. En 1930, il publie, chez Stock, La Peur. Enfin en 1934, avec Clochemerle, traduit a ce jour en plus de trente langues, il connait la celebrite.

  • La revue de presse Martine Laval – Telerama du 5 novembre 2008

Chevallier raconte en direct les quatre annees de boucherie. Il ne s’epargne rien, ni horribles souvenirs ni mauvaises pensees. Il ecrit l’innocence, l’egoisme, l’humiliation, la chance, la vermine, l’ennui, la honte, la peur…
Dans une langue a faire fremir, tranchante et soyeuse, Gabriel Chevallier appelle a la rebellion – autre forme de la raison – et fait de La Peur un pamphlet contre la guerre, toutes les guerres. L’ecrivain visionnaire met dans la bouche d’un soldat une phrase qui resonne etrangement aujourd’hui : Tu crois pas qu’on nous a bourre le crane avec la “haine des races” ?

  • Les courts extraits de livres : 16/10/2008

L’affiche

Le danger de ces communautes (les peuples), fondees sur des individus caracteristiques d’une meme sorte, est l’abetissement peu a peu accru par heredite, lequel suit d’ailleurs toujours la stabilite ainsi que son ombre.

Nietzsche

Le feu couvait deja dans les bas-fonds de l’Europe, et la France insouciante, en toilettes claires, en chapeaux de paille et pantalons de flanelle, bouclait ses bagages pour partir en vacances. Le ciel etait d’un bleu sans nuages, d’un bleu optimiste, terriblement chaud : on ne pouvait redouter qu’une secheresse. Il ferait bon a la campagne ou a la mer. Les terrasses de cafe sentaient l’absinthe fraiche et les Tziganes y jouaient La Veuve joyeuse, qui faisait fureur. Les journaux etaient pleins des details d’un grand proces qui occupait l’opinion; il s’agissait de savoir si celle que certains appelaient la Caillaux de sang serait acquittee ou condamnee, si le tonnant Labori, son avocat, et le petit Borgia en jaquette, cramoisi et rageur, qui nous avait quelque temps gouvernes (sauves, au dire de quelques-uns), son mari, l’emporteraient. On ne voyait pas plus loin. Les trains regorgeaient de voyageurs et les guichets des gares distribuaient des billets circulaires : deux mois de vacances en perspective pour les gens riches.