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La preuve

Auteur : Cesar Aira

Traducteur : Michel Lafon

Date de saisie : 07/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 15.00 €

ISBN : 978-2-267-01962-9

GENCOD : 9782267019629

Sorti le : 07/02/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Andre Zaradzki de la librairie LE CHANT DE LA TERRE a PONT-SAINT-ESPRIT, France (visiter son site) – 28/02/2008

Un roman qui n’en est pas un ; une fable plutot, qui a pour cadre un quartier tres anime de Buenos Aires; deux punkettes abordent une jeune fille d’apparence tres ordinaire ; ici commence un colloque sentimental qui renverse toutes les valeurs communement admises, jusqu’a la scene finale, potlatch hallucinatoire dont la violence extreme ne cache pas le sens “philosophique”.

  • Les presentations des editeurs : 28/02/2008

Un apres-midi d’hiver, trois jeunes filles (deux punks, Mao et Lenine, et une lyceenne, Marcia), parlent de desir et d’amour. Puisque l’amour n’existe que par ses preuves, elles finissent par se diriger vers le supermarche du coin, le Disco, ou se jouera le dernier acte de la seduction…
Nouveau chapitre de la mythologie de Flores, ce quartier de Buenos Aires ou Cesar Aira vit en compagnie de ses personnages depuis quarante ans, La Preuve est le colloque sentimental de trois filles tourmentees, leur quete inexorable de la beaute et du bonheur, dans une minuscule bulle de temps.
Ce roman est sans doute le plus violent de Cesar Aira, et celui qui explore avec le plus d’acuite les elans de l’adolescence.

  • Les courts extraits de livres : 10/03/2008

– Tu baises ?
Marcia fut tellement surprise qu’elle ne comprit pas la question. Elle regarda autour d’elle tout emue, pour voir qui l’avait posee… Apres tout, cette question n’etait pas si deplacee que ca. Peut-etre meme ne pouvait-on s’attendre a autre chose, dans ce labyrinthe de voix et de regards, tout a la fois transparent, leger, sans consequence, et dense, veloce, un peu sauvage. Mais bon, si l’on commencait a s’attendre a quelque chose…
Trois cents metres avant la place Flores se deployait, de ce cote-ci de l’avenue, un monde juvenile, fige et mobile, tridimensionnel, qui rendait palpables ses contours et le volume qu’il creait. C’etaient des groupes nourris de garcons et de filles, surtout de garcons d’ailleurs, aux portes des deux magasins de disques, dans l’espace libre du cinema Flores et contre les autos en stationnement. A cette heure, ils etaient sortis de leurs lycees et se reunissaient la. Elle aussi etait sortie de son lycee depuis deux bonnes heures (elle etait en quatrieme ‘), mais loin d’ici, un kilometre et demi plus bas, a Caballito, et elle faisait sa promenade quotidienne. Marcia avait un probleme d’exces de poids, et aussi un probleme de vertebres qui a seize ans n’etait pas grave, mais qui pouvait le devenir. Personne ne lui avait recommande de marcher; elle le faisait par instinct therapeutique. Et pour d’autres motifs, principalement l’habitude ; la grave depression dont elle avait souffert, et dont le climax s’etait situe quelques mois auparavant, l’avait obligee a se remuer sans cesse pour survivre et, maintenant, elle le faisait dans une bonne mesure sans raison precise, par inertie ou par superstition. A ce moment de l’exercice, presque arrivee a l’endroit ou elle rebroussait chemin, c’etait comme si elle commencait a decelerer; entrer dans cette nouvelle zone saturee de jeunes, apres un kilometre plutot neutre, le long de l’avenue Rivadavia, qui separait un quartier de l’autre, revenait a ralentir sa marche, meme si son pas restait le meme. Elle se heurtait a la charge des signes flottants, chaque pas et chaque ondulation des bras contenaient d’innombrables reponses, d’innombrables allusions… Flores, avec son foisonnement de jeunesse, se dressait comme un miroir de sa propre histoire, un peu eloigne de son decor original, mais pas tant que ca, a portee d’une promenade vesperale; de toute facon, il etait logique que le temps s’epaississe quand elle arrivait la. Hors de son histoire, elle se sentait glisser trop vite, comme un corps dans l’ether sans resistance. Et il ne fallait pas non plus qu’il y ait trop de resistance, ou alors elle resterait paralysee, comme cela lui etait arrive dans la periode assez tragique qui commencait enfin a s’estomper dans le passe.
Bien qu’il fut a peine sept heures, le ciel s’etait obscurci. On etait en hiver, et la nuit tombait precocement. Pas la nuit noire, c’etait trop tot. Dans le sens de sa marche, Marcia avait le crepuscule devant elle ; au fond de l’avenue, il y avait une lumiere intense, rouge, violette, (…)