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La Saint-Barthelemy : les mysteres d’un crime d’Etat : 24 aout 1572

Couverture du livre La Saint-Barthelemy : les mysteres d'un crime d'Etat : 24 aout 1572

Auteur : Arlette Jouanna

Date de saisie : 11/10/2007

Genre : Histoire

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Les journees qui ont fait la France

Prix : 26.00 €

ISBN : 978-2-07-077102-8

GENCOD : 9782070771028

Sorti le : 11/10/2007

  • Le choix des libraires : Choix de Nathalie Esperandieu de la librairie LA MEMOIRE DU MONDE a AVIGNON, France – 29/11/2007

… Le livre dont je souhaiterais vous parler s’appelle La Saint-Barthelemy. Il est paru chez Gallimard, dans la collection Les journees qui ont fait la France, et l’auteur, c’est Arlette Jouanna. J’ai beaucoup aime ce livre parce que d’une part, il nous eclaire sur un evenement qu’on croit connaitre absolument par coeur et qu’on connait tres mal, et il associe deux choses : la rigueur scientifique et le suspense qu’on trouverait dans un polar. Il y a une enquete, parce qu’il y a des gens qui sont morts et on ne sait pas vraiment qui les a tues ou pourquoi, ou des gens qu’on a cherche a tuer et on ne sait pas pourquoi ni qui l’a fait. Et au-dela de ca, ce qui est important, c’est que Alette Jouanna deconstruit des rapports de causalite que la memoire ou l’ideologie ont batis de toutes pieces. Ensuite, elle regarde les textes de tres pres, et elle essaie de dire pourquoi ils sont interessants, en quoi ils le sont, qui les a ecrits, pourquoi et dans quel but, si bien qu’on est en prise vraiment sur le travail de l’historien, et cela nous eclaire sur l’utilite de l’histoire, en quoi aussi cet evenement nous touche aujourd’hui ou les communautarismes risquent de se reveiller durement dans des mouvements de violence qu’on pense ineluctables, terribles, inoubliables et indepassables. Voila, c’est pour ca que j’ai beaucoup aime ce livre. C’est a la fois un travail d’historien sur le passe, et ca nous eclaire aussi sur le futur, sur des choses qu’on imagine ne pas pouvoir guerir. C’est un livre d’espoir au fond, et qui met de l’histoire la ou on n’a finalement que de la tradition et des imageries…

  • La Radio des libraires : Nathalie Esperandieu de la librairie LA MEMOIRE DU MONDE a AVIGNON, France – 27/11/2007

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Nathalie Esperandieu – 27/11/07

  • Les presentations des editeurs : 08/11/2007

Le 18 aout 1572, Paris celebre avec faste le mariage de Marguerite de Valois et d’Henri de Navarre, evenement (lui doit sceller la reconciliation entre catholiques et protestants.
Six jours plus tard, les chefs huguenots sont executes sur ordre du Conseil royal. Puis des bandes catholiques massacrent par milliers ” ceux de la religion ” – hommes, femmes, vieillards, nourrissons… Comment est-on passe de la concorde retrouvee a une telle explosion de violence ? Comment une ” execution preventive ” de quelques capitaines a-t-elle pu degenerer en carnage generalise ? Quel role ont joue le roi, la reine mere, les Guises, le tres catholique roi d’Espagne ? De ces vieilles enigmes, Arlette Jouanna propose une nouvelle lecture.
La Saint-Barthelemy n’est l’oeuvre ni des supposees machinations de Catherine de Medicis, ni d’un complot espagnol et encore moins d’une volonte royale d’eradiquer la religion reformee. Charles IX, estimant sa souverainete en peril, repond a une situation d’exception par une justice d’exception. Mais en se resignant a ce remede extreme, il installe, sans en faire la theorie, une logique de raison d’Etat.
Cette tragedie, vecue comme une rupture inouie, suscite une reflexion foisonnante sur les fondements du pouvoir, les limites de l’autorite, la legitimite de la desobeissance ; sur le danger aussi que font courir les divisions religieuses aux traditions du royaume. Mais cet effort de restauration politique va se heurter a la sur-sacralisation du roi, qui ouvre la voie a l’absolutisme des Bourbons.

Arlette Jouanna, professeur emerite a l’universite de Montpellier, est notamment l’auteur du Devoir de revolte (1989) et de Histoire et Dictionnaire des guerres de Religion (1998).

  • La revue de presse Jean-Yves Grenier – Liberation du 14 fevrier 2008

Lucien Febvre, grand specialiste du XVIe siecle, avait coutume de dire qu’aux phenomenes religieux, il fallait des explications religieuses. C’est aussi ce que suggere Arlette Jouanna dans le livre qu’elle consacre a la Saint-Barthelemy, cet objet si deroutant pour l’historien…
Arlette Jouanna souligne le role tenu dans ces evenements par la construction de la figure d’un ennemi interieur, trait qui rappelle bien des massacres commis a d’autres epoques. Depuis deux decennies que durent les affrontements, les huguenots sont percus comme des traitres a la communaute a laquelle pourtant ils appartiennent tant par leur mode de vie que par leur profession (souvent des artisans). C’est ce qui donna aux assassins la conviction d’agir en etat de legitime defense : il faut exterminer les reformes avant qu’ils n’eliminent les catholiques.

  • La revue de presse Jean-Christian Petitfils – Le Figaro du 8 novembre 2007

Une fureur meurtriere qui dura plusieurs jours et fit 3 000 morts a Paris, 10 000 dans toute la France. Des femmes eventrees, des hommes emascules, des vieillards et des nourrissons precipites dans la Seine, les rues et le fleuve rouges de sang… Si la trame des tueries de 1572 est bien connue, ses causes continuent de diviser les historiens. S’agit-il d’un traquenard du roi ou de la reine mere, Catherine de Medicis, en vue d’exterminer les heretiques ? D’un complot planifie par l’Espagne, avec la complicite des Guises ? D’un soulevement parisien contre le monarque et sa politique de concorde, annoncant la Ligue ? C’est a cette enigme aux multiples facettes que s’attelle Arlette Jouanna, specialiste reputee du XVIe siecle. S’appuyant sur des documents d’archives, affinant l’approche psychologique des protagonistes, Arlette Jouanna demonte avec minutie les differentes phases de la tragedie.

  • Les courts extraits de livres : 09/01/2008

Extrait de l’introduction :

LES ENIGMES DE LA SAINT-BARTHELEMY

Dimanche 24 aout 1572, fete de saint Barthelemy. Ce jour-la, les rues de Paris sont humides, comme s’il avait beaucoup plu, note un bourgeois de Strasbourg de passage dans la capitale. Mais c’est de sang, et non de pluie, qu’elles luisent.
Avant la fin de la nuit, une troupe de soldats du duc de Guise, le heros des catholiques, est venue tuer l’amiral Gaspard de Coligny, chef militaire des protestants, dans son logis de la rue de Bethisy ; au Louvre, les principaux lieutenants de l’amiral, tires de leur lit et desarmes, ont ete egorges dans la cour a coups de pique par des gardes suisses et francaises. Tout cela s’est fait avec le consentement du roi Charles IX, consentement auquel le monarque a ete amene sous la pression de circonstances dont l’elucidation divise encore les historiens.
Le jour s’est leve sur des scenes de tuerie. Les catholiques, une croix au chapeau et un brassard blanc au bras, symboles de la purete qu’ils croient avoir perdue, sillonnent la ville et pourchassent les heretiques au nom de Dieu. Des bandes armees fouillent methodiquement les maisons; les protestants sont traines dehors et executes sans jugement ; les cadavres, depouilles de leurs vetements et souvent mutiles, sont tires jusqu’a la Seine, certains ayant ete auparavant entasses sur les places ou aux carrefours puis transportes dans des charrettes. Le fleuve est rouge de sang, si bien que les Parisiens, selon le recit d’un calviniste de Millau, demeurerent un long temps sans manger de poisson, causant [a cause de] la corruption de l’eau, de la puanteur des corps. Ceux qui sont massacres au faubourg Saint-Germain sont precipites dans le puits aux Clercs ou l’on avait coutume de jeter les carcasses de betes mortes.
Enfants, femmes, vieillards : nul n’est epargne. Des nourrissons sont arraches au sein de leur mere et jetes dans le fleuve ; des bambins sont abattus avec leurs parents, des domestiques expedies en meme temps que leurs maitres. Les logis des victimes sont saccages et pilles. Avant l’aube, le tocsin de Saint-Germain-l’Auxerrois a fait retentir son grondement angoissant, bientot relaye par les cloches des eglises voisines. L’air resonne des plaintes de ceux qu’on egorge, des cris des assassins et du bruit des arquebusades. Affole par l’ampleur du dechainement meurtrier, le roi se terre dans le palais du Louvre; les ordres qu’il donne pour faire cesser le massacre sont ouvertement bafoues. La ville est tombee aux mains des catholiques les plus acharnes a eradiquer l’heresie ; les autres, epouvantes, se retranchent chez eux sans oser sortir. Des corps de garde sont etablis dans la plupart des rues, controlent les allees et venues, demasquent les fuyards et les livrent aux tueurs ; quiconque veut sortir de la ville doit montrer un passeport en regle. Trois jours durant, les portes de Paris resteront fermees ; les chances des proies d’echapper au piege sont minimes. Un medecin mantouan catholique, Filippo Cavriana, bien que fermement hostile aux reformes, raconte l’effroi que lui a inspire le sinistre spectacle dont il a ete le temoin :

On n’apercevait dans les rues que des corps nus perces de mille coups ; le fleuve en charriait tout autant. On n’avait egard ni au sexe, ni a l’age, ni a la condition des personnes […]. On voyait des gens qui fuyaient dans les rues et d’autres qui les poursuivaient en criant : Tue ! Tue !, de sorte que c’a ete un vrai massacre. Mais ce qu’il faut souligner, c’est l’obstination de quelques-uns, hommes et femmes, qui, bien qu’ils aient le couteau sur la gorge et la possibilite de sauver leur vie en abjurant, neanmoins voulurent se faire les martyrs du diable et perdre a la fois l’ame et le corps par leur ignorance opiniatre […].
On ne constate pas chez les notres cette joie et cette jubilation que l’on avait coutume de voir auparavant, parce que vraiment le spectacle a ete horrible et miserable […]. Tous portent la croix blanche au chapeau ; car lorsque la fete se fit, on portait une manche de chemise au bras gauche, et le mot d’ordre etait : Vive Dieu et le roi !, de facon a pouvoir reconnaitre les notres et les distinguer des autres.