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La vie du cardinal de Retz

Auteur : Simone Bertiere

Date de saisie : 04/04/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France

Prix : 29.00 / 190.23 F

ISBN : 978-2-87706-657-0

GENCOD : 9782877066570

Sorti le : 19/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 05/04/2008

Mecontent de la place qui lui etait promise dans une societe dont il ne contestait pourtant pas les fondements – la monarchie et l’Eglise -, Paul de Gondi defia tous les obstacles rencontres sur sa route : sa famille, Richelieu, et surtout Mazarin, a qui l’opposa un combat sans merci. Il fut l’ame et le grand vaincu de la Fronde. Le chapeau de cardinal, conquis de haute lutte, ne suffit pas a lui epargner, apres neuf ans de resistance, une mise a l’ecart definitive.
Son dernier defi, contre lui-meme, il l’a gagne : il a exorcise l’echec dans d’irreverencieux Memoires a l’humour decapant. Il voulait etre un grand homme : il fut un grand ecrivain.
Centre sur la Fronde, son recit, si brillant qu’il soit, reste tres incomplet et partial. Il n’interdit pas, au contraire, une enquete sur ses zones d’ombre : d’un cote les annees de formation, de l’autre la longue traversee du desert, suivie d’une difficile reconciliation avec le monde et avec lui-meme.
Celui qu’on a depeint trop souvent comme un trublion sans scrupules laisse apparaitre, si on le replace dans son epoque et dans son milieu, parmi ses pairs, une personnalite plus complexe, plus nuancee, plus riche.
Passionnante comme un roman, la vie mouvementee de ce prelat anticonformiste ouvre sur l’histoire du XVIIe siecle des perspectives stimulantes. Elle offre aussi des lecons de politique applicables a tous les temps.

Simone Bertiere a publie la these de son mari sur Le cardinal de Retz memorialiste et une edition commentee des Memoires. Elle a ensuite evoque en une vaste fresque de six volumes la condition des reines de France des Temps Modernes. Le dernier volume, Marie-Antoinette l’insoumise, a recu le Prix des Maisons de la Presse, le Prix des Ambassadeurs et le Grand Prix de biographie historique de l’Academie francaise.
Le vainqueur de Retz ayant ete tres decrie dans les Memoires, elle s’est attachee a lui rendre justice dans un Mazarin, le maitre du jeu, classe Meilleure Biographie de l’annee par le magazine Lire.

  • Les courts extraits de livres : 05/04/2008

Paul de Gondi, cardinal de Retz, a cru avoir rendez-vous avec l’Histoire. C’etait avec la Litterature. A titre posthume. Il redoutait par-dessus tout l’indifference et l’oubli. Il a gagne : il divise la posterite, comme il avait divise ses contemporains. Sa personnalite flamboyante, tapageuse, eveille encore aujourd’hui des reactions tres vives, instinctives. Elles s’adressent moins a l’acteur de la Fronde qu’a l’auteur des Memoires les plus irreverencieux et les plus seduisants qui soient.

S’il n’avait pas ecrit les Memoires, sa vie serait vite racontee. Car son role dans l’histoire, qu’il aurait voulu capital, se reduit a peu de chose.
Dans sa generation, il etait un des plus doues. Intrepide, orgueilleux, exalte, et d’une extreme intelligence, il revait de gloire, de conquetes. Pousse malgre lui vers l’Eglise par la volonte paternelle, il prit a coeur d’y monter le plus haut possible. On lui avait offert, sur un plateau, la coadjutorerie a l’archeveche de Paris, avec future succession. Il voulut etre cardinal et ministre, comme Richelieu. Pas de chance : celui-ci avait deja en la personne de Mazarin un heritier solidement installe dans la place. Retz n’avait d’esperance que dans sa chute. Lorsque l’opposition au rival deteste se mua en revolte, il tenta de prendre la tete du mouvement, organisa la resistance dans la capitale, mais s’enlisa ensuite dans des contradictions, se prit au piege des intrigues entrecroisees. Il fut le grand perdant de la Fronde, le plus durement chatie. Emprisonne, puis errant a travers l’Europe et reduit a une quasi-mendicite, il ne fut archeveque de Paris que de nom, pendant huit ans, sans jamais pouvoir exercer ses fonctions, et dut payer son retour en grace d’une demission qui scella sa mise a l’ecart definitive.
Son bref passage au premier plan ne suffirait pas a lui assurer la notoriete. D’autant que la Fronde ne fut elle-meme qu’un episode mineur, a l’echelle de l’histoire de France. Elle n’en a pas modifie le cours. Au contraire : cette tentative pour contrarier l’evolution vers une monarchie forte et centralisee n’a fait qu’accelerer le processus. Il n’en resta rien, qu’un peu d’ecume sanglante. Rebellion sacrilege ou revolution avortee ? On lui reproche, qui d’avoir failli compromettre l’avenement de l’ordre louis-quatorzien, qui d’avoir trahi les aspirations populaires et retarde d’un siecle et demi la chute de l’Ancien Regime. Il ne fait pas bon y avoir trempe. Les historiens sont severes pour celui dont il est convenu de dire qu’il en fut l’ame.
Les vaincus ont toujours tort, comme les absents. Vaincu, Retz le fut assurement. Absent ? que non pas ! Vaincu, mais non convaincu, il se livre vingt-cinq ans plus tard a un eblouissant recit de la Fronde, qui en demonte les ressorts, en desacralise les acteurs, en denonce l’interpretation providentialiste, pour la reduire a des rapports de force, a une gigantesque partie de cartes, etrangere a toute transcendance. Et il a parseme ce recit de reflexions aigues sur les hommes, le pouvoir, la politique, qui n’ont rien perdu de leur pertinence. Toute etude sur son temps se heurte a lui, est tributaire de ses analyses, de sa lucidite, de son humour. A plus forte raison, toute etude a lui consacree passe par les Memoires.

Curieux destin que celui de ce livre. Imparfait, inacheve*, gate par des negligences qu’aurait eliminees une derniere relecture, mal fini, mal leche, il est defigure de surcroit par des ratures, des mutilations posthumes, entrainant des lacunes qui amputent de pres de moitie, semble-t-il, la premiere partie. Il ne fut publie qu’en 1717. Retz etant mort depuis longtemps, les editeurs dechiffrerent comme ils le purent les manuscrits dont ils disposaient – des copies, ou des copies de copies -, moderniserent la langue, corrigerent ce qu’ils ne comprenaient pas. Tels quels, les Memoires eurent un gros succes de scandale, que vint renforcer l’admiration pour leur eclatante qualite litteraire. Lorsqu’au XIXe siecle on publia, d’apres l’autographe enfin retrouve, des editions plus fideles, qui rendaient au texte sa vigueur et retablissaient quelques passages oses, enthousiasme et reprobation redoublerent, partageant les lecteurs en deux camps, dressant contre eux-memes ceux qui, comme Sainte-Beuve, se refusaient a trancher. Sur le genie de l’ecrivain, tous etaient d’accord. Restait l’homme.