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La vie pieds nus

Auteur : Alan Pauls

Traducteur : Vincent Raynaud

Date de saisie : 04/10/2007

Genre : Essais litteraires

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 15.00 / 98.39 F

ISBN : 978-2-267-01937-7

GENCOD : 9782267019377

Sorti le : 04/10/2007

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  • Les presentations des editeurs : 19/10/2007

La plage, son histoire et sa signification, pour lui-meme et pour chacun de nous : tel est le sujet surprenant et insolite sur lequel se penche Alan Pauls dans ce qui constitue une veritable phenomenologie de la plage. Sur un mode a la fois leger et serieux, Pauls y livre une analyse profonde, rigoureuse, sur un sujet qui n’a jamais ete aborde de facon aussi litteraire. Il donne a son propos une dimension personnelle grace aux photos de son enfance, qui illustrent chaque chapitre, mais aussi aux souvenirs, souvent irresistibles, qui ponctuent le recit.

Il existait jusqu’ici des livres de plage. Desormais, grace a Alan Pauls il existe enfin un ouvrage de reference, plaisant, intelligent, excentrique et erudit sur la plage. Un livre a laisser trainer dans le sable, a imbiber d’eau de mer ou a lire dans le secret d’une chambre d’hotel, dans n’importe laquelle des situations plage qu’evoque l’auteur avec talent et humour.

  • Les courts extraits de livres : 19/10/2007

Sur la plage on reve beaucoup. Le programme d’une nuit normale a Cabo Polonio – la station balneaire uruguayenne ou je passe l’ete depuis cinq ans – ressemble aux marathons du cinema auxquels nous participions au Roxy, mon pere, mon frere et moi, tous deux enfants, une salle situee a l’angle de l’avenue Las Heras et de la rue Aguero detruite alors que nous avions oublie son nom depuis longtemps. Mettons que chaque reve est un film. Chaque nuit comprend trois ou quatre reves, qui sont separes par des entractes, comme l’etaient les films au Roxy. Ce sont des intervalles incertains, d’une duree variable, dont on ne sait jamais s’ils sont premedites ou accidentels. Il y a donc deux solutions : soit on reste a sa place et on attend sagement que la projection reprenne, soit on se leve d’un bond et on fait ce qu’on a a faire le plus vite possible, pour pouvoir etre de retour quand le film suivant debute.
Comme les reves a l’affiche durant l’ete 2005 furent particulierement nombreux, j’eus l’idee de tenir un registre sporadique de la programmation. Je transcris ci-apres celle de la nuit du mercredi 16 fevrier.
Premiere seance. Jack Nicholson nous invite a passer quelques jours dans son hotel de Los Angeles. Avant que l’action du reve commence, comme dans les clips illustrant la performance ou la carriere des candidats lors de la ceremonie des Oscars, je vois un montage de scenes interpretees par Nicholson et extraites de films qui n’existent pas. Nicholson astronaute (agitant un rasoir dans le vide, en apesanteur). Nicholson vedette de football americain (se faisant mal au nerf sciatique tandis qu’il lace ses chaussures). Nicholson astrologue (cherchant desesperement un theme astral dans un paquet de photos de filles nues). La trame du reve ne demarre jamais.
Deuxieme seance. Une galerie d’art. En plein vernissage, un ecrivain que je connais (qu’en realite j’ai bien connu il y a longtemps, alors qu’il n’etait pas encore ecrivain mais cadre en pleine ascension au sein des jeunesses democrates chretiennes et fervent marianiste) me parle a voix basse des graves problemes d’une autre personne que je connais, egalement ecrivain, qui vit en France et dont je ne puis m’empecher de dire un peu partout qu’elle est un des representants de Satan sur la Terre, car j’ai naturellement tendance a me mefier de toute forme de bonte qui attire trop l’attention et plus encore de l’altruisme qu’on seme allegrement aux quatre vents, tel un nouveau riche distribuant des billets de banque a peine imprimes.
Troisieme seance. Je me rends a un concert de Miguel Mateos, le seul veritable outsider du rock argentin. Je suis surtout impressionne par le public : des jeunes gens de vingt ans venus de province, tous gomines et vetus de costumes sombres, portant de fines cravates et des chaussures montantes. Je constate que c’est le meme public qui frequente les anciens cinemas de l’avenue Rivadavia dans lesquels se produisent les predicateurs, des salles aujourd’hui recyclees en self-services chretiens decores de crucifix au neon, de rideaux rouge sang et de moquettes synthetiques qui transforment les fideles en fanfare ambulante.