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L’amour vache

Auteur : Rachel Corenblit

Date de saisie : 03/01/2008

Genre : Jeunesse a partir de 13 ans

Editeur : Ed. du Rouergue, Rodez, France

Collection : DoAdo

Prix : 7.50 / 49.20 F

ISBN : 978-2-84156-902-1

GENCOD : 9782841569021

Sorti le : 11/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 04/01/2008

L’amour vache, c’est de l’amour qui ne veut pas dire son nom. On dit meuh a sa belle-mere, on rale apres les copains. On embrasse n’importe quel garcon, histoire de ne plus etre la seule sans amoureux. Parce que l’amour, ca aide a vivre.
Dans ces huit histoires, Rachel Corenblit nous fait rire et pleurer. Ses personnages prennent le monde d’en haut, ils font de la provoc et de l’humour. Ils nous emeuvent aussi, parce que la vie, parfois, c’est vache.

Nee au Quebec en 1969, Rachel Corenblit vit a Toulouse. Elle est l’auteur de Shalom Salam maintenant, publie en 2007 dans la collection doAdo Monde, aux Editions du Rouergue.

  • Les courts extraits de livres : 04/01/2008

L’amour vache

La seconde femme de mon pere est une peau de vache. Elle a des poils de vache, des seins de vache, des yeux de vache et quand elle parle, ca fait des meuh et des meuh qui partout resonnent. Il faudrait qu’elle se taise. Il faudrait qu’elle ferme sa bouche de vache pour ne pas gacher tous les jours que je passe dans l’appartement de mon pere. Une semaine sur deux. En alternance. Mais non, elle l’ouvre, elle rabache, elle mastique et sa machoire s’agite, on pourrait voir des brins d’herbe en sortir et le lait, le matin, doit gicler quand mon pere les lui touche. Ses pis. De vache.
Moi, je ne la regarde pas. Je jure sur la tete de ma mere et de mon pere, aussi, que je ne connais meme pas la couleur de ses yeux. De toute facon, les vaches, ca n’a pas d’originalite. Ca a les yeux marron, comme les cochons.
Une vache aux yeux bleus. Quelle blague.
La seconde femme de mon pere mange des tartines au petit dejeuner. Beurrees et confiturees. Des tonnes de fraises ecrasees sur le pain qui viennent se debattre dans son gosier. Elle pose une main sur sa tasse de cafe au lait, tend l’autre vers la tranche et d’un coup, ca disparait. Elle fait ca rapidement. Je regarde bien. Je surveille sa gorge.
Si jamais elle s’etouffait.
Tant de mie, tant de sucre, tant de graisse a l’heure ou l’estomac dort encore, ca peut creer un choc. Je la verrai s’etendre sur le sol carrele de la cuisine, secouee, pleine de spasmes. Une mort qui aurait le gout de fraise. Bien lente. Bien douloureuse. Et je lui dirai, au moment ou elle basculera dans le noir : vipere, ordure. Grosse vache.

La seconde femme de mon pere me reveille toujours en chantant. Une chanson douce. Le truc le plus ringard, le plus deprimant de la galaxie. J’ai envie de vomir a chaque fois. Le loup, le bois, mon pouce dans ta tronche de grosse bete a corne. Tous ces mots qu’elle balance et elle ne voit pas a quel point c’est faux. Archi faux. Elle chante comme une casserole. Une poubelle. Une vache qui aurait des envies de baloche. Qui voudrait entrainer la terre entiere dans ses bras mais qui n’est bonne qu’a voir les trains sous son mufle passer, manger des tartines et me sortir de mon lit alors que je voudrais m’y noyer. Dans mon lit.
Qui n’est pas mon lit.
Mon vrai lit, il est chez ma mere. Celui que j’ai depuis l’age de trois ans, en bois, avec les cotes qui s’agrandissent. C’est pour ca qu’ils l’avaient achete, a l’epoque. Parce que c’etait un lit adaptable, modulable.