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L’art fauve

Auteur : Claude Jeancolas

Date de saisie : 12/03/2008

Genre : Art – Peinture

Editeur : FVW, Paris, France

Prix : 89.00 / 583.80 F

ISBN : 2-914304-14-5

GENCOD : 9782914304146

Sorti le : 07/09/2006

  • Les livres d’exception : Frank Van Wilder – 17/09/2008

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Frank Van Wilder – 11/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

De 1904 a 1908, quelques peintres ebranlerent l’establishment artistique tant par leurs declarations que par leur peinture. Ni groupe organise, ni mouvement, ils s’etaient rencontres au hasard des ecoles et des ateliers. Ils avaient vingt ans et se cherchaient un destin. Pendant quatre ans, ils se stimulerent, se defierent, s’eblouirent mutuellement de leurs insolences envers l’art etabli, impressionnisme ou art des Nabis inclus. On les appela les Fauves.
Ce livre leur donne la parole, entre dans leurs vies pour raconter la part humaine de leur aventure. Le fauvisme n’est pas une invention, une attitude, mais une facon d’etre, d’agir, de penser, de respirer. Maurice de Vlaminck. La peinture fauve, ce n’est pas tout, mais c’est le fondement de tout. Henri Matisse. Si tu veux etre un homme, ne pas mourir avant d’avoir vecu, ecarte-toi des idees toutes faites, de la nourriture toute machee et des recompenses. Maurice de Vlaminck. Il faut creer le monde des choses qu’on ne voit pas. Raoul Dufy. La couleur contribue a exprimer la lumiere, non pas le phenomene physique, mais la seule lumiere qui existe en fait, celle du cerveau de l’artiste. Henri Matisse. Le fauvisme a ete pour nous l’epreuve du feu… Le grand merite de cette epreuve fut d’affranchir le tableau de tout contact imitatif et conventionnel. Andre Derain. J’abimais tout par principe et travaillais comme je sentais, rien que par la couleur. Henri Matisse. Ecrire n’est pas decrire. Peindre n’est pas depeindre. La vraisemblance n’est que trompe-l’oeil. Georges Braque. Je voudrais etudier des dessins de gosses. La verite y est sans doute. Andre Derain…
C’est un livre de chair et d’ame que les tableaux, souvent inedits, exaltent.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Une facon d’etre, d’agir, de penser, de respirer

Le fauvisme n’existe pas. C’est une invention de critique et d’historien. Pas de groupe organise, pas de maitre, pas d’eleves, pas de loi ni de theories, pas de manifeste, pas de vision commune ni meme de style. Il n’y a que des Fauves, c’est-a-dire des peintres aux caracteres affirmes, individualistes, jeunes et vigoureux et qui, aux annees decisives, a vingt ans, se cherchent un destin.
L’artiste encombre de toutes les techniques du passe et du present se demanda : Qu’est-ce que je veux ? Telle fut l’anxiete dominante du Fauvisme […] L’homme qui a medite sur lui-meme un certain laps de temps revient a la vie avec le sens de la position qu’il peut occuper. Il lui est alors loisir d’agir efficacement, dira Matisse. Dans l’incertitude et l’exaltation, chacun se lanca dans la quete de soi et de sa place au monde. La premiere etude de l’homme qui veut etre poete est sa propre connaissance, entiere; il cherche son ame, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Des qu’il la sait, il doit la cultiver; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un developpement naturel ; tant d’egoistes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progres intellectuel ! – Mais il s’agit de se faire l’ame monstrueuse…, proclamation de Rimbaud, programme des Fauves. Plusieurs annees de tatonnements et de souffrances pour se liberer des influences, des carcans de la tradition et puis quatre annees, de 1904 a 1908, d’experiences, d’enfievrements et de desesperations, de bousculements de toute habitude, d’exces rudes, de maltraitance du beau classique pour acceder au vrai, de recherches aigues de la vie secrete et apre sous l’apparence et la banalite : un grand laboratoire, cris, larmes, revoltes et enchantements dans la lutte.
A ces Fauves s’applique aussi la loi de la nature, quelques uns dominent les autres, et de tres haut, mais ces autres ne sont pas inutiles, ils contribuent aux affections esthetiques qui soudent entre eux ces artistes et leur art, si diverses soient les tentatives. Il se sont rencontres au hasard des ecoles et des ateliers, ils se defient, se stimulent, s’eblouissent mutuellement de leurs insolences envers les arts etablis, fussent-ils modernes. Souvent, et c’est une de leurs specificites, ils travaillent cote a cote, pour plus d’emulation, posent leurs chevalets devant le meme paysage, dans le meme atelier. Derain avec Matisse, Braque avec Friesz, Matisse avec Marquet, Derain avec Braque, Vlaminck avec Derain, Marquet avec Manguin… et puis chacun reprend sa route propre, cultivant ses reves uniques d’une autre peinture. Les regles n’ont pas d’existence, en dehors des individus. C’est leur seule loi commune. Rien ne sert de reprendre a son compte les regles d’un autre, fut-il grand peintre dans l’histoire, chacun est seul avec lui-meme. La vraie creation, la vraie liberte de creer, sont au prix de cette solitude, vision moderne de l’artiste, courage d’avancer dans l’incertain, l’inconnu sans plus d’attaches. Picasso, dont on sait l’amitie ambigue, car impregnee de rivalite, avec Matisse, ne pensait pas autrement : Au fond tout ne tient qu’a soi.
C’est un soleil dans le ventre aux mille rayons. Le reste n’est rien. C’est uniquement pour cela, par exemple, que Matisse est Matisse. C’est qu’il porte un soleil dans le ventre.

Peut-on vivre longtemps sur ce territoire instable, effleurant le sacre et lui volant ses images jamais vues ? L’hallucination volontaire, forcee, dura quatre ans, puis chacun a sa facon rechercha plus de serenite et de certitude, c’est-a-dire de classicisme, un art moins dangereux, plus cerebral. Les annees de tourments et d’eblouissement restent parmi les plus emouvantes de l’histoire de l’art moderne, flamboyantes comme une adolescence qui nourrit toute une vie, qui alimentera tout le XXe siecle. Ces peintres ont elargi au paroxysme le champ des possibles. En fait, ecrira Pierre Francastel, le Fauvisme a ete l’une des premieres manifestations romantiques de ce debut de siecle, aboutissant finalement aux philosophies de l’existence de l’inconscient et du subconscient.
Des lors qu’elle repose sur des quetes individuelles qui s’entremelent, se croisent, se quittent, se contredisent, se trouvent si rarement au meme moment dans la meme evolution, l’histoire est complexe, enchevetrements inextricables. La facilite consisterait a raconter separement chaque histoire individuelle. C’est perdre l’effervescence, le bouillonnement, la folie creatrice de ces annees-la… l’esprit Fauve. Au risque d’une certaine confusion, d’incessantes diversions, nous avons choisi le parti inverse ou tout se mele, se heurte et provoque la creation de chacun.
Le fauvisme, ecrit Vlaminck dans Portraits avant deces, n’est pas une invention, une attitude, mais une facon d’etre, d’agir, de penser, de respirer. Le Fauvisme reste une experience humaine, avec ses esperances, ses echecs, ses enthousiasmes et ses deceptions, soutenue par la terrible volonte d’enrichir le monde d’images neuves, vraiment creees.