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Le baiser de la nourrice

Auteur : Christi Chavassieux

La Ville – la Ville toujours sombre – est noyée de brouillard et livrée aux barbares et aux chiens. Ses habitants se terrent. Mais qui sont les barbares et qui sont les chiens ? Dans la Ville, dont le tyran est un enfant, une monstrueuse mystification est à l’oeuvre. Azert, petit fonctionnaire obnubilé par l’éclat de ses chaussures, est occupé à des tâches honorables. Son destin bascule après sa rencontre avec le Maître de la Ville et son ascension fulgurante le conduit à exécuter ses nouvelles tâches de tortionnaire avec la même application que ses précédentes fonctions.
Christian Chavassieux revisite dans Le Baiser de la Nourrice le thème de la naissance du bourreau, à mi- chemin entre la théorie sadienne (“il avait pris le parti de jouir du mal fait aux autres”) et l’interrogation de Kafka : “pourquoi n’y aurait-il pas un bourreau qui sommeille en tout honorable fonctionnaire ?” Avec son écriture dense, parfois oppressante, parfois ponctuée d’humour noir, ce roman décline, dans une implacable logique de tragédie grecque, le rapport ô combien ambigu du plus commun des mortels à la mort et au pouvoir.
Jean-Patrick Péju Chavassieux ne se livre pas (et ne livre pas son héros, le fonctionnaire Azert) d’emblée, il a le don d’avancer à petits pas sur ses mocassins bien briqués, il nous appâte et nous intrigue avec des inserts du genre : Pourquoi la famille Destras a-t-elle commandé 1207 souris d’élevage ? – qui n’a rien à voir avec ce qui précède ou succède, mais sera suivi par cette autre commande sibylline : . et douze balles pour l’exécution de Johan, à la famille Groux – qui fait un peu plus pour nous éclairer sur ses intentions, et la manière d’y parvenir. Chavassieux est un méchant, parent du W.C. Fields déclarant que qui n’aime pas les enfants ni les chiens (nous y revoilà) ne peut être tout à fait mauvais. Sauf que son Azert est tout à fait mauvais, d’autant plus mauvais que dans sa description d’un processus de fascisation de la société (ici la Ville avec un grand V), l’auteur nous fait comprendre qu’Azert, ce peut être nous, toi, moi, tout le monde.
(Extrait de la préface de Jean-Pierre Andrevon)