Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Le bureau de poste de la rue Dupin : et autres entretiens

Couverture du livre Le bureau de poste de la rue Dupin : et autres entretiens

Auteur : Marguerite Duras | Francois Mitterrand

Preface : Mazarine Pingeot

Date de saisie : 21/08/2006

Genre : Politique

Editeur : Gallimard, Paris, France

Prix : 13.00 / 85.27 F

ISBN : 978-2-07-077676-4

GENCOD : 9782070776764

  • Les presentations des editeurs : 14/05/2006

M.D. – Il y a quelque chose que vous avez du oublier. Et dont moi qui oublie tout je me souviens de facon lumineuse : C’est la premiere fois qu’on s’est vus, ici, dans cet appartement. C’etait tard dans la soiree, vous etiez deux. Vous vous etes assis devant la cheminee du salon, de part et d’autre d’un poele, de ceux qui etaient faits avec des vieux barils a huile et dans lesquels on brulait du papier journal compresse en boulets. Je ne sais plus si je vous ai donne quelque chose a manger. Il y avait Mascolo. Vous avez parle ensemble tous les trois, mais tres peu. Et tout a coup vous avez fume, et la piece a ete envahie par l’odeur de la cigarette anglaise. Il y avait trois ans que je n’avais pas senti cette odeur. Les cinq entretiens entre Marguerite Duras et Francois Mitterrand publies ici ont ete realises de juillet 1985 a avril 1986. Parus a l’epoque dans l’Autre Journal, les voici aujourd’hui reunis, enrichis de notes et de temoignages qui en eclairent le contexte.

  • La revue de presse Aeschimann – Liberation du 23 fevrier 2006

Cela aurait pu s’appeler Marguerite et les presidents. Debut 1986, Ronald Reagan, qui a impose au monde son America is back, compte en France une admiratrice inattendue : Marguerite Duras. Cette annee-la, l’ecrivain est a son zenith. L’Amant s’est vendu a plus d’un million d’exemplaires, suivi de la Douleur, qui raconte le retour de camp de son mari, Robert Antelme. Comble de la gloire, la voici a cinq reprises face a Francois Mitterrand, envoyee par l’Autre Journal pour une serie d’entretiens. Une histoire hors du commun les lie : Mitterrand, Antelme et Duras appartenaient au meme reseau de resistance, Mitterrand avait failli se faire arreter en meme temps qu’Antelme rue Dupin et surtout c’est lui qui, par une formidable coincidence, avait retrouve Antelme a Dachau apres la defaite du Reich. Ce fut naturellement le premier sujet aborde lors de ces entretiens et c’est lui qui est mis en exergue en titre pour leur republication : le Bureau de poste de la rue Dupin.

Au fil de la conversation, un autre sujet se fait jour ; d’abord dans la confusion, puis de facon de plus en plus obstinee. Marguerite Duras veut parler politique : la politique francaise, la politique internationale. En particulier, elle veut parler de Reagan, dire sa fascination et affirmer son soutien aux bombardements americains en Libye. Mitterrand fait la moue, Duras revient a la charge une fois, deux fois et, finalement, le sujet occupe la totalite du dernier entretien. Moi, j’aime l’Amerique, je suis reaganienne. Mitterrand : Je crois m’en etre apercu. Duras : (Reagan) incarne une sorte de pouvoir primaire, presque archaique. C’est apres cette ultime discussion que Mitterrand, excede, decida d’arreter les frais, tandis que Michel Butel, fondateur de l’Autre Journal et maitre d’oeuvre des entretiens, s’en prit dans les colonnes de son hebdomadaire au proamericanisme compulsif de l’intervieweuse de luxe. Pour ou contre l’Amerique, pour ou contre les bombardements : vingt ans plus tard, ce point de cassure resonne avec une familiarite presque effrayante.

A l’idee de relire les cinq entretiens qui eurent lieu entre juillet 1985 et avril 1986, le premier mouvement est d’abord de faire la moue comme Mitterrand. Ressortir ces textes vieillis au moment ou l’on celebre les dix ans de leur disparation (Mitterrand, en janvier 1996 et Duras, en mars de la meme annee), on voit le coup editorial, en ces temps de frenesie memorielle. Un contrat signe chez Gallimard en 1987 prevoyait de les completer et d’en faire un livre ; la maison de la rue Sebastien-Bottin s’en est souvenu opportunement et tant pis si le livre donne a voir deux personnages cultivant leur propre mythe, confits d’autodevotion…

  • La revue de presse Pierre Marcabru – Le Figaro du 2 fevrier 2006

Si vous croyez aux charmes de l’innocence, lisez Le Bureau de poste de la rue Dupin. Ces sont des entretiens ou deux adultes, vetus de probite candide et de lin blanc, parlent comme des enfants de jadis. Ils s’appellent Marguerite Duras et Francois Mitterrand. Il est president de la Republique, elle est un ecrivain celebre. Ils sont tous deux mal aimes par de mechantes gens qui manquent de coeur. Eux, en ont a revendre. Nous sommes en 1986, ils conversent a batons rompus tels de vieux amis. Ils le sont, en effet. Marguerite pose des questions naives, Francois repond avec serieux, et, parfois, un brin amuse, rectifie. Quelqu’un est la qui prend des notes, a moins qu’il n’y ait un magnetophone. En tout cas, ils savent que ce qu’ils disent sera un jour mis noir sur blanc, et publie. Il s’agit donc de s’adresser, mine de rien, a la posterite. Et la posterite en reste bouche bee. Elle attendait Benjamin Constant discutant avec Madame de Stael, elle a Bouvard et Pecuchet revenus, tout expres, de Normandie. La surprise n’est pas sans charme. Bouvard et Pecuchet sont petris de bonne volonte. Et, depuis que Kant l’a dit, nous savons que le meilleur de l’homme est dans sa bonne volonte. Francois et Marguerite sont donc eminemment sympathiques, comme tous ceux qui pensent que l’homme s’ameliore de jour en jour et que tout, a la longue, finit par s’arranger. Ce qui est une philosophie rassurante et optimiste dont chacun peut faire son miel.

Mitterrand la pratique avec maestria, Duras est plus sceptique…

  • La revue de presse Raphaelle Bacque – Le Monde du 11 janvier 2006

Le president dit : “Marguerite, vous embrassez toujours l’Univers !”, et l’on croit le voir sourire. Marguerite Duras interroge “Vous croyez qu’un jour un calme profond regnera ?”, et c’est aussitot sa petite silhouette poetique, en col roule et bottes de pluie, qui apparait. C’est un dialogue etonnant qui s’engage alors entre lui, Francois Mitterrand devenu chef de l’Etat, et elle, Marguerite Duras, ecrivain. Ils se sont rencontres quarante ans auparavant, pendant la guerre, en 1944. Il etait venu chez elle rencontrer son mari, Robert Antelme. Elle sent encore le parfum de sa cigarette anglaise, ce parfum qui venait de Londres et lui revela soudain que celui qui la fumait venait les embarquer dans la Resistance.

Ce passe-la, dangereux, excitant, tragique, est le premier sujet qui les a reunis. C’est donc celui qui forme la matiere du premier des entretiens que le president et l’ecrivain eurent ensemble, de juillet 1985 a avril 1986, chez elle d’abord, puis “chez lui”, a l’Elysee, a l’initiative du journaliste Michel Butel, qui les publia dans son magazine L’Autre Journal. Gallimard publie a nouveau ces dialogues, completes par des notes, des temoignages et par un court texte de l’ancien compagnon de Mme Duras, Yann Andrea, relatant la derniere rencontre entre le president et l’ecrivain, morts a deux mois d’intervalle en 1996.

Entre le president de la Republique et l’ecrivain, cela donne de droles d’echanges de vues sur la politique, le pouvoir, la mort, l’aventure…

Mais c’est bien le premier des entretiens, celui qui porte sur la Resistance, sur les denonciations, sur le courage, qui reste le plus frappant. Tout l’art du recit de Marguerite Duras y renait soudain…