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Le cadeau de Lea

Auteur : Isabelle Bary

Date de saisie : 09/05/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : L. Wilquin, Avin, Belgique

Collection : Smeraldine

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-88253-358-6

GENCOD : 9782882533586

Sorti le : 26/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 10/05/2008

Que peuvent bien se raconter ces quatre amies confinees dans un 4×4 ? Quatre femmes a l’aube de la quarantaine qui ont tout et pensent qu’elles vont bien. On les devine qui s’agitent puis se taisent, rient et pleurent. Confidences… Que font-elles la, d’ailleurs ?
Un jour, dans un endroit insolite, elles ont fait la connaissance d’un homme mysterieux. Un homme qui leur a fait prendre conscience qu’a force de vouloir etre parfaites, elles ont oublie comment etre femme. Femme, et rien que ca ! Leur existence confortable s’est alors muee en chaos. Ces heroines pas heroiques ont quitte leurs certitudes rassurantes pour devenir ce qu’elles sont vraiment, devoilant leurs secrets et leurs doutes, allant et venant entre leurs hommes et leurs enfants qu’elles ont entraines avec elles dans cette quete de liberte.
Au fait, ne serait-ce pas dans ce mot, precisement, que se cache l’unique et veritable valeur du cadeau de Lea ?

Isabelle Bary, nee en 1968, est ingenieur commercial de formation. Apres Globe Story (2005), un recit inspire par son tour du monde sac au dos, elle livre ici un premier roman tres seduisant.

  • Les courts extraits de livres : 10/05/2008

Mon coeur est confortable, bien au chaud
Et je laisse passer le vent
Mes envies s’eteignent, je leur tourne le dos,
Et je m’endors doucement,
Sans chaos, ni sentiments…

France Gall

PREMIERE FOIS

L’hiver, un matin, le brouillard. Dehors, l’air est piquant, humide. Lea serre le frein a main et eteint le moteur de son 4×4. Lea. C’est joli, Lea ! En realite, elle s’appelle Helena, mais tout le monde l’appelle Lea. Elle s’est garee devant le 282, comme convenu. Personne.
La buee fait des dessins bizarres sur le pare-brise, l’eau ruisselle, monotone, presque mortelle et l’essuie-glace ne balaie plus. Lea se demande ou vont les gouttes, apres.
Lea attend. Elle deteste ca, perdre son temps, son precieux temps. Alors, elle baisse le pare-soleil et se contemple dans le petit miroir. Il deforme un peu. Elle fait la grimace. Avec la pluie, personne ne peut la voir. Elle a le teint brouille et le sourire de Calimero, des cernes un peu bleutes qui trahissent ses nuits avortees de jeune maman.
Elle est belle pourtant, Lea. Aucune indulgence. Au petit miroir du pare-soleil, elle envoie un regard violent, plein d’eclairs. Elle referme le miroir. De toute facon, c’est toujours lui qui gagne. Personne. Flute ! Elle aurait encore pu passer chez le pharmacien pour le lait de Matheo et jeter le courrier a la poste. Elle plonge ses grands yeux verts dans le retroviseur, se sourit : pas si mal tout compte fait pour ses trente-six ans !
Lea. Impossible de mesurer toute la sensualite de ce prenom. Trois lettres… comme un frisson sur la peau. Et elle, Lea, qui ne sent rien… elle voit, se voit, elle pense, elle s’inquiete, elle organise. Petit coup d’oeil a sa Rolex. 13hl5. Pourquoi donc est-elle arrivee si tot ? Thomas doit etre dans la cour de recreation maintenant. Est-ce qu’elle lui a donne ses vitamines ce matin ? Et Matheo, premiere semaine a la creche… il devrait dormir a cette heure-ci. Pourvu qu’il dorme.
Le portable de Lea retentit : Show mustgo on, de Queen. Elle a bien envie de le laisser sonner. Et si c’etait l’ecole, ou Victor, ou un editeur ?
Plongee au fond du sac a main : mouchoir, rouge a levres, pochette a bazar, papiers divers, biscuit light… portable… juste a temps… c’est Victor. Il a oublie de lui dire ce matin, la toilette fuit… si elle voulait bien appeler le plombier… oui, moi aussi je t’aime.
Hier soir, ils ont fait l’amour. Victor avait l’air fatigue. Elle s’etait sentie maladroite. Elle savait pourtant, ce n’etait qu’une question d’hormones et de neurones. Quand les premieres s’emballaient, les seconds ne pouvaient s’empecher de quitter son cerveau pour s’echouer dans son petit ventre. C’etait toujours pareil apres les grossesses, l’esprit etait comme dilue, vide par l’uterus qui, creuse a son tour, criait famine. La tete allegee planait sur un corps mal dans sa peau. Elle etait distraite, gauche, et au lit, un peu absente.
Elle se disait que ca devait ressembler a ce que ressentent les hommes avant l’amour : tout ce sang qui subitement fuyait le cerveau pour s’engouffrer dans leur sexe tout bande de desir et les rendait quelques instants fragiles, si divinement idiots !
Lea se sourit a nouveau. Elle y pense encore : Victor l’avait d’abord embrassee dans le cou, puis plissant ses yeux malicieux, il avait dit : Je deviens con !. C’etait sa devise de l’amour, sa version virile du romantique J’ai follement envie de toi.
Coup d’oeil furtif a la Rolex. 13h25. Mais qu’est-ce qu’elles fichent ?