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Le coeur glace

Auteur : Almudena Grandes

Traducteur : Marianne Millon

Date de saisie : 02/08/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Lattes, Paris, France

Prix : 25.00 / 163.99 F

ISBN : 978-2-7096-2962-1

GENCOD : 9782709629621

Sorti le : 27/08/2008

  • Les presentations des editeurs : 20/09/2008

Almudena Grandes est l’un des plus grands ecrivains de notre temps. Son dernier roman. Le Coeur glace, ambitieux, profond et passionnant, en est une nouvelle preuve.

Mario Vargas Llosa

Il est beaucoup d’histoires que nos peres et nos grands-peres n’ont jamais racontees. Les unes parce qu’elles etaient s et si heroiques que nous ne voulions pas en connaitre la fin. Les autres, parce qu’elles etaient si atroces que nous ne pouvions pas les pardonner. De ces histoires qui ont toujours l’air de mensonges, mais qui ne disent que la verite.

Grande fresque de l’Espagne du XXe siecle, marquee par les blessures de la guerre civile. Le Coeur glace a connu un succes retentissant et a recu plusieurs prix dont celui de la prestigieuse Fondation Lara. Egalement designe par les libraires comme la meilleure lecture de l’annee 2007, Le Coeur glace est un roman tragique et lyrique qui raconte l’ame passionnee de ce pays.
Almudena Grandes vit a Madrid. Avec Le Coeur glace, elle signe son roman le plus ambitieux, qui lui a demande plus de quatre ans de recherches et de travail.

  • Les courts extraits de livres : 20/09/2008

Les femmes ne portaient pas de bas. Leurs genoux larges, bombes, charnus, soulignes par l’elastique des chaussettes, depassaient parfois de leurs robes, qui n’etaient pas des robes, mais des sortes de housses en toile legere, sans forme et sans revers, auxquelles je n’aurais su donner un nom. Ce fut ce qui attira mon attention sur elles, plantees comme des arbres etiques dans l’herbe negligee du cimetiere, sans bas, sans bottes, sans rien d’autre pour se couvrir qu’une veste en gros tricot qu’elles serraient contre leur poitrine avec leurs bras croises.
Les hommes ne portaient pas de manteau non plus, mais ils avaient boutonne leurs vestes, en laine epaisse elles aussi, plus sombres, pour dissimuler leurs mains dans leurs poches de pantalon. Ils presentaient entre eux la meme ressemblance que les femmes. Ils avaient tous une chemise boutonnee jusqu’au cou, la peau reche, rasee de frais, et les cheveux tres courts. Certains avaient coiffe un beret, d’autres non, mais leur posture etait la meme, les jambes ecartees, la tete tres raide, les pieds bien campes sur le sol, des arbres comme elles, courts et massifs, capables de supporter des calamites, tres vieux et tres robustes a la fois.
Mon pere meprisait lui aussi le froid, et les frileux. Je m’en souvins alors, pendant que le vent glace de la sierra – un peu d’air, aurait-il dit – me cinglait le visage de son couteau horizontal, acere. Debut mars, le soleil sait tromper, feindre qu’il est plus mur, plus chaud lors des dernieres matinees d’hiver, quand le ciel ressemble a une photo de lui-meme, un bleu aussi intense que si un petit enfant l’avait retouche avec un crayon, le ciel ideal, pur, profond, transparent, sur fond de montagnes aux sommets encore pares de neige, quelques nuages pales qui s’effilochent tres lentement, pour affirmer par leur indolence la perfection d’un mirage de printemps. Quelle belle journee, aurait dit mon pere, mais moi, j’avais froid, le vent glace me cinglait le visage et l’humidite du sol transpercait la semelle de mes bottes, la laine de mes chaussettes, la fragile barriere de la peau, pour congeler les os de mes doigts, la plante de mes pieds, mes chevilles. J’aurais voulu vous y voir, en Russie, en Pologne, nous disait-il quand nous etions petits et que nous nous plaignions du froid qui regnait dans son village par des matinees comme celle-ci, ces dimanches d’hiver ou le plus beau ciel du monde choisit de se lever sur Madrid. J’aurais voulu vous y voir, en Russie, en Pologne, je le revis alors dans ces hommes secs, meprisant le froid, auxquels il aurait pu ressembler, j’aurais voulu vous y voir, en Russie, en Pologne… Et la voix de ma mere, Julio, s’il te plait, ne dis pas des choses comme ca aux enfants…
Ca va, Alvaro ?
J’entendis d’abord la voix de ma femme, puis je sentis la pression de ses doigts, le contact d’une main qui cherchait la mienne dans la poche de mon manteau. Mai me regardait, les yeux grands ouverts avec un sourire indecis, l’expression d’une personne intelligente qui sait qu’elle ne trouvera jamais la facon de consoler quiconque face a l’action devastatrice de la mort. Elle avait le bout du nez rougi, et ses cheveux chatains, d’habitude lisses, et sages, lui battaient le visage comme si le vent les avait rendus fous.
Oui, lui assurai-je immediatement, ca va.