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Le coffret d’or

Couverture du livre Le coffret d'or

Auteur : Rainer Maria Rilke

Traducteur : Pierre Behar

Date de saisie : 19/05/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Desjonqueres, Paris, France

Collection : Litterature de langue allemande

Prix : 9.50 / 62.32 F

ISBN : 978-2-84321-095-2

GENCOD : 9782843210952

  • Les courtes lectures : Lu par Charlotte Thomas – 01/06/2007

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Charlotte Thomas – 31/05/2007

  • Les presentations des editeurs : 01/06/2007

Tout Rilke est deja dans ses premiers recits. On y rencontre ses themes de predilection : l’Art, cet absolu qu’on ne peut atteindre mais qui exige un sacrifice total ; la Nature, cette splendeur dont le rayonnement environne les hommes ; les relations harmonieuses entre les etres, toujours esperees, jamais realisees ; l’inexorable atrocite du monde moderne, qui mene les individus jusqu’au crime. Par-dela tous ses themes, on decouvre aussi tout son art, qui joue avec une souveraine aisance de toute la gamme des styles, du realisme le plus cru au symbolisme le plus ethere, unis en une synthese dont il a le secret.
En cette veille du XXe siecle, l’oeuvre du jeune poete qui se revele n’offre pas seulement les divers chemins que va emprunter l’art des temps nouveaux ; elle reflete, comme un prisme, les preoccupations qui vont les hanter.

Rainer Maria RILKE (Prague 1875 – Montreux 1926), ecrivain autrichien celebre pour ses poemes, tels Le Livre d’heures, les Elegies de Duino ou les Sonnets a Orphee, ainsi que pour ses oeuvres en prose, comme les Cahiers de Malte Laurids Brigge.
Avec Serpents d’argent que nous avons deja edite (2006), la presente publication met a la disposition du public francophone l’integralite de l’oeuvre du jeune Rilke.

  • Les courts extraits de livres : 01/06/2007

QUEL EST CE TUMULTE PARMI LES PAIENS ?

(Psaumes, II)

En ce soir de mars, la nuit etendait de bonne heure son ombre sur les rues du faubourg. Dans le demi-jour gris et froid, les facades sales des grands immeubles paraissaient plus repoussantes encore, et, de loin en loin, un terne reverbere eclairait deja la fange du trottoir. Des boutiques voutees au seuil desquelles les commercants avaient etale ou accroche leurs denrees, s’exhalait une odeur humide et etouffante, variant au gre des marchandises exposees ou bien se melant a d’autres relents. Aux portes des maisons des enfants jouaient, a demi nus dans la crasse de leurs guenilles, tirant, attaches a des ficelles, des bouts de bois informes censes figurer de petits chevaux, tandis que d’autres, un peu plus grands, chassaient d’un petit fouet des toupies coniques jusqu’au milieu de la rue en vociferant des cris affreux. Parmi ce tumulte, charges de barres de fer, roulaient de lourds fardiers tires par un double attelage de chevaux miserables, et se trainaient des fiacres entre lesquels, ca et la, se faufilait l’ostentatoire cabriolet d’un nouveau riche rentrant de son usine vers le centre ou l’attendait sa confortable demeure. Le cliquetis et le grondement des vehicules, les cris des charretiers etaient domines par les coups sourds du clocher de l’eglise Notre-Dame. De toute part, retentit tout a coup le hurlement strident des sirenes des usines annoncant l’heure de la debauche. De partout un flot jaillit des noirs portails par ou se deversaient, venant des ateliers du fond, les longues galeries couvertes de suie. Il se repandait, ce pauvre peuple desherite qui traine sa sinistre existence entre misere et vulgarite. Des hommes, des femmes, des garcons et des filles dont les yeux vides et les levres tumefiees expriment la brutale hebetude, la detresse inconsciente et soumise. Seuls quelques rictus d’hommes trahissent un sarcasme de defi, a demi eteint, desespere. Les gars au noir visage se melaient aux drolesses dont la longue file occupait tout le trottoir, les couvrant de bourrades et de grossiers quolibets. Les femmes plus agees allaient la plupart deux par deux, les hommes suivaient seuls ou en groupes. L’un d’eux, une feuille de journal froissee a la main, semblait expliquer, a grand renfort de gestes, le contenu d’un article a son entourage. Quelques-uns s’enfoncaient dans les rues laterales, la plupart s’engouffraient dans les estaminets.