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Le complot contre l’Amerique

Auteur : Philip Roth

Traducteur : Josee Kamoun

Date de saisie : 19/05/2006

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Du monde entier

Prix : 22.00 / 144.31 F

ISBN : 978-2-07-077467-8

GENCOD : 9782070774678

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  • La revue de presse Michele Gazier – Telerama du 24 mai 2006

C’est son personnage recurrent, comme lui nomme Philip Roth, heros et narrateur de l’inoubliable Operation Shylock, qu’il a convoque pour cette nouvelle aventure. En realite, une uchronie, car le romancier imagine qu’en 1940 ce n’est pas le democrate Franklin D. Roosevelt qui est elu a la presidence des Etats-Unis, mais le republicain Charles Lindbergh. Premier aviateur a avoir traverse l’Atlantique, figure emblematique du courage et de la jeunesse, Lindbergh est aussi ce pere malheureux dont l’enfant a ete kidnappe et assassine. Ce fait divers tragique a bouleverse l’Amerique. Lindbergh est pacifiste et proche du regime nazi. Son arrivee au pouvoir inquiete la communaute juive de Newark, dans laquelle vivent les Roth, pere, mere et deux fils, dont Philip, alors age de 7 ans.

… Le pere Roth regarde l’arrivee de Lindbergh au pouvoir avec une crainte infinie. On ne flirte pas impunement avec Hitler, pense-t-il ; et ce pacifisme declare – pas d’intervention au service des forces alliees – n’est rien d’autre qu’une forme d’alliance tacite avec le dictateur nazi…

Tout l’art de Philip Roth consiste a composer un roman autobiographique a partir d’une histoire imaginaire. Car c’est bien un Philip de 7 ans, l’age reel du romancier en 1940, qui est le temoin de ce moment tragique de l’Histoire. Et c’est son point de vue d’enfant sur la situation qu’il imagine. Pas de jugement politique, d’analyse des situations, de parti pris a l’egard des adultes et des idees, juste un regard implacable et naif. Ainsi plonge dans le quotidien d’une famille juive ordinaire, le lecteur a du mal a ne pas croire a la realite des faits rapportes. Les grands drames de l’Histoire, suggere Roth, eblouissant de malice et de justesse, font toujours leur lit dans la normalite.

  • La revue de presse Natalie Levisalles – Liberation du 25 mai 2006

Au moment ou son roman est sorti aux Etats-Unis, Philip Roth a publie le 19 septembre 2004, dans la New York Times Book Review, un article intitule L’histoire du Complot contre l’Amerique. Il y ecrivait notamment : Certains voudront lire ce livre comme un roman a cle sur l’Amerique actuelle. Ils auront tort. Ca n’a pas empeche beaucoup de monde de penser que c’etait effectivement un roman sur l’Amerique actuelle, a tort donc, mais ce qui est sur, c’est que le Complot contre l’Amerique est un roman sur la democratie americaine, c’est meme une declaration d’amour, etonnamment emouvante, pour la democratie americaine. Le Complot… est en meme temps un des plus autobiographiques des romans de Roth, c’est une autre des idees qu’il developpe dans cet article… Le Complot… est aussi un roman ou le pere, la mere, le frere du jeune Philip sont des heros positifs, ce qui n’est pas absolument la regle chez l’ecrivain. Mais, d’une maniere plus generale, la surprise de ce roman, c’est que le jeune narrateur pose sur le monde un regard qui nous fait rencontrer plus de personnages dignes d’amour, d’admiration ou de compassion, que dans aucun des romans precedents. L’histoire du Complot… est racontee a la fois par un petit garcon de huit ans et par l’adulte qu’il est devenu. Est-ce pour cette raison ou non, en tout cas, la voix narrative est tres differente de celle, drole, brillante, mais grincante, paranoiaque, egocentrique, amere, obsedee par le sexe et la mort, des autres romans de Roth. On a l’impression d’entendre ici quelque chose de nouveau qui a a voir avec une acceptation de la vulnerabilite humaine… Au-dela de ces portraits etonnants, le Complot… est aussi un vrai recit dont les episodes montrent l’Amerique a la fois comme elle a ete et comme elle aurait pu etre…

  • La revue de presse Daniel Rondeau – L’Express du 25 mai 2006

En 1940, l’aviateur Lindbergh devient president pronazi des Etats-Unis. Le provocateur Philip Roth seme la confusion avec un roman brillant, pretexte a une meditation sur l’Amerique.

Qui sont les vrais Americains ? Quels sont ceux qui donnent a l’Amerique son ame et son visage ? Les cow-boys, descendants des tueurs d’Indiens, les planteurs de tabac, les hommes d’affaires et les aventuriers trop habiles a chevaucher le cours des evenements ? Ceux qui sacrifient la verite et la justice au profit de la brutalite de leurs passions et de leurs interets ? Ce sont quelques-unes des questions, a dimension mythique, qui hantent Le Complot contre l’Amerique, de Philip Roth… Philip Roth est toujours un formidable architecte de fiction. Il construit son histoire comme une maison parfaite, ou l’on s’installe avec naturel avant de comprendre que les pieces sont inextricablement enchevetrees et qu’il n’y aura pas de sortie pour le lecteur avec le dernier mot de la derniere phrase. Le travail du romancier porte ses fruits a chaque page. Le maillage serre du recit, le melange constant des atmospheres (le deuil et la vie, l’Histoire, vraie et fausse, et les exigences du quotidien) font passer avec naturel les extravagances de la narration. Roth pousse assez loin l’art du detail (le secret partage des habits voles de Seldon, le verrou des toilettes ou Philip est enferme) et c’est un merveilleux dialoguiste (les coups de fil longue distance). La vie apparait, court et s’ebroue sous le manteau de la fiction… Le Complot contre l’Amerique est une meditation remarquable sur un pays et sur ses passions, sur les limites et les mensonges, les ambiguites et les hesitations d’une Amerique souvent prete a defigurer le visage d’une liberte que par ailleurs, ne l’oublions pas, elle incarne… Pourtant, quelque chose nous empeche d’applaudir des deux mains aux multiples prouesses de l’auteur. Dans cette oeuvre tumultueuse, riche en scenes brillantes et tristes, en rebondissements inattendus, le ressort romanesque (un fasciste a la Maison-Blanche), cense reveler la verite des faiblesses coupables de l’Amerique (les sympathies nazies de Ford et de Lindbergh), devient tres vite, dans son enormite, objet de confusion et d’embarras. C’est ce que cherchait le romancier ? Sans doute. Et il a reussi…

  • La revue de presse Marc Weitzmann – Le Point du 25 mai 2006

… Dans Le complot contre l’Amerique, l’evenement qui vient porter le trouble au coeur de la famille Roth, c’est en 1940 la victoire a la presidentielle de l’aviateur Lindbergh – notoirement antisemite -, dont Roth imagine qu’il vient remplacer Roosevelt a la Maison-Blanche. Sitot elu, Lindbergh signe un pacte de non-agression avec Adolf Hitler, condamnant l’Europe a se debrouiller seule, et les Juifs americains au desarroi, puis a l’ostracisme et a la division.

Roth raconte volontiers comment l’idee lui a ete suggeree, simplement par deux lignes lues dans les Memoires d’Arthur Schlesinger qui mentionnent en passant que le Parti republicain avait envisage la candidature de Lindbergh, et c’est l’un des mysteres de ce roman fascinant et foisonnant que de parvenir avec un tel point de depart, au XXIe siecle, et dans l’Amerique de l’apres-11 Septembre, a un resultat aussi convaincant, aussi realiste, et meme aussi vrai. Plus etrange encore, le fait que, dans le livre, une fois elu a la presidence et le pacte signe, Lindbergh ne fait pratiquement rien, sinon survoler l’Amerique du nord au sud dans son avion, tel un heros echappe d’un de ces livres pour enfants dont se repait dans le roman le petit Philip Roth age de 7 a 9 ans. Et pourtant ce rien, cette seule presence, cette ombre presidentielle hante tous les personnages du livre, a commencer par la famille Roth, qui passe de l’inquietude au chaos puis a l’implosion totale et frole la destruction pure. Comment est-ce possible, semble se demander Roth, et nous avec lui, comment des etres aussi confiants dans l’existence et aussi forts peuvent-ils etre si aisement defaits, si fragilises par le poison souterrain d’une peur perpetuelle ?

La suite de ce livre furieux – pogroms dans le Sud, emeutes a New York, ou le maire La Guardia, mi-juif, mi-americain, prend fait et cause contre Lindbergh, menaces de dereliction a Newark, ou, dans une formidable evocation, surgit la mafia juive – montre que l’on peut lire Le complot contre l’Amerique comme une sorte de fiction experimentale dont l’hypothese de base parie sur le cauchemar que serait, pour un Americain d’origine juive, une re-europeanisation de l’Amerique…

  • La revue de presse Bruno Corty – Le Figaro du 18 mai 2006

L’hypothetique victoire du pro-allemand Charles Lindbergh a l’election presidentielle americaine de 1940, vue par un enfant juif de 7 ans. L’ecrivain signe son meilleur roman.

Des les premieres lignes, le ton est donne. C’est la peur qui preside a ces memoires, une peur perpetuelle. Certes, il n’y a pas d’enfance sans terreurs, mais tout de meme : aurais-je ete aussi craintif si nous n’avions pas eu Lindbergh pour president, ou si je n’etais pas ne dans une famille juive ? Le narrateur, c’est donc Philip Roth, comme dans Operation Shylock, et la famille qu’il met en scene entre 1940 et 1942, la sienne : le pere Herman, 39 ans, integre agent d’assurances, la mere Bess, secretaire a domicile pleine de courage, et le frere Sandy, 12 ans, jeune prodige du dessin. Viennent s’y ajouter le cousin Alvin et la tante Evelyn. Tres vite apres l’election de Lindbergh, tout ce petit monde comprend deux choses. D’abord, que la guerre qui gronde sur la planete se fera sans les Etats-Unis, qui ont signe un pacte avec l’Allemagne et le Japon. Et puis, qu’une autre guerre, a l’interieur meme du pays, vient d’etre declaree aux minorites, Juifs en tete.

Ainsi le programme Des gens parmi d’autres entend briser l’harmonie des communautes juives, dont celle de Newark, en eparpillant des familles dans les endroits les plus recules et les plus aryens du pays.

Alors que le pere de Philip, tout a sa detestation de ce president vendu aux nazis, incite son neveu Alvin a se rendre au Canada pour s’engager au cote des Allies, le jeune Sandy passe de formidables vacances dans une ferme du Kentucky, d’ou il revient en parfait goy. Lorsque la tante Evelyn convole en justes noces avec le rabbin Bengelsdorf, proche de Lindbergh, les dents grincent. L’invitation a un diner en l’honneur de Ribbentrop met le feu aux poudres…

Apres le maccarthysme dans J’ai epouse un communiste, le Vietnam dans Pastorale americaine, le racisme et le politiquement correct dans La Tache, Roth inscrit l’antisemitisme au tableau des tares qui ont sali l’Amerique du XXe siecle. Bien qu’il la pretende optimiste, cette remarquable chronique de la peur ordinaire, de la lachete des puissants, de l’ignominie des foules, fait froid dans le dos, appliquee a l’Amerique d’aujourd’hui. Au final, Roth transforme un exercice de style en pur joyau autobiographique et n’est pas loin de donner son meilleur roman.

  • La revue de presse Josyane Savigneau – Le Monde du 19 mai 2006

Si, en 1940, les republicains avaient presente contre Roosevelt, au lieu de Willkie, favorable a l’entree en guerre des Etats-Unis, Lindbergh, isolationniste forcene et antisemite declare, la victoire de ce grand heros Americain aurait ete plus que probable. “Et si c’etait arrive ?”, s’est demande Philip Roth en decidant d’ecrire son vingt-sixieme livre, Le Complot contre l’Amerique, imaginant la victoire de Lindbergh et son action entre 1940 et 1942.

Mais pourquoi donc refaire l’Histoire, reinventer ce que l’Amerique a evite – elire un president faisant alliance avec Hitler ? A premiere vue, cela ne ressemble guere au romancier qu’est Roth. Et, pourtant, ce moment d’histoire-fiction ne rompt en rien avec sa logique et son habituelle coherence. Cela lui permet, sans etre lourdement demonstratif, de revenir sur une question qui a taraude beaucoup de juifs americains : “Pourquoi, et comment, avons-nous echappe au sort des juifs d’Europe ?” Et aussi, a travers les propos reellement tenus par Lindbergh sur “la race juive” – “un groupe qui ne constituait meme pas trois pour cent de la population” – et leur echo dans le pays, de rappeler que les Etats-Unis n’ont pas ete, comme le croient certains, epargnes par l’antisemitisme, par les comportements discriminatoires et injurieux.

Cependant, voir dans ce livre une mise en garde contre les Etats-Unis d’aujourd’hui, ce que beaucoup ont fait, va exactement a l’inverse de ce que veut suggerer Roth. En reconstruisant un moment de l’Histoire qui n’a pas eu lieu, c’est plutot a un eloge de la democratie americaine des annees 1930 et 1940 qu’il se livre.

Les reactions de la communaute juive de Newark – ou vivait la famille Roth – sont subtilement decrites, les portraits des opposants a Lindbergh, au premier rang desquels le journaliste Walter Winchell, sont tres convaincants. Et ceux des collabos – dont un rabbin – tout autant. Mais la plus grande reussite du roman, au moins pour ceux qui aiment Roth depuis toujours, c’est sa maniere, une fois de plus, de jouer avec lui-meme…