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Le crepuscule des superheros

Auteur : Deborah Eisenberg

Traducteur : Madeleine Nasalik

Date de saisie : 06/01/2009

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Ed. de l’Olivier, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 21.00 / 137.75 F

ISBN : 978-2-87929-561-9

GENCOD : 9782879295619

Sorti le : 15/01/2009

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  • Le courrier des auteurs : 23/01/2009

Il n’est pire eau que l’eau qui dort…
C’est d’abord en tant que lectrice que j’ai decouvert ces nouvelles de Deborah Eisenberg, avant d’endosser l’identite de traductrice et de me plonger dans leur matiere inepuisable. Dans ma tentative de classification, toute la panoplie des metaphores les plus poussiereuses a ete declinee : j’ai d’abord pense a un patchwork aux mille nuances, peut-etre disparates mais agencees avec une rigueur savante ; a des poupees russes, emboitables a l’infini, ou a un labyrinthe de miroirs se faisant echo en un reseau d’une complexite rare. Enfin, c’est l’idee de la dentelle, de la broderie, qui m’est apparue comme la plus juste, car chez Deborah Eisenberg l’approche minutieuse du verbe autorise les pensees, les sentiments, les emotions qui affleurent a tisser un lacis avec une precision d’aiguille toute chirurgicale, a s’effranger a l’infini, a infiltrer le lecteur et a le prendre, mine de rien, au piege de leur entrelacs. Loin des soubresauts et des convulsions narratives, Deborah Eisenberg propose une parole en apparence apaisee, murement reflechie, a l’esthetisme delicat, sans ferocite bon genre, dont les remous sont souterrains. Car la dentelle, la broderie peuvent caresser, comme elles peuvent enserrer. Et par-dela la grace du propos, l’aisance de la forme, chaque recit innerve par le desenchantement et la tendresse distille son propre venin, un venin a action lente, suscitant un malaise difficile a identifier. L’imaginaire du lecteur n’en sort pas indemne. Non, il n’est pire eau que l’eau qui dort…

M. Nasalik (Traductrice de l’ouvrage)

  • Les presentations des editeurs : 06/01/2009

Nathaniel sous-loue avec des amis un loft a Manhattan. Il ne sait pas encore que la terrasse du marchand d’art, M. Matsumoto, offre une vue imprenable sur l’attaque imminente des Twin Towers. Invitee en Italie par son amie Giovanna, Kate part en week-end avec le seduisant Harry et se prend a rever d’une idylle avec cet homme elegant et sur de lui. Mais c’est compter sans la presence de la jolie Mlle Reitz, une lolita qui exerce son pouvoir de seduction pour tromper l’ennui…

Deborah Eisenberg excelle dans ces portraits d’hommes et de femmes empetres dans les liens du mariage, du concubinage, et de la famille en general. Cousine litteraire d’Alice Munro et de Paula Fox, elle est a l’affut des tours que le Destin joue aux hommes, les punissant de leurs reves de grandeur, de leurs aspirations a la gloire, a la fortune, ou tout simplement au bonheur. Observatrice implacable de la vie quotidienne, elle sait que la fin du monde est au coin de la rue.

Nee a Chicago, Deborah Eisenberg est l’auteur de six recueils de nouvelles, dont Petits desordres sans importance et Transactions dans une monnaie etrangere (Le Promeneur, 1993 et 1994). Ses textes sont regulierement publies dans le New Yorker.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Madeleine Nasalik.

  • Les courts extraits de livres : 06/01/2009

Le crepuscule des superheros

NATHANIEL SE REMEMORE LE MIRACLE

Les petits-enfants s’approchent.
Nathaniel les distingue confusement dans l’obscurite. En temps utile, il leur parlera du miracle.
C’etait a l’aube d’un nouveau millenaire, racontera-t-il. A l’epoque je vivais dans le Midwest, mais mes copains de fac m’avaient persuade de les rejoindre a New York.
Je suis arrive avec quelques jours d’avance sur cet evenement hors du commun, partout en ville regnait une atmosphere d’impatience febrile. L’an 2000 ! Un millenaire tout neuf ! Certains pronostiquaient la fin du monde. D’autres nous imaginaient au seuil d’une ere nouvelle, d’un monde meilleur. La presse a sensation publiait les predictions sans queue ni tete de voyants celebres, et meme ceux qui raillaient l’arbitraire et la vacuite de cette date se rongeaient les sangs en secret. Bref, nous avons soudain pris conscience de notre condition, nous qui envisagions l’avenir les yeux bandes.
Avec le recul, tout ce cirque peut paraitre comique, voire ridicule. Et peut-etre pensez-vous qu’on avait fait monter la sauce dans l’unique but de faire la fete, a cause de l’ennui ou debuter dans quelques heures, puis quelques minutes, enfin quelques secondes -, le contrecoup gravissime de cette minuscule negligence se fit attendre. Khartoum, Budapest, Paris… Le nez colle a l’ecran, le coeur battant, on avait regarde minuit, d’abord tache imperceptible a l’est, se deployer peu a peu, obscurcir le ciel et gagner du terrain.
Mais le plus epoustouflant, racontera Nathaniel, c’est qu’aucune prediction ne s’est realisee ! On a retenu notre souffle… Et rien, absolument rien ! Un vrai miracle. A la surface du globe, d’est en ouest et inversement, aucune catastrophe n’est apparue a l’horizon, aucune.

Oh, a quoi bon. Franchement, le temps que lui, ou l’un ou l’autre de ses amis, se decide a pondre un petit-fils (meme un fils tout court, a la reflexion), les ordinateurs seront peut-etre tombes dans l’oubli. Tout comme les aliments lyophilises. Sans oublier les voyants celebres, les avions, New York, les Etats-Unis, jusqu’aux metropoles et Dieu sait quoi encore.