Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Le crocodile rouille

Auteur : Dominique Louise Pelegrin

Date de saisie : 16/08/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Belfond, Paris, France

Prix : 17.00 €

ISBN : 978-2-7144-4276-5

GENCOD : 9782714442765

Sorti le : 16/08/2007

  • Le journal sonore des livres : Dominique Louise Pelegrin – 14/09/2007

Telecharger le MP3

Dominique Louise Pelegrin – 14/09/2007

  • Le journal sonore des livres : Dominique Louise Pelegrin – 14/09/2007

Telecharger le MP3

Dominique Louise Pelegrin – 14/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 14/09/2007

Comme tous les parents, les leurs revent de les voir ranges bien proprement dans les tiroirs d’une commode, oui, comme des chemises repassees.
La famille comprend trois tiroirs. Dans le premier, les ” grands ” : Gabrielle, quinze ans passes, Emmanuel, treize, et Ariane, onze ans. Dans le tiroir suivant, les “moyens” : les jumeaux Paul et Andre, surnommes Melchior et Balthazar, qui ont neuf ans. Enfin, le troisieme tiroir, celui des ” petits “, rempli a ras bord d’individus remuants et incontrolables qui peuvent encore etaler leurs jouets partout et dire de grosses betises : Jeanne, sept ans, Ines, quatre ans, et Denis, le bebe, presque deux ans.
Les autres l’appellent Roger parce qu’ils le detestent.

Entre eux, les enfants se surnomment la ” Grande Couvee ” et forment une tribu attachante et desordonnee sur laquelle veille le Crocodile rouille, figure de l’autorite paternelle. Dans ce monde ou l’on s’invente de savoureux surnoms, on elabore des langues secretes, on s’insulte en langage esquimo et on reve d’explorer le monde, quitte a se sauver par la fenetre.
Mais on imagine aussi d’effroyables machines a ratatiner les bebes. Car la fratrie est une jungle ou l’on doit, pour exister, dejouer les pieges tendus par les aines. Difficile, dans ces conditions, d’attirer l’attention du Crocodile, surtout qu’il vient d’emmener toute la famille dans un pays etranger et qu’il annonce tranquillement la venue d’un neuvieme enfant. Avec cette histoire pleine de sensualite et d’humour, Dominique Louise Pelegrin reussit le pari fou de reveiller la part d’enfance enfouie en chacun de nous.
Un roman d’une grande fraicheur !

Dominique Louise Pelegrin a ete longtemps grand reporter a Telerama Elle a cree une association, La Compagnie des bambous, ou elle anime des ateliers d’ecriture. Elle a consacre deux ouvrages a son autre passion, le jardin : Strategies de la framboise (Autrement, 2003), et Jardin paradis (Larousse, 2005). Le Crocodile rouille est son premier roman.

  • Les courts extraits de livres : 22/09/2007

AU DEBUT, LEURS PARENTS SE SONT MONTRES INQUIETS, a cause de la langue qu’on parle dans ce pays. Ils n’en ont fait qu’une bouchee. Le vocabulaire leur a glisse dans la gorge comme un soda, la grammaire leur a rejoui le palais, du vrai nougat. C’est le genre de langue ou, quand on ne sait pas, on peut improviser a coup sur, ce qui est tres reposant. Quand ils se lancent – tous, Gabrielle, l’ainee, ou Ines, qui a quatre ans – avec cette impression exaltante de marcher sur un fil, arrive toujours un moment ou on les arrete au beau milieu d’une phrase. Attends, attends, leur dit-on. Ou as-tu appris a parler si bien ? Depuis combien de temps es-tu arrive dans notre pays ?
Ils haussent les epaules gentiment et reprennent ou ils en etaient, sans oublier d’ajouter quelques petites acrobaties grammaticales rien que pour le plaisir. L’etincelle d’admiration dans le regard de leur interlocuteur a deja disparu, mais ils ont eu le temps de la voir. Bien sur, ils ne peuvent pas expliquer qu’ils depensent une energie considerable, depuis des annees, a essayer des langages inventes qu’ils font circuler entre eux comme des ballons, c’est-a-dire, selon l’humeur, avec passion ou distraction.
Les mots, ont pense Gabrielle et Emmanuel quand la famille, encore balbutiante, se resumait a eux seuls, les mots, c’est comme les gateaux. Ceux qu’on fait a la maison sont bien meilleurs. Ils ont commence par la primitive langue en i, qui horripilait leurs parents, ou plutot qui hirripilit lirs pirits, puis ont trouve beaucoup mieux.
Il y a un peu plus de trois mois, leur pere a decide de les emmener dans une de ses missions a l’etranger. Il a parle d’experience enrichissante, d’occasion unique de voir le monde. Eux ont pense palmiers, plages, aventures incroyables et eternel ete, mais sur le trajet de l’aeroport, encore assommes par la duree du voyage, ils ont surtout vu les vitres sales et les voitures lancees a la poursuite de charrettes tirees par des hommes, et meme parfois par des femmes. C’est un pays tres pauvre, ont prevenu leurs parents avec une nuance d’avertissement dans la voix. Ils n’ont pas ose demander de precisions. La poussiere posee sur la cathedrale et le vieux centre-ville leur donne l’air fatigue, les bus sont defonces. Meme les vieux portent des chemisettes et bavardent comme des gamins dans un ete sans fin. L’air est mou, humide et chaud, alors que chez eux l’automne a commence. Ils sont arrives un jeudi, le vendredi ils etaient deja assis dans une classe, avec des camarades inconnus et de nouveaux profs qui les traitaient comme s’ils avaient toujours ete la. Il a fallu faire comme si tout etait normal, facile et gai. Le dimanche suivant et tous les autres dimanches par la suite, ils se sont retrouves sur une plage au sable si grisatre qu’ils se sont sentis, avec leurs maillots colores, aussi discrets qu’une voiture de pompier.
Plus surprenant encore, dans ce pays, le jour tombe comme un couperet, toujours a la meme heure, beaucoup trop tot.
Il n’est pas question que vous sortiez alors qu’il fait deja nuit, assene quotidiennement leur mere aux aines.

– Informations legales – Programmation : Olf Software – Accessibilite, CSS et XHTML : Gravelet Multimedia