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Le dernier lecteur

Auteur : Ricardo Piglia

Traducteur : Andre Gabastou

Date de saisie : 25/01/2008

Genre : Essais litteraires

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 18.00 / 118.07 F

ISBN : 978-2-267-01961-2

GENCOD : 9782267019612

Sorti le : 07/02/2008

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  • Les presentations des editeurs : 25/01/2008

RICARDO PIGLIA
LE DERNIER LECTEUR

Tandis que les predictions concernant la fin de la lecture vont bon train, Ricardo Piglia s’interesse au contraire a sa proliferation et en traque la presence dans la litterature : lecture-amie, lecture-ennemie, lecteurs en retrait du texte (Hamlet), lecteurs qui s’identifient (Anna Karenine, Madame Bovary), lecteurs qui lisent mal, qui perdent le sens (ceux de Joyce) ou le retrouvent (Borges). La lecture est une scene humaine comme une autre, elle ne se contente pas de refleter le monde. Il lui arrive aussi de le rendre complexe. A l’extremite de la chaine, la fiction devient la seule realite et ne se refere plus qu’a elle-meme (Borges). La lecture, scene de negociation perpetuelle entre l’imaginaire et le reel, devient alors l’ultime refuge de la subjectivite : Ma propre vie de lecteur y est presente et c’est pourquoi ce livre est, peut-etre, le plus personnel et le plus intime de tous ceux que j’ai ecrits.

Ricardo Piglia est ne a Adrogue, dans la province de Buenos Aires en 1940. Plus tard, en 1955 et pour une histoire politique, une question de rancoeurs et de haines de quartier, sa famille a demenage a Mar de la Plata. Il a vecu dans les grandes villes argentines ainsi qu’a Princeton, ou il a enseigne la litterature. C’est en 1967 qu’il publie son premier livre, La invasion, un recueil de recits aussitot distingue par la Maison des Ameriques. En 1975, il publie Nombre falso, des recits. En 1980 parait Respiration artificielle, qui connait un grand retentissement dans le milieu litteraire et fait de lui un des auteurs les plus representatifs de la nouvelle litterature argentine. Son roman suivant, Ciudad ausente, n’a ete publie que 10 ans apres. C’est a partir de ce roman que Piglia elabore le livret d’un opera mis en musique par Gerardo Gandini en 1995.

Parallelement a ses oeuvres de fictions, Piglia a publie un certain nombre d’essais sur Arlt, Borges, Macedonio Fernandez, Sarmiento et d’autres ecrivains argentins. Il a recu le Prix Planeta en 1997 pour son roman Plata Quemada et le Prix Bartolome March de la critique en 2001.

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Andre Gabastou

  • Les courts extraits de livres : 25/01/2008

Extrait du prologue :

On m’a plusieurs fois parle de l’homme qui cache dans une maison du quartier de Flores la replique d’une ville sur laquelle il travaille depuis des annees. Il l’a construite avec un minimum de materiel et a une echelle si reduite qu’on peut l’embrasser d’un seul regard, proche et multiple et comme eloignee dans la douce clarte de l’aube.
La ville est toujours loin et cette sensation d’eloignement, alors qu’on est si pres, est inoubliable. On voit les batiments, les places, les avenues et le faubourg declinant vers l’ouest et allant se perdre dans la campagne.
Ce n’est ni une carte ni une maquette, c’est une machine synoptique ; toute la ville est la, concentree en elle-meme, reduite a son essence. La ville, c’est Buenos Aires, mais modifiee et alteree par la folie et la vision microscopique du constructeur.
L’homme dit s’appeler Russell et il est photographe, ou plutot il gagne sa vie comme photographe, son laboratoire se trouve dans la rue Bacacay et il passe des mois sans sortir de chez lui a reconstruire periodiquement les quartiers du sud que la montee des eaux du fleuve arase et inonde a chaque arrivee de l’automne.
Russell croit que la ville reelle depend de sa replique et c’est pourquoi il est fou. Mieux, c’est pourquoi il n’est pas un simple photographe. Il a altere les relations de representation, si bien que la ville reelle est celle qu’il cache dans sa maison et l’autre n’est qu’un mirage ou un souvenir.
Le plan suit le trace de la ville geometrique imaginee par Juan de Garay quand il fonda Buenos Aires avec les amplifications et les modifications que l’histoire a imposees a la vieille structure rectangulaire. Entre les ravins que l’on voit du fleuve et les hauts batiments qui forment une muraille a la frontiere nord perdurent les restes du Buenos Aires de jadis avec ses paisibles quartiers boises et ses paturages secs destines aux chevaux.
L’homme a imagine une ville perdue dans la memoire et il l’a repetee telle qu’elle s’est gravee dans son souvenir. Le reel n’est pas l’objet de la representation, mais l’espace ou un monde fantastique trouve sa place.
La construction ne peut etre visitee que par un seul spectateur a la fois. Cette decision incomprehensible pour tous est, cependant, claire pour moi : le photographe reproduit dans la contemplation de la ville l’acte de lire. Celui qui la contemple est un lecteur et il doit donc etre seul. Cette aspiration a l’intimite et a l’isolement explique le secret qui a entoure son projet jusqu’a ce jour.
La lecture, disait Ezra Pound, est un art de la replique. Les lecteurs vivent parfois dans un monde parallele et il leur arrive d’imaginer que ce monde entre dans la realite. Il est facile d’imaginer le photographe eclaire par la lumiere rouge de son laboratoire en train de penser, dans le silence de la nuit, que sa machine synoptique est un chiffre secret du destin et que ce qui s’altere dans sa ville se reproduit dans les quartiers et les rues de Buenos Aires, mais amplifie et sinistre. Les modifications et les degats subis par la replique – les petits ecroulements et les pluies qui inondent les quartiers bas – deviennent reels a Buenos Aires en prenant la forme de breves catastrophes et d’accidents inexplicables.
Il faut mettre alors la ville en rapport avec des repliques et des representations, la lecture et la perception solitaire, la presence de ce qui s’est perdu. En fait, la facon de rendre visible l’invisible et de fixer les images nettes que nous ne voyons plus, mais qui perdurent comme des fantomes et vivent parmi nous.