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Le desert de la grace

Couverture du livre Le desert de la grace

Auteur : Claude Pujade-Renaud

Date de saisie : 17/08/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine francais

Prix : 19.80 €

ISBN : 978-2-7427-6903-2

GENCOD : 9782742769032

Sorti le : 17/08/2007

  • Le choix des libraires : Choix de Jacques Griffault de la librairie LE SCRIBE a MONTAUBAN, France (visiter son site) – 21/12/2007

Janvier 1712. Il fait grand froid a Paris. Claude Dodart, medecin, qui sera plus tard nomme medecin du roi, raconte a Francoise de Joncoux, le bien macabre spectacle auquel il a assiste la veille alors qu’il chassait : l’exhumation des cadavres enterres dans le cimetiere du monastere de Port Royal des Champs, cadavres qui seront plus tard deverses dans une fosse commune.
Et cela moins de trois ans apres la sinistre journee du 29 octobre 1709 au cours de laquelle deux cents cavaliers en armes etaient venus chasser vingt-deux moniales, vieilles femmes quasi impotentes.
La toile de fond de ce roman c’est l’histoire de Port Royal des Champs, haut lieu du jansenisme qui fut le symbole d’independance et de resistance aux sanctions puis aux persecutions des autorites, royales et papales, qui voulaient l’eradiquer.
L’Histoire est la avec ses personnages et ses faits authentiques mais ce n’est pas un roman historique. Ce qui emerge de ce roman ce sont des personnages feminins etonnants, vibrants de vie. Claude Pujade-Renaud se focalise sur les sensations, les ressentis, les elans intimes de ses personnages.
Un des personnages principaux est Marie-Catherine Racine, la fille du grand Racine. En quete d’un manuscrit introuvable de son pere elle s’interroge sur les relations complexes de Racine avec Port Royal des Champs : il y fut eleve, s’en eloigna, accepta que sa fille y rentre, l’en retira pour ensuite revenir s’y faire enterrer, partage qu’il etait entre ses convictions jansenistes et son desir de plaire a la cour.
Remarquablement ecrit, ce roman tres vivant a l’architecture subtile – les recits a la premiere personne s’enchassent harmonieusement – decrit magnifiquement les tourments politiques, mystiques, sentimentaux des personnages.
Un superbe roman, passionnant.

N.B. Le desert de la Grace se situe dans la lignee de La nuit la neige, tres beau roman sur les femmes et le pouvoir, qui raconte la rencontre une nuit de decembre 1714 d’Anne-Marie des Ursins, depuis vingt ans au service du roi Philippe V, et d’Elisabeth Farnese, duchesse de Parme qui va epouser le souverain. Un livre que j’ai vivement recommande.

  • Le choix des libraires : Choix de Marie Gallois-Lesyk de la librairie FURET DU NORD a LILLE, France (visiter son site) – 03/12/2007

A nouveau, l’auteur nous epate par la maniere dont elle se saisit de l’histoire pour en faire des romans de grande qualite litteraire.
En 1709, Louis XIV ordonne la destruction de l’abbaye de Port-Royal des Champs. Il est influence d’une part par Mme de Maintenon qui fait regner rigueur et austerite a la cour depuis son mariage secret avec le roi et d’autre part par les Jesuites. La destruction de l’abbaye est brutale, rien ne doit subsister. Meme les corps inhumes seront deterres et jetes dans une fosse commune.
Il faut voir dans toute cette brutalite une querelle theologique autour de la question de la Grace.
Les jansenistes, qui se reclament de Saint Augustin, pensent qu’un tres petit nombre d’hommes sur Terre sont elus par Dieu et beneficient de la grace divine. Ils s’opposent aux Jesuites qui croient au libre arbitre guidant chacun de nos actes.
L’auteur retrace alors avec beaucoup de finesse le destin des jeunes filles de bonne famille mises en pension a Port-Royal et retirees de force de l’abbaye, le destin des religieuses dispersees dans d’autres couvents et forcees de renier leurs conviction puis le sort des jansenistes dissemines a travers l’Europe et condamnes a la clandestinite.
Elle dresse egalement le portrait de Madame de Joncoux, dite l’Invisible. Sympathisante de Port-Royal, cette derniere n’aura de cesse tout au long de sa vie de compulser, rassembler, archiver les documents relatifs a l’abbaye et de les faire parvenir aux jansenistes.
Elle s’entoure de proches de Port-Royal comme Claude Dodart, medecin a la cour ou Marie Catherine Racine (fille du tragedien).
L’auteur evoque egalement le philosophe Pascal prenant parti, au XVIIe siecle, pour les jansenistes dans une querelle les opposant aux jesuites et le peintre Philippe de Champaigne portraitiste des membres de la famille Arnauld dont descendent les abbesses de port-Royal.
Claude Pujade-Renaud rend parfaitement l’atmosphere de rigueur et d’austerite qui ont marque les dernieres annees du siecle de Louis XIV.

  • Le choix des libraires : Choix de Lionel Daubigney de la librairie AUX VENTS DES MOTS a GARDANNE, France (visiter son site) – 25/11/2007

Etonnant, seduisant, passionnant…

Dans ce roman qui se deroule au debut du XVIIIe siecle, Claude Pujade-Renaud nous parle de femmes, femmes connues ou moins connues, filles, soeurs, nieces de personnages plus ou moins “historiques”, c’est l’occasion pour elle de nous regaler de quelques magnifiques portraits, chaleureux et humains. Autour de ces femmes l’ombre de l’abbaye de Port-Royal des Champs (symbole de l’independance dans un des regnes les plus autocratiques de l’histoire de France) donne une dimension historique et universel a ce texte. Une ecriture totalement maitrisee qui alterne les temps et les modes de la narration, une finesse dans l’evocation, mais surtout un petillement, une humanite… font de la lecture de ce texte un grand moment de plaisir.

  • Le choix des libraires : Choix de Ysaline Parisis de la librairie MOLIERE a CHARLEROI, Belgique (visiter son site) – 01/11/2007

“Le Desert de la Grace”… Derriere ce beau titre se cachent les portes d’entree de la mythique abbaye de Port-Royal… Claude PUJADE-RENAUD y evoque tout en finesse et erudition les relations des jansenistes avec Louis XIV, le quotidien des moniales, la cloture et surtout la fin forcee de l’abbaye aussi abrupte que son existence fut prospere. Voici un chapitre fascinant de l’histoire que l’auteur ressuscite de maniere inedite a travers le destin croise de femmes d’exception. Et si Racine n’est pas loin, c’est sa fille Marie-Catherine qui illumine le roman de son aura… Passionnant !

  • La Radio des libraires : Virginie Moncel de la librairie CALLIGRAMME a CAHORS, France (visiter son site) – 05/12/2007

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Virginie Moncel – 05/12/07

  • Le journal sonore des livres : Claude Pujade-Renaud – 03/09/2007

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Claude Pujade-Renaud – 03/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 30/08/2007

Jusqu’a son eradication en 1709, l’abbaye de Port-Royal des Champs aura represente – face a Versailles, a la cour de Louis XIV, aux jesuites et a la papaute – un symbole d’independance et d’inviolabilite des consciences.
C’est pourquoi cette histoire (de famille, de clan, de femmes surtout) est celle d’une persecution acharnee, mais aussi d’une clandestine activite de preservation. Au centre de celle-ci, Francoise de Joncoux, surnommee “l’Invisible”, patiemment dechiffre et recopie les manuscrits du monastere, maintient le lien entre les membres de la communaute dispersee, sauve de l’aneantissement l’oeuvre edifiee par tant de moniales et de leurs amis – Blaise Pascal et les “Solitaires”.
Proche de Francoise de Joncoux : Claude Dodart, certes praticien a la cour, mais fils d’un medecin de l’abbaye. Ou encore Marie-Catherine Racine, en quete d’un manuscrit introuvable de son pere, l’illustre jean Racine, et de verite sur celui-ci – ami ambigu de Port-Royal, qui y fut eleve, s’en eloigna, l’y laissa elle-meme entrer, l’en retira de force… mais voulut y etre inhume. Traverse de multiples prises de parole, revecu par celles qui ont “fait” ou approche Port-Royal, bruissant de memoire et empli de probite dans la fiction, le roman de Claude Pujade-Renaud embrasse l’histoire d’un lieu de grace que le pouvoir temporel n’eut de cesse d’opprimer, detruire et transformer en desert – au risque meme d’en faire un mythe.

Nouvelliste et romanciere. Claude Pujade-Renaud a publie la quasi-totalite de son oeuvre chez Actes Sud, dont Les Enfants des autres (1985 et Babel n 699), Un si joli petit livre (1989 et Babel n 389), Belle mere (1994, Goncourt des lyceens, Babel n 246), La Nuit la neige (1996 et Babel n 322), Le Sas de l’absence (1997, prix de l’Ecrit intime 1998, paru en Babel avec le recit La Ventriloque, n 425), Platon etait malade (1999 et Babel n 547), Celles qui savaient (2000, Au lecteur precoce (2001 et Babel n 600), Le jardin forteresse (2003 et Babel n 646) et Chers disparus (2004 et Babel n 757).

  • La revue de presse Sebastien Lapaque – Le Figaro du 20 septembre 2007

Claude Pujade-Renaud propose a son tour de l’aventure un tableau personnel et subtilement eclate, qui s’attache a ce que Sainte-Beuve a appele le Port-Royal finissant. Sa singularite est de nous donner principalement a voir le point de vue des femmes, meme si on entend ici et la quelques voix masculines…
Claude Pujade-Renaud a l’art de nous donner de cette affaire embrouillee au possible un recit clair et vivant qui fouille au coeur et au corps les differents protagonistes. La documentation de l’artiste est vaste et impeccable, mais elle impose quelque chose de plus precieux encore qu’une reconstitution historique minutieuse : une lumiere.

  • La revue de presse Dominique Fernandez – Le Nouvel Observateur du 30 aout 2007

Dans le Desert de la grace, la romanciere raconte la guerre des jansenistes contre le pouvoir de Louis XIV. On sort de cette lecture ravi d’avoir decouvert un bon texte et attriste de penser qu’il faut, aujourd’hui, noveliser un grand sujet pour le mettre a la portee du public…
Cela dit, le roman de Claude Pujade-Renaud est fort bien fait…
Claude Pujade-Renaud n’affirme rien, elle suggere, assemblant les pieces du puzzle avec d’infinies precautions, en veritable romanciere.

  • Les courts extraits de livres : 06/09/2007

Le medecin parlait lentement, comme s’il avait peur de parvenir au terme de son recit – la fin, songeait Francoise de Joncoux, d’une histoire qui avait commence un siecle auparavant, et meme un peu plus -, lentement, prudemment, se frayant pas a pas un chemin vers la desolation qu’elle pressentait. La cheminee ronronnait dans le logement de la montagne Sainte-Genevieve que Mlle de Joncoux partageait avec sa mere. Janvier 1712, le froid figeait Paris. La veille, racontait Claude Dodart, il chassait dans la vallee de Chevreuse, en compagnie d’un ami. Sans l’avoir premedite, laissant aller les chevaux, ils s’etaient retrouves sur le plateau derriere les Granges, ce batiment occupe autrefois par les Petites Ecoles et par ces Messieurs les Solitaires. Deserte par eux depuis longtemps. Les chiens n’avaient rien leve dans cette vaste etendue de labours guilloches par le givre. Ni lapin ni perdreau, ciel morne, et corbeaux. D’un commun accord, le medecin et son ami avaient prefere descendre dans le vallon. Une pente tres abrupte, il leur fallait s’incliner vers l’arriere tandis que leurs betes s’appuyaient lourdement sur le mors. Les chiens, museau au sol, toujours en vain. Claude Dodart s’etait soudain rememore un fragment d’un poeme ecrit par le jeune Racine celebrant la nature autour de Port-Royal des Champs. Aux yeux de ce Racine de seize ou dix-sept ans, les cerfs apparaissaient tels des “arbres vivants”. Eh bien non, pas le moindre arbre vivant dans les parages ! Ni l’ombre d’un lievre. Les deux hommes progressaient a travers chenes et chataigniers. Parfois la melancolie tendre d’un bouleau, lueur laiteuse dans la densite de la grisaille. Cette blancheur avait rappele au medecin les robes des moniales. Autrefois, avait-il explique a son compagnon, il lui etait arrive d’accompagner son pere, Denis Dodart, qui se rendait a l’infirmerie du couvent afin de soigner certaines des religieuses alitees. Pour ce pere comme pour lui, la matite cremeuse de ces robes etait apaisante. Sans doute parce qu’ils l’associaient au silence impregnant ce monastere.
Toujours bredouilles, les deux cavaliers avaient poursuivi leur descente. A la faveur d’une trouee, ils avaient devine la courbe de la vallee s’incurvant vers le sud – douceur de cette courbe en depit de l’aprete hivernale – et Claude Dodart s’etait demande pourquoi, dans ce lieu tellement etroit, on respirait si bien, si largement. Un desert a la fois clos et ouvert au creux duquel, un siecle auparavant, une femme, une fille de dix-huit ans plus exactement, avait retabli la cloture de la regle cistercienne : Angelique Arnauld, la grande reformatrice de Port-Royal. Claude Dodart songeait a cette mere Angelique. Aux autres Arnauld, ces femmes d’envergure qui lui avaient succede dans cette fonction d’abbesse. A la ruine de leur oeuvre. Tenant serre leurs montures, les deux hommes avaient atteint le fond de la combe. La, dans les cuvettes marecageuses engendrees par les lentes sinuosites du Rhodon, au milieu des saules et des roseaux, ils esperaient denicher au moins quelques poules d’eau. L’air etait plus doux, plus humide que sur le plateau. Claude Dodart s’etait abandonne a une impression de tiedeur cotonneuse, presque une torpeur. Dont il avait emerge, brusquement, en sentant sa bete fremir sous lui. A leur tour, les chiens s’excitaient. Il crut que, enfin, ils avaient flaire une piste. Inexplicablement, les chevaux devenaient de plus en plus nerveux, dansaient sur place, naseaux au vent. L’un d’eux emit un hennissement tremble, l’autre lui fit echo. Les cavaliers essayaient de les calmer tout en les poussant droit devant lorsqu’ils avaient apercu le toit pointu du colombier, coiffe d’une effilochure de brume. “Le colombier de l’abbaye abandonnee”, avait precise Claude Dodart a l’intention de son ami qui arrivait de Provence et ne connaissait pas la region. A travers le gris ouate leur parvenaient des bruits bizarres : ahans ? coups de pioche ? Les chiens avaient file a toute allure, harponnes par des effluves qui echappaient aux humains.