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Le deshonneur dans la Republique : une histoire de l’indignite, 1791-1958

Auteur : Anne Simonin

Date de saisie : 05/11/2008

Genre : Documents Essais d’actualite

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 26.90 / 176.45 F

ISBN : 978-2-246-62991-7

GENCOD : 9782246629917

Sorti le : 05/11/2008

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  • Le courrier des auteurs : 07/02/2009

“Du prix unique du livre instaure en 1978, Jerome Lindon avait coutume de dire que c’etait une loi “JL”, initiales du ministre de la Culture de l’epoque, Jack Lang, mais egalement traces du combat sans merci que lui, directeur des Editions de Minuit, avait mene contre les rabais sur le prix des livres pratiques par les grandes surfaces, rabais auxquels les libraires independants ne pouvaient resister. Les editeurs, il en fallait pour publier des ouvrages neufs, mais il fallait tout autant un reseau de libraires pour diffuser ces livres, et leur permettre d’atteindre leur improbable lecteur.

Une librairie, c’est un endroit ou l’on pense trouver les livres que l’on cherche, et dont on ressort souvent avec les livres auxquels on n’avait jamais songe. Un bref echange suffit pour convaincre : malgre ce qu’en dit ou n’en dit pas la presse, l’ouvrage que l’on n’a pas lu merite d’etre lu. Ma libraire a moi, c’est une dame qui me parle des livres, et les emballe dans un sac en papier Harry Potter. Elle m’a meme une fois donne une image. J’ai beau chercher, il n’y a qu’a mon boulanger que je fasse une confiance pareille.”

Anne Simonin

  • Les presentations des editeurs : 06/11/2008

La repression des faits de collaboration, plus connue sous le nom d’epuration, est demeuree celebre pour l’inegalite et la durete de ses verdicts, en particulier ceux envers les ecrivains, tel le journaliste antisemite Robert Brasillach, condamne a mort et execute en 1945. Or, la mort la plus appliquee a la Liberation ne fut pas la guillotine, mais une mort symbolique, celle emportee par la privation des droits de citoyen et les interdictions professionnelles sanctionnant le nouveau crime d’indignite nationale. Le droit penal en vigueur en 1939 ne permettant pas de reprimer le crime commis, entre 1940 et 1944, par les citoyens francais ayant accepte de servir un gouvernement aux ordres de l’ennemi, les juristes de la Resistance eurent dans la clandestinite l’idee de l’indignite nationale ou crime de lese-Republique. L’indignite nationale ne privait les vichystes ni de leur vie, ni de leur liberte. Elle les transformait en citoyens de seconde classe, deshonores. Pres de 10 000 Francaises et Francais se virent ainsi frappes de mort civique, quand 1500 d’entre eux furent executes entre 1944 et 1951. D’ou vient l’idee que, dans la Republique, le droit peut raisonnablement priver un citoyen ou une citoyenne de son honneur, et, en lui infligeant une honte publique, le transformer pour un temps en citoyen indigne ? Pourquoi les juristes revolutionnaires ont-ils eprouve le besoin de conserver, dans le nouveau code penal de 1791, les peines simplement infamantes en vigueur dans l’ancien droit ? Est-ce parce que l’honneur, loin d’etre comme le pensait Montesquieu, le principe du seul gouvernement monarchique, est, associe a la vertu et au respect de l’interet general, le principal fondament du gouvernement republicain ? L’indignite, la privation infamante des droits de citoyen, est le moyen imagine par le droit pour faire triompher ce principe mixte de l’ordre public republicain : l’honneur-vertu. Grace a l’indignite, seuls les citoyens dignes participent a la vie de la communaute, les citoyens indignes, enfermes dans un carcan d’infamie, s’en trouvent exclus et interdits de nuire. Incarnant par ses mesaventures singulieres, les tribulations d’un indigne ; formulant la plus radicale critique de l’application de l’indignite, sous la Terreur comme lors de la Liberation, la vie, les ecrits, les censures politiques du marquis de Sade sont le fil rouge d’une histoire de l’indignite qui de Robespierre au general de Gaulle a espere fonder ou retablir la Republique sur la devise : Liberte, Egalite, Fraternite… ou Indignite.

Anne Simonin, ancienne eleve de l’Institut d’etudes politiques de Paris, est chercheur au CNRS (IRICE, Universite de Paris I et Paris IV). Elle est notamment l’auteur de Les Editions de Minuit. Le devoir d’insoumission (imec editeur, 2008).

  • La revue de presse Olivier Wieviorka – Liberation du 24 decembre 2008

Collaborateurs envoyes en prison pour de bons ou de mauvais motifs, miliciens conduits au poteau d’execution aux petits matins blemes, justice dure aux faibles mais epargnant les puissants… composent le florilege des images que les Francais associent spontanement a l’epuration menee, dans des conditions difficiles, aux lendemains de la Liberation. Souvent erronees, ces representations voilent l’essentiel : la peine la plus appliquee, au sortir de l’Occupation, fut en effet la mort civique decoulant de la degradation nationale que constatait une juridiction ad hoc, les Chambres civiques. Cette sanction a souvent ete traitee avec legerete par les historiens, plus enclins a denombrer le nombre de prisonniers et de condamnes a mort qu’a se pencher sur le menu fretin. La statistique justifierait pourtant a elle seule que l’on prenne l’affaire au serieux : 95 000 Francais endurerent ce deshonneur public. Non contente de degager l’importance du phenomene, Anne Simonin le restaure dans sa pleine dimension historique…
Elle incite surtout a reflechir sur les valeurs qui cimentent le modele de citoyennete francais : a la Liberation, l’indignite nationale evita la spirale de la Terreur et ses derives meurtrieres, contribuant du coup a refonder le pacte republicain.

  • La revue de presse Gilles Heure – Telerama du 10 decembre 2008

Mais Anne Simonin, qui explore autant les apports du droit, de l’histoire que ceux de la litterature, envisage le probleme sur une longue duree, remontant a l’Ancien Regime et a la Revolution francaise..
C’est l’archeologie de cette peine, ses evolutions, ses conceptions, ses mises en sommeil puis ses reajustements juridiques et politiques que reconstitue brillamment Anne Simonin.

  • La revue de presse – Le Monde du 7 novembre 2008

L’ouvrage que signe Anne Simonin s’acheve – et c’est sans aucun doute son point de depart – par l’etude de la notion d'”indignite nationale”. Celle-ci fut definie, en 1944, pour exclure de la communaute nationale les anciens collaborateurs, y compris ceux qui ne meritaient ni l’emprisonnement ni la mort. Toutefois, l’auteur consacre la moitie de son livre a la jurisprudence de purification similaire instauree pendant la Revolution francaise…
Sur la notion meme d’indignite nationale, Anne Simonin porte un jugement nuance. Elle a une opinion globalement positive de sa definition juridique, telle qu’elle fut etablie par les juristes de la Resistance : necessaire afin de restaurer une Republique consensuelle, cette mesure ne versait pas pour autant dans une violence excessive, comme celle qu’exerca jadis la Terreur. L’auteur critique cependant les tribunaux – appeles Chambres civiques – charges de juger les cas d’indignite nationale, et qui en ont deforme l’esprit : concue a l’origine pour chatier le crime vichyste de “lese-Republique”, dit-elle, cette peine devint vite le moyen de juger la seule collaboration avec l’Allemagne nazie. Ainsi, Vichy et l’antisemitisme disparurent des debats…
Dans ce travail tres personnel, Anne Simonin explore chaque probleme jusqu’a sa racine. Elle semble avoir tout lu, y compris les ouvrages de procedure anglo-americaine. Aussi ce livre est-il remarquable, non seulement par sa precision juridique et l’exactitude de ses chiffres, mais aussi par son exhaustivite et sa hardiesse.

  • Les courts extraits de livres : 10/02/2009

Extrait de l’introduction :

DE L’ESPRIT REPUBLICAIN

Le gouvernement de Vichy s’est evanoui en fumee […]. Ces hommes qui nous ont tout rationne sauf la honte, qui benissaient d’une main pendant qu’ils tuaient de l’autre, qui ajoutaient l’hypocrisie a la Terreur, qui pendant quatre ans ont vecu dans un effroyable melange de preches moraux et d’executions, d’homelies et de tortures, ces hommes ne peuvent attendre de la France ni l’oubli ni l’indulgence […]. Nous ne sommes pas des hommes de haine. Mais il faut bien que nous soyons des hommes de justice […]. Il n’y a pas deux politiques, il n’en est qu’une et c’est celle qui engage, c’est la politique de l’honneur, ecrit le 22 aout 1944 Albert Camus dans un des premiers editoriaux du journal clandestin Combat qui parait desormais au grand jour.
On admet depuis Montesquieu que l’honneur est le principe des gouvernements monarchiques, la crainte, celui des gouvernements despotiques, la vertu celui des gouvernements republicains. On oublie trop souvent que Montesquieu a reconsidere les trois grands principes par lui degages. Dans un Avertissement a De l’esprit des lois (1748) n’a-t-il pas ecrit : Tant s’en faut que les vertus morales et chretiennes soient exclues de la monarchie, que meme la vertu politique ne l’est pas. En un mot, l’honneur est dans la republique, quoique la vertu en soit le ressort ; la vertu politique est dans la monarchie, quoique l’honneur en soit le ressort ? L’honneur est, chez Montesquieu, un principe mixte, un principe qui, selon l’analyse de Sharon Krause, n’est pas exactement une vertu, mais remplit certaines fonctions de la vertu. Non seulement a dire que notre pays ne retrouvera sa grandeur qu’a condition de punir comme les plus graves des delits le manquement a l’honneur ou au devoir : La notion d’indignite nationale que le ministre de la Justice vient de preciser correspond a la loi d’honneur dont nous avons parle. Elle concerne ceux qui ont su trahir leur pays sans cesser de respecter la loi. Ceux-ci perdront a la fois leurs droits civiques et leurs biens […]. Cette mesure, a la fois impitoyable et calculee, nous parait a ce point precieuse que nous souhaitons qu’on en fasse l’extension a beaucoup de cas […]. Sur ce point, Albert Camus sera entendu.