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Le dictionnaire du corps

Auteur : Bernard Andrieu | Gilles Boetsch

Preface : Michel Blay

Date de saisie : 29/03/2008

Genre : Dictionnaires, encyclopedies

Editeur : CNRS Editions, Paris, France

Collection : CNRS dictionnaires

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-271-06661-9

GENCOD : 9782271066619

Sorti le : 20/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 04/04/2008

DICTIONNAIRE DU CORPS

Indispensable a l’humaniste comme a l’etudiant
(Le Monde).

D’abandon a zoo humain, en passant par danse, ivrogne, lesbianisme ou jeux video, plus de deux cents articles cernent le corps, et permettent de comprendre ce que les sciences humaines et sociales peuvent nous dire de ses pratiques et de ses representations.
De la naissance a la mort, le corps est notre mode d’existence. Dans nos societes developpees, il est devenu depuis la liberation sexuelle une preoccupation quotidienne. Chacun, a la recherche d’une harmonie entre matiere et esprit, entre nature et culture, espere trouver en lui une therapie pour soigner les maladies de sa vie : angoisse, fatigue, stress, solitude, desamour.

Nouvelle edition.

Bernard Andrieu est professeur d’epistemologie du corps et des pratiques corporelles a la faculte du sport de Nancy Universite.

Gilles Boetsch est anthropobiologiste, directeur de recherches, et president du Conseil scientifique du CNRS.

  • Les courts extraits de livres : 04/04/2008

Extrait de l’introduction :

L’etude du corps fournit une conception d’une complexite indicible F. Nietzsche, 1885, Fragments posthumes

Un dictionnaire sur le corps constitue un veritable defi scientifique puisqu’il conduit a une relecture puis a une reelaboration des concepts a partir de l’eclatement d’un objet. Cette nouvelle edition, revue et modifiee, d’un Dictionnaire concu et publie en 2006 par Bernard Andrieu, philosophe et epistemologue du corps, rassemble ici bon nombre de concepts – dans une perspective interdisciplinaire – emanant des acteurs et actrices de la recherche en sciences humaines et sociales mais aussi appartenant au domaine des sciences biologiques et medicales. Cette nouvelle edition comprend 200 articles emanant de 180 chercheur(se)s.

La multiplication des travaux sur le corps envahit toutes les disciplines : nous avons inventorie, rien qu’en France, plus huit cents theses sur le corps depuis 1971, soixante laboratoires ou equipes qui travaillent plus ou moins directement sur le corps, une dizaine de collections publiant des ouvrages sur le corps, une vingtaine de seminaires, une revue interdisciplinaire sur le Corps, un blog du corps, un corpus thematique international inventoriant a ce jour plus de 1 000 items pour 100000 references.

Le present travail s’inscrit dans le projet scientifique du GDR 2322, reseau de chercheurs travaillant sur les representations et les constructions sociales du corps. L’originalite de ce groupe consiste a conjuguer des approches specifiques du corps avec une volonte de connaitre transdisciplinaire. Il s’articule autour de trois axes principaux (l’atteinte, l’exhibition et la norme) et s’interroge sur la nature et la realite des index du corps, sur l’histoire de sa construction et ses manipulations, sur la logique de ses representations.

Le corps humain ne saurait se presenter a nous seulement comme un organisme physiologique animal, ce a quoi la genetique et la biologie contemporaines tentent de le reduire. La perspective phenomenologique a eclaire la nature complexe des rapports entre le sujet et son corps, lui-meme finalement plus sujet qu’objet. Il est le point d’ancrage de notre rapport au monde, aux autres, a nous-memes, un noyau de representations.

Face a ce qui est compris comme un individualisme plutot que comme un mode de subjectivation, les moralistes, comme le denoncait deja Nietzsche, ont pris le corps comme un objet moral en denoncant justement les derives violentes de ce qui serait la liberation des moeurs, la perte de reperes et l’instrumentalisation d’autrui. Le droit imprescriptible de la femme, du prisonnier, du sans abri, de l’immigre, de l’enfant… a disposer librement et volontairement de leur propre corps est bafoue par la violence, le viol, le harcelement, l’esclavage… La lutte politique contre cet individualisme produit de nouvelles legislations (contre la pedophilie, le harcelement, les immigres, la prostitution) et engendre des positions morales.

Le corps est devenu un enjeu moral et politique tant du cote des moralistes qui souhaitent conserver le corps dans le giron de l’ame que du cote des corporistes qui engagent la construction de l’identite dans la modification meme de la matiere corporelle. Les moralistes font de la personne l’unite substantielle et indivisible hors de laquelle le corps n’aurait aucune autonomie : le sujet doit maitriser et consentir a tous les usages de son corps, faute de quoi il perdrait toute legitimite transcendantale et morale a diriger le sens de son existence. Il faudrait combattre tout abandon de souverainete corporelle comme un assujettissement, une alienation, une dependance ou une instrumentalisation.

Finalement, pour les moralistes, il y aurait trop de corps et pas assez d’ame dans notre societe materialiste, hedoniste et individualiste. La condamnation des pratiques corporelles extremes, comme l’addiction, le dopage, la prostitution, la pornographie, le clonage reproductif, se fait au nom d’un discours prescriptif et restrictif qui cantonne le corps a l’interieur d’une theorie du droit du sujet a disposer librement et volontairement de son corps ; le corps doit rester un moyen et non une fin en soi.

La philosophie morale a pris le relais dans les annees 2000 des reconversions bioethiques de nombre de philosophes, et le corps est devenu, comme la genetique et les FIV, l’objet du jugement moral : les valeurs, les normes et les limites seraient a reintroduire face a celles et ceux qui deconstruisent le corps dans le transgenre, l’intersex, le queer et autres body studies.

La mise en garde contre le corps, sous les pretextes de la defense du feminisme et de la promotion d’une morale chretienne du corps, trouve des alliances ideologiques dans les anthropologies du sensible, dans les philosophies du consentement, dans les psychologies de l’estime de soi ou dans les sociologies critiques de l’hedonisme individualiste et anomique. Une serie de positions differentes et graduees produisent un effet de coherence ideologique en allant de ce qui serait l’adieu au corps des post-humanistes jusqu’a la peur de toute hybridation du corps avec les environnements.