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Le grand Blondino

Auteur : Sture Dahlstrom

Traducteur : Lena Grumbac

Date de saisie : 01/09/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Serpent a Plumes, Paris, France

Collection : Fiction. Domaine etranger

Prix : 22.00 / 144.31 F

ISBN : 978-2-268-06276-1

GENCOD : 9782268062761

  • La voix des editeurs : Nathalie Fiszman – 12/09/2007

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Nathalie Fiszman – 03/07/2007

  • Les presentations des editeurs : 12/09/2007

Villon, Rabelais, Celine, Eisenstein, Nijinski. Et descendant en ligne directe : Eric von Fitzenstrahl, Suede. Je sens leur sang excite bouillonner en moi, j’entends leurs voix tonitruantes contre mes tympans, je vois passer des fragments de leurs effigies des que je ferme les yeux. Je me fais appeler Le Grand Blondino.
Le danseur et cineaste Eric von Fitzenstrahl en proie a une frenesie creatrice et sexuelle indomptable s’installe a Cannes pour lancer le tournage d’un film experimental sans pellicule ni camera. Comme il se permet les pires excentricites, ses acteurs se revoltent, le traquent et le kidnappent. Au terme de peripeties echevelees, ils atterrissent dans un pays ou les hommes sont chirurgicalement modifies pour devenir gravides a la place des femmes. Qu’adviendra-t-il du Grand Blondino ?

Traduit du suedois par Lena Grumbach et Catherine Marcus

Metaphore cinematographique du combat de l’artiste pour le pouvoir de l’imagination contre la routine bourgeoise. Le Grand Blondino est l’oeuvre qui a consacre Sture Dahlstrom (1922-2001) comme un des plus grands romanciers underground suedois. Un livre etrange, foisonnant et jubilatoire.

  • Les courts extraits de livres : 12/09/2007

SEUL DANS ma chambre, j’eclate d’un grand rire qui rebondit entre les murs, resonne par-dessus les toits, puis descend, fluet et cristallin, couvrir mes rires precedents.
Devant ma fenetre gronde cette ville decrite a outrance par des ecrivains et des peintres assis sur leurs chaises froides a attendre depuis des siecles. Attendre quoi ? Pourquoi cette attente perpetuelle ?
Alors que moi, je danse au lieu d’attendre. Un homme qui danse ne se morfond pas dans des meditations sur la mort ou sur l’inspiration, il danse jusqu’a ce que le public en delire se leve et applaudisse, il danse jusqu’a ce que les lustres en cristal se mettent a osciller et que les petits hommes dans l’orchestre tombent evanouis de leurs chaises, il danse jusqu’a ce que le directeur du theatre arrive au pas de course et hurle qu’il faut arreter ce fou de Suedois avant qu’il bousille tout le batiment.
Je passe beaucoup de temps dans ma loge au theatre. Ici, j’ai un lit confortable, mes livres, ma table de montage, mes notes, mes films et ma camera. Les murs sont couverts d’esquisses et de synopsis, les copies du travail en cours serpentent autour de mes pieds pendant que je remplis mes carnets de nouvelles sequences. En ce moment, je travaille simultanement sur trois films.
Et tout autour de moi j’ai la realite, c’est-a-dire le theatre. Si on regarde d’un peu plus pres cet etablissement, on s’apercoit vite qu’il n’est pas seulement un theatre, mais aussi une formidable maison de passe. Les Francais sont realistes. L’activite de bordel rend le theatre economiquement porteur, le pere des putes peut se dire directeur de theatre la conscience tranquille, et les filles du cabaret se dire comediennes plutot que putains. Vive la France !
En ce moment, je monte une scene qui se deroule dans une piece a geometrie variable. Une piece algebrique qui retrecit, visages de putes qui flottent, logarithmes qui s’estompent, femmes en fonte qui defient l’apesanteur. Je m’adresse des grimaces dans la glace, traverse tout excite la piece a petits pas sautillants, jette un rapide coup d’oeil par la fenetre et me dis que, si ca se trouve, je suis ailleurs. Je me vois dans un studio de tournage a New York en train de regarder par l’objectif de la camera, lentement et resolument j’assimile une toute nouvelle facon de realiser un film. J’ai l’impression d’etre un elu, sur de mon chemin a travers un labyrinthe de temps argente, puis je retourne continuer mon travail a la table de montage. Pour finir, je suis tellement epuise que je me jette sur le lit et laisse le film se derouler tout seul derriere mes paupieres. Subitement je sens la peau de mes mains se fissurer. Un instant apres, la peau de mes jambes et de mon dos eclate. Je ne suis pas specialement surpris, je mue en general une fois par mois. Je me leve, me suspends par le pied a un crochet au plafond et vois ma peau psychique usagee me quitter dans un froufroutement, et former un tas translucide par terre. Quelqu’un entre dans la piece et me regarde, pendu la.