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Le Juif et la metisse : histoire d’un bourgeois de Paris

Auteur : Fabrice Pliskin

Date de saisie : 28/08/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-120949-7

GENCOD : 9782081209497

Sorti le : 20/08/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Universitaire de gauche, specialiste des genocides, David Levy mene une vie de famille paisible, de multiculturalisme vertueux et de fantasmes exotiques. Jusqu’au jour ou son voisin de palier lui fait une etrange proposition : terrifie a l’idee de rencontrer sa fille, dont il vient d’apprendre l’existence, il persuade David d’aller au rendez-vous a sa place.
Sa fille, c’est Bintu, vingt-deux ans, Picarde metisse aux tresses postiches, aux jambes interminables et a la vitalite presque diabolique. Elle est tout ce que David n’est pas : ex-championne de triple saut, ambitieuse en baskets et conseillere municipale de droite, boursiere aussi habile a frauder les aides sociales qu’a rouler des joints…
Foudroye par cette incontrolable beaute, David va se livrer tout entier aux chimeres de son romantisme social et experimenter les sortileges de l’amour fou. Jusqu’au desastre.

Fabrice Pliskin est egalement l’auteur de Monsieur meteo (Flammarion 1998), de Toboggan (Flammarion, 2001) et de L’Agent dormant (Flammarion, 2004).

  • La revue de presse Jacques Drillon – Le Nouvel Observateur du 28 aout 2008

Il y a quelque chose de feroce, chez Pliskin, ou plutot d’impitoyable, une sorte d’ironie du desespoir, comme la politesse du meme nom. Et cocasse, avec ca. Il est pourtant un charmant garcon; mais il garde les yeux ouverts, et ce qui passe devant eux est grotesque, effrayant, ou les deux a la fois. Balzac et Zola seraient loin du compte, dans le Marais d’aujourd’hui. Proust serait moins depayse : l’amour sans issue, il savait ce que c’est.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Des chewing-gums, des chewing-gums, encore des chewing-gums. Sur le goudron, ils font des taches blanches ou couleur chair, les unes rondes, les autres difformes. Certaines sont plates, quelques-unes gonflent a la facon d’une pate, d’autres commencent a s’ecailler. Leur densite augmente par endroits selon les lois ivres d’une geographie opaque. Ici, les chewing-gums s’espacent ; la, ils empietent les uns sur les autres, jusqu’a s’amalgamer. Ils criblent la rue des Fontaines-du-Temple ou le vent tourne les pages d’un magazine feminin abandonne. Ils maculent la rue Turbigo ou, au numero 59, une bledarde en djellaba prend le soleil, assise par terre au seuil d’un immeuble, les pieds nus, le visage momifie, les mains nervurees de henne, ses bequilles, l’une metallique, l’autre en bois, posees debout contre la facade, comme si Paris etait son village natal. Les chewing-gums leopardent le trottoir du boulevard Sebastopol dans une zone delimitee par les senteurs de frites d’un restaurant hallal ; la, de loin en loin, on lit sur le tuyau d’une gouttiere une petite annonce manuscrite, decoupee en sept languettes rectangulaires marquees d’un numero de telephone, Oubliez le stress sous les caresses d’une J. F. black. Les chewing-gums gelatinent le bitume a l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue du Caire, ou des groupes de Pakistanais s’accoudent a des diables rouges enrubannes de scotch brun en attendant les camions d’etoffe. Les chewing-gums pullulent devant la porte d’un immeuble de la rue Blondel ou tapinent, dans le parfum et l’exasperation, des femmes blanches a soixante euros. Dragees, boules, tablettes, les chewing-gums ont sejourne dans le saint des saints de la bouche humaine. Les passants les ont maches et remaches. Certains les ont fecondes de leur souffle pour former des bulles. D’autres ont infuse a la gomme, avec de la salive, de la panique, de la maladie, du chomage. Maintenant, les chewing-gums ne ressemblent a rien et le trottoir les rumine. Ils pourrissent, bonbons charognes, bonbons fantomes, dans les limbes du bitume, entre le moi et le non-moi, ca et la, capricieusement, n’importe comment, semblables aux crachats autocrates d’une horde d’individus sans projet commun que la mastication de soi. Ils dorment sur le sol, organes perdus, grouillement de fausses couches, jonchee d’avortons, se dit David Levy en promenant sa fille dans la poussette, pas mecontent de s’identifier a ces gommes dechues qui flattent son gout pour la vieille litterature de l’innommable et ses heros sans forme, sans volonte et sans etat civil.